Chapitre 13 : l'assemblée générale

Publié le par RoN

Rassuré de voir qu’il ne s’était pas autant encrassé qu’il le croyait, Kenji reprit la direction de Genesia. Ce petit entraînement lui avait fait le plus grand bien. Il se sentait serein et purifié, la cuite de la veille n’étant déjà plus qu’un souvenir. Ce qui n’était pas le cas de la plupart des genesiens, encore sujets à des maux de tête ou nausées lorsque vint le moment de l’assemblée générale.

Le soleil descendait vers l’horizon quand Kenji entra dans le gymnase, où attendaient déjà bon nombre de ses camarades, essayant d’oublier leur gueule de bois en fumant un peu de buster-weed et en buvant du jus de fruit. Le tueur de goule alla s’asseoir à côté de Faye, qui s’empressa de câliner son petit Ryo. Passer une journée sans avoir à s’occuper du bébé était certes reposant, mais elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour l’enfant quand celui-ci n’était pas sous sa surveillance.

« J’ai les seins complètement pleins, commenta-t-elle en ouvrant sa chemise pour le nourrir. Dix minutes de plus, et j’offrais ma poitrine au premier venu…

-         Content d’être arrivé à temps, répondit Kenji. Je ne suis pas sûr qu’il ait très faim, je lui ai donné un biberon il y a une heure. En tout cas, Ryo est agité, aujourd’hui.

-         Sans doute parce qu’il n’aime pas passer la nuit loin de nous. Une chose est sûre, il pue le fauve… Comme son père. Vous avez gagné le droit de prendre un bain, tous les deux. Aïe ! Aïe ! Doucement, mon chéri ! »

Gigotant comme une larve, Ryo mordillait nerveusement le téton de Faye, sans paraître vraiment intéressé par le lait qui en perlait. Au bout de quelques minutes, la jeune femme renonça et se rhabilla, grimaçant quand ses seins à peine soulagés de la pression regagnèrent son soutien-gorge. Ryo n’était apparemment pas décidé à rester immobile, et ne tarda pas à se remettre à pleurnicher. Kenji n’eut d’autre choix que de le replacer dans son harnais et de faire les cents pas dans le gymnase, l’enfant ne se calmant qu’en étant bercé à un rythme soutenu. Il fallait espérer que l’assemblée générale ne tarderait pas trop à commencer, sans quoi cette session deviendrait encore plus fastidieuse qu’à l’accoutumée.

Heureusement, celui qui était l’instigateur de cette réunion montra bientôt le bout de son nez. Jack, l’air sérieusement déterré, suivi de ses compagnes Aya et Gina. Le jeune homme fit rapidement le tour du gymnase, saluant les genesiens, échangeant anecdotes et plaisanteries à propos de la soirée de la veille.

« C’est quand tu veux, chef ! l’apostropha une Carolane aux traits tirés. On va pas y passer la nuit !

-         Vous pouviez très bien commencer sans moi » rétorqua l’intéressé.

L’ex-lamidienne le fusilla du regard, aussi le jeune homme s’empressa-t-il d’entrer dans le vif du sujet.

« Vous connaissez tous l’ordre du jour, commença-t-il. Nos perspectives d’avenir. Essayez de rester dans le sujet, ça nous évitera des discussions inutiles.

-         Qu’est-ce que tu entends par « perspectives d’avenir » ? interrogea quelqu’un.

-         C’est pourtant simple. Maintenant que l’électricité est revenue, il va falloir décider quoi en faire. On va sans doute devoir créer de nouvelles équipes de travail, peut-être en supprimer d’autres. J’ai moi-même quelques idées, mais bien entendu, vous pouvez proposer ce que vous voulez. »

Afin de s’organiser le plus efficacement possible, Jack proposa à ses camarades de noter tout ce qui leur semblait important sur un tableau. Il encouragea cependant les genesiens à bien réfléchir et à discuter entre eux de leurs propositions, afin d’effectuer un premier tri des idées et d’éviter les répétitions.

S’en suivit un bon quart d’heure de débats animés, au bout duquel plusieurs suggestions avaient vu le jour.

« Voyons ce qu’on a là, commenta Jack en lisant le tableau. « Comité de régulation des équipements électriques ». Ça veut dire quoi exactement ?

-         Cette proposition est de moi, annonça M. Claireau en se levant.

-         Je vois. Vous voulez qu’on crée une équipe chargée de vous aider à faire fonctionner la centrale électrique ?

-         Elle existe déjà, cette équipe. Et on n’aura plus besoin de bosser là-bas à temps plein. Non, ce qui me préoccupe, ce sont tous les appareils électriques laissés en fonctionnement. Il doit y avoir un paquet de maisons dans lesquelles la lumière est restée allumée, par exemple. Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point la ville était illuminée, cette nuit.

-         Et c’est grâce à vous !

