Chapitre 17 : bataille acharnée

Publié le par RoN

Aussi puissante et dévastatrice soit-elle, la tornade-Kenji n’allait pas pouvoir maintenir éternellement une telle cadence de tuerie. La concentration nécessaire pour affronter les goules au corps à corps était tout bonnement exténuante, et il manqua plusieurs fois d’embrocher Roland sur son sabre, se fiant trop aveuglément à son instinct.

« Reste derrière moi, gamin, ordonna-t-il. Occupe toi seulement des goules qui arrivent à passer dans mon dos. Et surtout, surtout tiens toi hors de mon périmètre ! »

Trempé de sueur et au moins aussi amoché que lui, le jeune garçon n’en menait visiblement pas large. Mais il ne se défila pas, suivant les instructions de Kenji sans rechigner. Le tueur de goule devait bien avouer que son endurance et sa bravoure étaient impressionnantes.

L’adolescent se battait sans répit depuis près de vingt minutes, et avait décapité assez de zombies pour ne plus avoir besoin de tenir le compte. Difficile de lui reprocher son attitude rebelle et impertinente, quand ses prouesses au combat étaient aussi éblouissantes. C’était du moins l’avis de Kenji. Il se promit de le féliciter une fois que la bataille serait terminée, à supposer bien entendu qu’ils s’en sortent en vie.

Ce qui n’était pas gagné d’avance. Le nombre de goules présentes à l’entrée du tunnel semblait avoir sensiblement diminué, mais peut-être n’était-ce qu’une impression. Et les artilleurs n’allaient pas tarder à être à court de munitions. La mitrailleuse lourde de Charles Moncle finit inévitablement par se taire, soulageant les oreilles des combattants mais certainement pas leurs bras. S’emparant de la hache qui ne quittait jamais sa ceinture, l’ancien armurier vint rejoindre les samouraïs à l’avant, tandis que les autres tireurs faisaient de leur mieux pour économiser leurs balles. Mais terrasser les goules en tirant au coup par coup relevait de l’exploit. Le crâne renforcé des monstres pouvant aisément résister à une balle de petit calibre, la seule façon de les mettre hors d’état de nuire était de viser les yeux. Performance que seuls des tireurs fortement expérimentés pouvaient réussir, la démarche bondissante des zombies les rendant très difficiles à aligner.

« Faut rallumer de la buster-weed ! beugla Charles après avoir récolté une paire de méchantes griffures au niveau du thorax. Ces saloperies sont de plus en plus habiles !

-         Les seaux sont restés à l’entrée ! réalisa Pierre avec effroi.

-         Bordel ! Et qu’est-ce qu’ils foutent, les renforts ?? »

C’était là une excellente question. A quelques dizaines de mètres en avant, Kenji percevait la radio grésiller, ce qui signifiait que les genesiens essayaient de les contacter. Mais impossible d’entendre ce qu’ils racontaient, encore moins de leur répondre. Tout comme les réserves de munitions et de buster-weed, la radio était restée à l’entrée du tunnel, abandonnée aux goules dans la retraite précipitée. Les combattants ne pouvaient compter que sur eux-même pour déterminer la marche à suivre. Fallait-il se replier vers la ville, attirer les monstres plus profondément dans le tunnel ? Ou bien devaient-ils tenir la position, empêcher les zombies de se rapprocher de Genesia ? Dans le pire des cas, les genesiens pouvaient décider d’utiliser leurs ultimes réserves d’explosifs pour faire s’effondrer le passage, ce qui couperait l’une des deux seules voies d’accès à la ville. S’ils en arrivaient à de telles mesures, Kenji et ses camarades devaient évacuer le plus vite possible.

Le choix finit de toute manière par être fait pour eux. La buster-weed n’émettait plus que de minces volutes, largement insuffisantes pour enfumer le tunnel. En conséquence, les goules ne tardèrent pas à s’y aventurer en masse. Leurs capacités physiques et sensorielles n’étant plus perturbées par la drogue, il devint extrêmement difficile aux humains de les repousser. Bondissant, sprintant, feintant sans cesse, elles se déplaçaient avec une agilité tout bonnement hallucinante étant donnée leur grande taille. Leurs coups de griffes se faisaient plus précis, leurs bras coupants ne manquaient que rarement leur cible ; elles travaillaient en groupe, coordonnant leurs attaques pour ne laisser aucun répit aux combattants déjà épuisés. Réduits à l’impuissance, les malheureux humains ne pouvaient plus que se défendre, reculant inexorablement sans parvenir à asséner de contre-offensive. Rares étaient maintenant les goules à s’écrouler au sol.

Kenji en aurait presque pleuré de dépit. Lui qui prenait un réel plaisir à batailler lame contre lame, rivalisant en force et en rapidité avec les dangereux évolués, se voyait déjà triompher de la meute. Il réalisait maintenant à quel point il leur était inférieur. Sans la buster-weed pour les perturber, les monstres se révélaient d’une férocité et d’une puissance sans pareille. Kenji aurait sans doute pu venir à bout d’une, deux ou peut-être trois super-goules. Mais face à des dizaines d’entre elles, dopées à la soif de sang et bien décidées à faire de lui leur pâture, il s’avérait bien incapable de les affronter seul.

