Chapitre 11 : naissance

Publié le par RoN

« Mon amour… Je veux un autre bébé… »

Ce n’est que quand la voix suave de Faye lui susurra ces quelques mots au creux de l’oreille que Kenji daigna sortir du sommeil comateux qui l’avait emporté dès qu’il s’était posé dans le lit. Cela faisait près de cinq minutes que la jeune femme caressait son mari, ses doigts courant le long de son corps, ses mains s’activant sur une érection déjà solide. En temps normal, le tueur de goule se réveillait pourtant au moindre stimulus. Les longs mois passés à survivre dans les terres infectés avaient laissé leur trace : même après un an de tranquillité, Kenji ne dormait jamais que d’un seul œil ; un courant d’air, un bruit inhabituel, et il était inconsciemment sur ses gardes.

Mais ce matin là, Faye aurait pu disputer un championnat de trampoline sur le lit sans le réveiller. Les spiritueux et psychotropes consommés plus qu’abusivement la veille avaient fait leur effet. Mais ne l’empêchaient pas d’être d’excellente humeur, malgré le brouillard épais dans lequel il avait l’impression de nager.

Lâchant un grognement de bien-être, Kenji enlaça sa bien-aimée et entreprit de lui rendre ses attentions. Faye roucoula de plaisir alors que les mains de son homme exploraient son corps, s’attardant sur sa poitrine, son ventre, ses cuisses.

Bien décidé à ne pas laisser passer cette occasion, le tueur de goule sentait une excitation chaude et puissante battre la mesure en lui. Ils n’avaient pas dû faire l’amour plus de trois fois ces six derniers mois. Ce n’était pas l’envie qui leur manquait, ça non. Ils n’avaient jamais été plus heureux ensemble, et la sensualité dans leurs relations n’avait pas diminué d’un poil depuis leur rencontre.

Non, s’ils évitaient généralement de s’envoyer en l’air, c’était tout bonnement pour des problèmes de contraception. Préservatifs et pilules anticonceptionnelles se faisaient de plus en plus rares à Genesia. Rien d’étonnant à cela : les loisirs favoris des survivants étant le sexe et la drogue, il n’avait pas fallu plus de trois mois pour vider la ville de tout contraceptif. Si la plupart des genesiens s’étaient accommodés de la situation, acceptant avec fatalisme que tout rapport sexuel puisse conduire à une naissance, cela était différent pour Faye.

 

Depuis que les survivants s’étaient établis à Genesia, nombre de nouveaux-nés avaient vu le jour. Grâce au talent et au professionnalisme de Samuel, l’unique médecin de la communauté, la plupart des accouchements s’étaient parfaitement bien passés. Pas une seule victime à déplorer, que ce soit chez les mères ou les enfants. Dans le cas de Faye, cependant, cela ne s’était pas aussi bien déroulé. D’où une réticence tout à fait justifiée à l’idée d’une nouvelle grossesse.

Déjà bien enceinte lorsque la communauté était arrivée à Talante, il s’en était fallu de peu pour que la jeune femme ne perde pas son enfant, conséquence de graves blessures et du stress de la bataille. Elle avait causé beaucoup de soucis à Samuel, Kenji et leurs amis les plus proches, mais son état et celui du fœtus avaient heureusement fini par se stabiliser.

Les vrais problèmes s’étaient déclarés lors de l’accouchement proprement dit. Alors que Faye n’était plus qu’à deux semaines du terme de sa grossesse, et malgré les injonctions de Samuel, qui recommandait à la jeune femme de rester au calme et de se reposer, elle et Kenji étaient partis dans les montagnes. Ils s’étaient établis dans un refuge permettant d’avoir une vue panoramique sur la plaine du Fraquin, dans lequel ils étaient souvent retournés depuis, et ce malgré leur terrible mésaventure. Car c’est bien là, à près de quatre mille mètres d’altitude et à plus d’une journée de marche de Genesia, que Faye ressentit les premières contractions.

Comme la plupart des femmes enceintes pour la première fois, elle ne comprit pas immédiatement ce qui se passait en elle. Ce n’est que quand l’intensité de la douleur et des contractions fut suffisante pour lui arracher des gémissements qu’elle réalisa dans quelle merde elle était fourrée.

Luttant contre la peur et la souffrance, elle avait alors convaincu Kenji de l’aider à mettre au monde leur bébé. Sur place, sans matériel, sans même la moindre connaissance du déroulement d’un accouchement. Après tout, Jack n’avait-il pas fait la même chose lors de la naissance d’Alice ? Les femmes ont accouché seules durant des siècles. Il n’y avait aucune raison pour que Faye ne s’en tire pas tout aussi bien.  

