Chapitre 14 : et le reste du monde ?

Publié le par RoN

« Et le reste du monde ? énonça Jack, lisant la proposition qu’il avait lui-même noté sur le tableau. Quelle est la situation à l’échelle de la planète ?

-         Qu’est-ce qu’on en a à faire ? objecta un genesien. Pourquoi se préoccuper de ce qui se passe hors de la Chaîne Platte, du moment qu’on est tranquilles ?

-         Parce que ces informations peuvent avoir une importance capitale. Si nous voulons survivre à long terme, il faut absolument que nous sachions comment évolue la situation globale. Comment se comportent les goules ? Reste-t-il des survivants ? Sommes-nous réellement en sécurité ? La totalité de la planète est-elle touchée ? Notre tranquillité ne tient peut-être qu’à un fil. Aucun moyen de la savoir, nous sommes complètement coupés du monde. Et personnellement, je ne supporte plus de rester dans l’incertitude. Serons-nous encore en vie demain ? Et dans un mois ? Et dans un an ? Ces questions m’empêchent de dormir, me tiennent parfois éveillé toute la nuit. »

D’ordinaire calme et patient, Jack ne put empêcher l’émotion de transparaître dans sa voix. Ses camarades virent nettement son malaise, sa terreur à peine contenue. Tous respectaient Jack, l’admiraient même. Que leur leader et héros soit aussi préoccupé par le reste du monde les étonnait, mais les touchait plus profondément qu’ils n’auraient voulu l’admettre.

« Je crois qu’en fait… on n’a pas envie de savoir, commenta Arvis Bronson. Tant que notre univers se résume à la Chaîne Platte, on peut essayer d’oublier le cauchemar qu’il a fallu traverser pour arriver ici. On peut conserver nos illusions, imaginer que tout a fini par s’arranger…

-         Mais les illusions ne protègent pas, continua Lloyd. L’ignorance est probablement plus dangereuse encore que l’armée que nous avons vaincu pour prendre possession de cette ville. Ne pas savoir ce qui se passe de l’autre côté de la montagne, c’est être déjà mort.

-         D’accord, mais vous proposez quoi ? les apostropha Ray Sonnid. Q’on reparte sur les routes, qu’on erre au hasard en espérant trouver des survivants ? Sans moi, les mecs. On a dû ramer comme des fous pour se sortir de cet enfer. Hors de question que j’y retourne de mon plein gré.

-         Ce ne sera pas nécessaire » intervint une voix fluette.

Tous les regards se tournèrent vers celui qui venait de parler. Evénement rarissime. C’était peut-être la première fois que Mitch, l’ex-geek recruté de force par l’Armée du Renouveau Humain, prenait la parole lors d’une assemblée générale. Le jeune homme avait beau être apprécié par la plupart des genesiens, il était toujours très mal à l’aise quand il devait s’adresser à un public de plus de quatre ou cinq personnes.

Rouge comme une tomate et les aisselles humides, Mitch tira avec empressement sur le joint tendu par John Hadida. Intrigués et plutôt amusés, les genesiens lui laissèrent tout le temps dont il avait besoin.

« On peut peut-être voir ce qui se passe dans le reste du monde, sans pour autant avoir à bouger d’ici, lâcha-t-il finalement. Avant l’épidémie, nous étions une société très moderne. Caméras, micros, nous avions des yeux et des oreilles partout, même là où il est quasiment impossible de se rendre. D’un simple ordinateur, il était possible d’obtenir n’importe quelle information, d’observer n’importe quel point du globe.

-         Grâce aux satellites, comprit Ray Sonnid. Merde, Mitch, tu crois vraiment que tout ce bordel est encore en orbite ?

-         Je ne vois pas pourquoi tous nos satellites seraient retombés. Même si certains ne fonctionnent plus, il doit forcément en rester.

-         Et tu penses qu’on pourrait les utiliser ? interrogea Jack avec espoir.

-         En théorie, certainement. L’armée a envoyé des tas d’appareils d’observation dans l’espace. Des satellites doués d’une grande autonomie, très performants tant pour le transfert d’informations que pour l’espionnage des territoires.

-         En effet, acquiesça Hadida, ancien militaire de carrière. Le matériel utilisé par l’armée relève de la haute technologie. La plupart des satellites sont assez costauds pour résister des années et continuer à engranger des données même sans instruction du haut-commandement.

-         J’avais réussi à mettre au point un système de communication pour l’ARH, continua Mitch. Ça fonctionnait relativement bien, alors que nous ne disposions que de matériel de fortune. Des paraboles bricolées, des ordinateurs plutôt récalcitrants, des camping-car reconvertis en centres de données… Ici, je pourrai travailler bien plus efficacement. Talante disposait d’un excellent observatoire, un des meilleurs du pays. Avec une parabole tout bonnement monumentale, et des équipements top niveau. Maintenant que l’électricité est revenue, tout ça va pouvoir à nouveau être utilisé. »

Difficile de décrire l’admiration dans le regard des genesiens. Dire que le petit Mitch, d’apparence si fragile et si peu sûr de lui, était capable de telles prouesses ! Plus rouge que jamais, le jeune homme temporisa cependant l’engouement de ses camarades.

« Ça ne vas pas se faire du jour au lendemain, hein ! Même si John peut me fournir les identifiants et codes d’accès des satellites d’observation, il va me falloir un bout de temps pour établir les liaisons et récupérer les données. Et je ne suis pas un expert en systèmes d’information géographiques. Je ne saurai pas forcément interpréter les images qu’on recevra…

-         Moi, c’est mon domaine ! intervint Rick Carmine, un ex-membre de l’ARH. J’étais ingénieur en cartographie et SIG, avant l’épidémie. Si tu peux me fournir des données, je te dirai ce qu’elles signifient.

-         Parfait, conclut Jack, un grand sourire aux lèvres. Vous pourrez donc partir pour l’observatoire dès que possible.

-         Une escorte ne serait pas de refus, précisa Mitch. L’observatoire est situé au sommet de la Chaîne Platte, à environ un jour de marche de Genesia. Mieux vaut qu’on soit plusieurs. On ne sait pas ce qui peut arriver là-bas…

-         Et on aura peut-être besoin de bras en plus » ajouta Rick.

Jack leva les mains, leur signifiant qu’ils étaient les seuls maîtres dans cette entreprise. Ils auraient tout ce qu’ils voulaient, pourvu qu’ils obtiennent rapidement des résultats. Kenji avait bien envie de les accompagner, toujours partant pour un trip dans les montagnes. Il se promit de proposer son aide, même si ses compétences dans le domaine de l’informatique et de l’analyse d’images satellitaires étaient pour ainsi dire nulles.

D’autres propositions suivirent, pour la plupart moins pertinentes que les précédentes. Kenji n’assista cependant pas aux ultimes débats, car le petit Ryo ne supportait visiblement plus de rester dans le gymnase bruyant. Son père eut beau le bercer comme un sac à patates, ses pleurs devinrent bientôt trop gênants pour les genesiens occupés à discuter de sujets importants. Le tueur de goule décida donc d’aller lui faire prendre un peu l’air, laissant ses camarades continuer patiemment leur débat.

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

Tistoulacasa 31/01/2011 20:59


Enfin on va peut être en savoir plus sur le reste du monde :)