Rageant, le jeune homme se résolut à reculer lui aussi, protégeant de son mieux le repli de ses camarades. Si seulement ils avaient pu disposer d’un peu plus de buster-weed… Kenji aurait pu jurer que le nombre de goules avait au moins diminué de moitié. Mais celles qui restaient étaient les plus intelligentes. Dès le début de la bataille, elles s’étaient tenues en retrait, laissant leurs comparses moins évolués servir de chair à canon. Maintenant que les défenses des humains avaient cédé, elles se lançaient à l’assaut avec une détermination d’acier.

Ces saloperies avaient même compris la différence entre les deux sabres de Kenji. Alors qu’elles paraient le katana Makoto sans montrer la moindre crainte, elles reculaient toujours précipitamment quand le jeune homme faisait mine de frapper avec le Tenchûken, dont le tranchant mono-moléculaire pouvait facilement pénétrer dans les os denses et durs des goules. Kenji essaya de les feinter, changeant subrepticement ses épées de main. Cela fonctionna contre deux ou trois monstres, qui s’écroulèrent avec un regard surpris, leur solide corps proprement coupé en deux. Mais les autres ne mirent pas longtemps à comprendre l’astuce et se montrèrent plus prudentes, observant avec attention d’où le tueur de goule tirait cet étrange pouvoir.

Pire encore. Réalisant visiblement qu’elles ne réussiraient pas à atteindre le samouraï tant que celui-ci aurait ses armes en main, elles commencèrent à s’en prendre à ses membres. Egratignures, déchirures et coupures ne tardèrent pas à recouvrir les avants-bras du tueur de goule. Un méchant coup de griffes au niveau du poignet lui fit même lâcher son précieux Tenchûken. Une seconde de plus et l’évolué aurait réussi à s’emparer de l’arme. Kenji crut revivre la scène terrifiante du pénitencier de Fraquin-Uman, quand une goule plus éveillée que les autres était parvenue à lui subtiliser l’un de ses sabres.

C’était sans compter sur Charles Moncle, qui surveillait heureusement les arrières de son camarade. Sa hache s’abattit sur la nuque du monstre alors que celui-ci allait refermer ses serres sur le katana, pulvérisant son crâne comme une pastèque au jus noir. Kenji s’empressa de récupérer son bien, et couvrit son équipier le temps que celui-ci puisse extraire son arme de la masse visqueuse.

« Ça va aller, le tueur ? interrogea l’armurier, soucieux devant les traits grimaçants de souffrance de son camarade.

-         T’en fais pas pour moi, rétorqua Kenji avant de plonger la pointe du Tenchûken dans l’œil d’un monstre.

-         On va plus tenir bien longtemps…

-         Je me battrai aussi longtemps qu’il le faudra !

-         Toi, oui. Mais les autres n’en peuvent plus… Je refuse que mon gosse se fasse dévorer par ces monstres. Faut faire quelque chose. »

Kenji était bien d’accord. Un rapide regard en arrière lui apprit que ses coéquipiers étaient au moins aussi mal en point que lui. Couverts de sueur, de sang et de visque, Pierre et Roland semblaient à deux doigts de la crise d’hystérie. Mais que pouvaient-ils faire au juste ? Leur survie dépendait uniquement des genesiens. Si ceux-ci ne débarquaient pas dans les minutes suivantes, les combattants finiraient inévitablement par être débordés.

« On a plus le choix, intervint John Hadida, venu remplacer Roland en première ligne. Il faut couper le tunnel. Les explosifs ne doivent plus être très loin.

-         Bordel, t’es dingue ! protesta Charles. Comment tu comptes nous sortir de là ?

-         C’est une belle journée pour mourir en héros… se contenta de répondre le général.

-         Deviens un martyr si ça te chante, mais je ne sacrifierai jamais mon fils !

-         Ce n’est pas mon intention. Pierre et Roland vont se replier pendant qu’on retiendra les goules. Puis ils allumeront les bombes et se tireront le plus vite possible. Le temps que les évolués trouvent un autre accès à la ville, les genesiens auront eu le temps de s’organiser pour se défendre.

-         Mais on ne sera plus là pour le voir… »

Hadida fit de son mieux pour sourire, avant de demander son avis à Kenji. Trop occupé à repousser les goules, celui-ci se contenta de hausser les épaules. Il n’était pas là pour échafauder des plans sur la comète. Son rôle était de sabrer, voilà tout. Il était un soldat, et acceptait donc de laisser les stratèges décider ce qu’ils allaient faire de son épée. Si ceux-ci estimaient que la seule possibilité était de se sacrifier, et bien soit. Le tueur de goule acceptait l’éventualité de sa mort. Quel autre destin aurait-il pu espérer de toute façon ?

Le cœur serré mais n’ayant pas le temps de faire dans l’émotion, Charles expliqua aux enfants quelle était leur mission. Ceux-ci protestèrent, bien évidemment. Mais eux aussi ne pouvaient que constater l’inéluctabilité de la défaite.