Mais de la chance, ils n’en eurent pas cette fois-ci. Le bébé était-il mal positionné ? Faye trop faible pour réussir à l’expulser de son utérus ? Ce n’était pas le pauvre Kenji qui aurait pu le dire. Impuissant devant la souffrance de sa femme, n’ayant d’autre réconfort à lui offrir que son étreinte et un peu de buster-weed, il faillit piquer une véritable crise de panique en réalisant que le chalet miteux risquait fort de devenir le tombeau de sa femme et de son enfant. Dos au mur, incapable d’accepter de perdre les êtres les plus chers à son cœur, il fit la seule chose qui était en son pouvoir.

Ignorant les protestations et gémissements de Faye, il entreprit de la ramener à Genesia de toute urgence. La transportant à la seule force de ses bras, il redescendit la Chaîne Platte à une allure quasi-surnaturelle. L’adrénaline pulsait dans ses veines, effaçait les crampes dans ses épaules, éclipsait la douleur qui envahissait ses jambes. Combien de fois perdit-il l’équilibre ? Combien de fois se tordit-il les chevilles ? Combien de fois Faye le supplia-t-elle de s’arrêter, incapable de supporter la souffrance ? Kenji l’ignora comme il ignorait sa peur. La seule chose qui importait était de rejoindre Genesia, de dévaler la pente toujours plus vite.

A seulement un kilomètre de la ville, Faye finit par perdre conscience. Ce qui donna à Kenji l’énergie nécessaire pour forcer encore l’allure, et bientôt, se mettre à appeler désespérément au secours. La nuit était bien avancée, et avec son chahut, le tueur de goule réveilla la moitié de ses camarades. Trempé de sueur, en larmes et la peau recouverte d’égratignures, il débarqua chez Samuel comme un forcené, suppliant le médecin dans un langage presque inintelligible.

Celui-ci ne perdit heureusement pas de temps en « je vous l’avais bien dit ». Il examina rapidement la jeune femme, avant de lancer des instructions avec une autorité et une cadence de mitraillette. Tous ceux qui avaient suivi Kenji mirent la main à la pâte, et en quelques minutes, Samuel improvisait une césarienne d’urgence. Cette intervention était une première pour lui, ce qui ne l’empêcha pas de sortir l’enfant d’une main de maître, ne laissant qu’une entaille de quelques centimètres dans la chair de la parturiente.

Pendant un instant d’intense horreur, Kenji crut que le nouveau-né ne respirait pas. Ce qu’il balbutia d’une voix blanche, à deux doigts de sombrer dans l’hystérie. Mais Samuel le rassura immédiatement, l’encourageant à clamper lui-même le cordon ombilical. Une seconde plus tard, le bébé prenait sa première inspiration.

Ses premiers pleurs furent d’une intensité surprenante. Ce bambin était plein de vie, ça ne faisait aucun doute. Satisfait, Samuel laissa Marie nettoyer le nouveau-né, tandis que lui et l’infirmière Janice s’occupaient de Faye, toujours inconsciente. Son état était préoccupant, mais quelques heures plus tard, la jeune femme était heureusement stabilisée. Et quand elle ouvrit enfin les yeux, ce fut pour assister à la plus belle scène qu’il lui eut été donnée de voir.

Assis à côté d’elle se trouvait Kenji, un sourire resplendissant aux lèvres. Et dans ses bras, un petit bonhomme si mignon qu’elle en eut immédiatement les larmes aux yeux. Le regard brillant et la voix chargée d’émotion, le tueur de goule embrassa sa femme avec passion, avant de lui confier le nourrisson.

« Mon petit Ryo, je te présente ta maman, murmura-t-il à l’enfant avec une douceur dont il ne se serait jamais cru capable. Faye, mon amour, voilà Ryo. Notre fils. »

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Tistoulacasa 31/01/2011 20:33


Ryo...Cela ne présage rien de "bon"...


Jade 24/01/2011 17:55


Vivement la suite :)
Je me permets de signaler que l'expression correcte est "la main à la pâte" plutôt qu'à la patte ^^


RoN 24/01/2011 20:23



C'est pas la première fois qu'on me fait cette remarque, mais à chaque fois je me trompe... Quoi qu'il en soit, c'est corrigé ^^