-         Oui, mais cela pourrait peut-être devenir un problème. Vous ne pensez pas que les goules risquent de nous repérer ? »

Les genesiens convinrent que cela méritait d’être étudié. Qui plus est, même si la production d’électricité était largement suffisante pour faire fonctionner toutes les installations électriques de la ville en même temps, l’éventuel gaspillage généré par les appareils laissés en fonctionnement en dérangeait plus d’un. D’un commun accord, ils acceptèrent donc la proposition de M. Claireau. Le comité de régulation des équipements électriques existerait jusqu’à ce que la totalité de la ville ait été contrôlée.

En second lieu, Jack examina l’idée du grand-père Moncle, qui suggérait d’utiliser l’énergie désormais illimitée pour développer leurs cultures.

« Nous pouvons maintenant utiliser des serres chauffées, expliqua-t-il. Ça nous permettra de cultiver de nouvelles espèces, et donc de varier un peu le menu. De plus, les serres pourraient devenir d’une importance vitale. Vous vous souvenez de l’hiver dernier ? Nous serions probablement morts de faim si nous n’avions pas eu des stocks de boîtes de conserves. Or je vous signale que nos réserves non-périssables sont quasiment épuisées. Si on rencontre des problèmes de nourriture l’hiver prochain, les serres pourraient nous sauver la vie. »

Inutile de réfléchir pour reconnaître le bien-fondé de la requête du grand-père. Se coltiner des heures d’agriculture supplémentaires n’enchantait guère les genesiens, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. Mieux valait prévenir que guérir.

Puis vinrent les propositions de Jack. Avant toute chose, il paraissait primordial au jeune homme de reprendre les recherches sur la Ghoulobacter. Celles-ci étaient quasiment au point mort depuis près d’un an, les scientifiques n’ayant pas vraiment eu la possibilité d’approfondir leurs connaissances de la bactérie. L’université de Talante était pourtant dotée de nombreux équipements dédiés à la recherche biologique. Mais faire fonctionner ces machines demandait évidemment un apport énergétique conséquent. Même en faisant transpirer une dizaine de genesiens sur les quelques vélos à dynamo qu’ils possédaient, ils auraient eu bien du mal à faire tourner tous les ordinateurs, séquenceurs et autres appareils nécessaires à ces recherches. Maintenant que l’énergie ne constituait plus un problème, les travaux passionnants de Jack et Marie allaient enfin pouvoir reprendre.

« Le plus important est d’étudier les interactions entre la Ghoulobacter et la buster-weed, précisa le jeune homme. Comment la drogue s’y prend pour détruire la bactérie, comment l’utiliser pour soigner les infectés… Qu’en pensez-vous ? »

Marie et Samuel le médecin, les seuls pour qui les processus biologiques liés à la Ghoulobacter n’étaient pas complètement inconnus, appuyèrent vivement les dires de leur collègue. La plupart des genesiens ne s’y connaissaient pas suffisamment pour émettre un jugement, mais étaient bien d’accord pour dire que la mise au point d’un remède restait l’axe d’étude le plus important.

« Il faudrait aussi que nous prenions des apprentis, intervint Marie. Jack et moi sommes les seuls biologistes, et Sam a suffisamment à faire de son côté.

-         Comme s’envoyer en l’air avec sa petite goule chérie… railla quelqu’un.

-         Si jamais nous disparaissons, il faut absolument que quelqu’un prenne la relève, continua Marie, ignorant l’importun.

-         Absolument, approuva Jack. Il en va de même pour toutes les disciplines vitales. Faire perdurer les connaissances sera d’une importance capitale dans l’avenir. Samuel et Janice ont déjà entrepris de former d’autres personnes, mais l’étude de la Ghoulobacter nécessite des connaissances très pointues dans le domaine de la biologie. Marie et moi prendrons donc un apprenti chacun, dès que nous aurons la possibilité de nous remettre à nos recherches. »

A première vue, les genesiens intéressés par cette formation semblaient nombreux. Ils déchanteraient vite, réalisant dès la première heure de « cours » que leur apprentissage serait long et fastidieux.

Beaucoup commençaient déjà à montrer des signes de lassitude. Jack n’en avait cependant pas terminé. Il fallait maintenant aborder le sujet le plus important, peut-être plus encore que les recherches sur la Ghoulobacter. Les genesiens allaient devoir faire preuve d’un petit peu plus de patience.

 

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Tistoulacasa 31/01/2011 20:54


en 1 an tu as le temps d'oublier certains concepts ardus dont tu n'as pas eu besoin de réinvestir...


RoN 31/01/2011 22:06



Euuuuh je comprends pas vraiment... Elle est même pas correcte cette phrase !



Marianne 29/01/2011 20:38


quelques erreurs à signaler: impérissables au lieu de non-périssable, entrepris avec un s, Marie et moi prendrons avec un s.


Jade 29/01/2011 18:10


Merci :) Vivement la suite :)