Les goules ne tombaient plus dorénavant. Le corps et les armes dont disposaient les humains ne leur autorisaient qu’un nombre limité d’attaques et de mouvements. Au bout d’un certain temps, les schémas d’assauts devenaient inévitablement récurrents. Et donc tout à fait prévisibles pour des créatures telles que les goules, dont la capacité d’apprentissage était toujours aussi impressionnante. Elles anticipaient presque toutes les feintes de Kenji, se protégeaient sans difficulté des quelques tirs qui les atteignaient, et parvenaient de plus en plus souvent à porter de graves blessures aux combattants. Avançant, reculant, harcelant sans cesse les humains pris au piège, elles semblaient même prendre un certain plaisir à ce lent massacre.

Les larmes aux yeux, les enfants s’enfuirent donc sans se retourner, tandis que la huitaine de braves se positionnait en une ultime ligne de défense. Mais les goules n’avaient pas dit leur dernier mot.

Réalisant que deux de leurs proies étaient en train de se faire la malle, elles se lancèrent une offensive aussi féroce que simultanée. Comment diable pouvaient-elles agir d’une façon aussi coordonnée ? Sans échanger un son, sans même avoir besoin de se regarder, les goules étaient capables de s’entendre comme un seul homme, de coopérer avec plus d’efficacité que n’importe quel bataillon humain. Spécialistes dans l’étude du comportement des zombies, Jack et Marie y auraient vu une sorte d’intelligence collective et inconsciente. Un peu comme les insectes sociaux qui, sans bénéficier d’un système nerveux autorisant un mode de pensée cohérent, peuvent s’organiser en une société parfaitement fonctionnelle.

Mais l’heure n’était pas aux investigations scientifiques. A bout de force et persuadés que la fin était proche, Kenji et ses camarades durent batailler comme jamais pour empêcher les monstres de percer leur rang. Ils n’allaient plus tenir bien longtemps, cela ne faisait aucun doute. Leur seul réconfort était de savoir que leur sacrifice ne serait pas vain.

Mais un coup d’œil en arrière apprit à Charles Moncle que leur stratégie prenait sérieusement l’eau. Ils avaient une nouvelle fois commis l’erreur de sous-estimer l’intelligence des goules. Car il semblait bien que la charge forcenée des monstres n’était en réalité qu’une diversion. Les yeux ronds comme des soucoupes, l’ancien armurier observa un quatuor de goules réaliser un exploit qu’aucun genesien n’aurait pu imaginer.

Profitant du fait que l’attention des humains soit monopolisée par leurs congénères, les quatre évolués entreprirent d’escalader les murs du tunnel. Les parois étaient pourtant dépourvues de toute prise. Qu’à cela ne tienne : les super-goules n’avaient besoin que de leurs griffes dures comme du diamant et de leur musculature boostée à l’énergie lumineuse.

Comme elles l’avaient déjà fait lors de l’attaque du pénitencier, elles se hissèrent sur les murs et se mirent à y crapahuter avec une aisance digne d’arachnides, progressant en plantant leurs serres directement dans le béton. Charles Moncle en frissonna de désespoir. Dans ces conditions, quel obstacle serait en mesure d’arrêter les monstres ? S’ils le désiraient, ils étaient probablement capables de se déplacer sur le plafond, s’affranchissant de la gravité même.

Les quatre évolués dépassèrent les combattants impuissants en quelques secondes, et se lancèrent immédiatement à la poursuite de Pierre et Roland. D’autres monstres suivaient déjà leur exemple, contournant par les murs les malheureux humains qui luttaient avec l’énergie du désespoir. Les gosses n’auraient jamais le temps de parcourir le kilomètre les séparant des explosifs. Et ils n’auraient pas non plus la force de lutter contre les goules qui leur filaient le train. Aussi Charles Moncle leur hurla-t-il de revenir. Si tout était fini, si le fils devait mourir sous la morsure de ces monstres immondes, alors ce serait aux côtés de son père.

Le temps que les jeunes rebroussent chemin et rejoignent leurs camarades, les goules étaient parvenues à encercler le groupe. A grand renfort d’adrénaline et de témérité, Pierre et Roland parvinrent à esquiver les évolués qui tentèrent de les agripper, pour revenir à la case départ aux côtés de Kenji. Leur espérance de vie venait ainsi de passer de quelques dizaines de secondes à une ou deux minutes au grand maximum. C’était toujours ça de pris, mais l’issue de la bataille restait inéluctable. Obligés de se positionner dos à dos pour protéger mutuellement de la forêt de griffes et de lames qui les harcelaient de toute part, les humains étaient parfaitement conscients de vivre leurs derniers instants.

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Tistoulacasa 14/02/2011 20:03


rhaaaaaaaaaa !!!!!
Tu es vraiment un salop de mettre tes persos dans de telles situations !!!
Tout ça pour notre plus grand plaisir :)


Bigdool 10/02/2011 19:09


Wow, ça se gâte sérieusement!