Chapitre 18 : le retour de Gook

Publié le par RoN

Plus aucune balle dans les fusils. Plus d’énergie pour faire se mouvoir les katanas. Plus le moindre espoir.

« Je t’aime, mon fils, lâcha Charles Moncle en couvant Pierre d’un regard aussi triste que fier.

-         Moi aussi, papa, répondit le jeune garçon une fois passée la stupeur d’entendre ces douces paroles de la bouche d’un père d’habitude si distant.

-         Messieurs, ce fut un honneur de combattre à vos côtés, déclara John Hadida avec la solennité propre aux militaires de carrière. Rendez-vous dans la clairière au bout du sentier… »

Pour sa part, Kenji ne trouvait aucun mot pour saluer ses camarades. Les seules personnes auxquelles il aurait aimé pouvoir adresser ses dernières paroles étaient Faye et Ryo. Il ne pouvait qu’espérer que ceux-ci s’en sortiraient sans lui, que les genesiens unis réussiraient là où il avait échoué. Bien décidé à les aider jusqu’au bout, il réunit ses dernières forces et poussa un rugissement qui aurait impressionné n’importe quel prédateur. Mais pas les goules, non. Ces monstres ne comprenaient que la voix du métal.

Aussi Kenji fit-il parler ses sabres, le Tenchûken balayant les créatures assez téméraires pour bondir sur lui. Qu’importe s’il périssait dans des souffrances atroces. Qu’importe si les zombies faisaient de lui l’un des leurs. Il en emporterait autant que possible dans sa mort.

Tout aussi déterminés que lui, ses camarades bataillaient sans arrière-pensée, attendant patiemment les griffes, lames ou mâchoires qui leur apporteraient le repos éternel. Qui serait le premier à s’écrouler ? Pas un combattant n’était tombé pour le moment, mais dès que l’un d’entre eux baisserait les bras, les autres ne tarderaient pas à suivre.

Les secondes s’égrenaient, le sang continuait à couler, les goules harcelaient leurs proies sans faiblir. Mais ne parvenaient pourtant pas à venir à bout de ces humains exténués. Et pour cause : elles semblaient de moins en moins nombreuses. Que se passait-il donc ? Au rythme où les combattants les descendaient, il leur aurait fallu bien plus de temps et d’énergie que ce dont ils disposaient pour réduire significativement le nombre de prédateurs. Et cependant, les rangs de goules semblaient plus clairsemés.

Oui, cela ne faisait aucun doute ! Kenji vit distinctement l’un des évolués se désintéresser de leur cercle pour rebrousser chemin vers l’entrée du tunnel. Dans la direction opposée à la ville ? Cela n’avait aucun sens. Si c’étaient bien les renforts genesiens qui montraient enfin le bout de leur nez, comment pouvaient-ils arriver de ce côté ? Qui plus est, Kenji n’entendait ni déflagration d’arme à feu, ni véhicules ou clameur guerrière. Quoi qu’il en soit, il n’était pas le seul à avoir remarqué le changement de situation.

« Les voilà ! confirma en effet le jeune Roland, l’espoir perçant à nouveau dans sa voix. Il faut tenir encore !

-         Bordel, on a failli attendre ! grommela Charles Moncle. Ils vont m’entendre, ça c’est sûr…

-         Je ne crois pas que ce soient les genesiens, objecta Kenji.

-         Mais alors qui ?

-         On va pas tarder à le savoir… »

A condition bien-sûr de résister encore quelques minutes. Mais le désespoir les avait quitté, laissant place à une exaltation bienvenue. Et la plupart des goules se ruaient maintenant vers les nouveaux arrivant, qui qu’ils soient. Car ceux-ci représentaient une menace bien réelle.

Pourchassant les retardataires, Kenji et ses camarades suivirent les monstres vers l’embouchure du tunnel, pour constater que ceux-ci étaient en pleine déroute. Il n’en restait plus qu’une cinquantaine à tout casser, et ils tombaient comme des mouches.

 

Equipées d’armes blanches en tout genre, une douzaine de silhouettes vêtues de cuir de la tête aux pieds se tenaient à la sortie du passage, recevant les goules avec une efficacité impitoyable. Contrairement aux genesiens, ces gens là semblaient connaître parfaitement les capacités des évolués. Leur manière de bouger, leur attitude face aux prédateurs, leur technique, tout chez eux démontrait une expérience exceptionnelle du combat contre les goules.

Les monstres semblaient même éprouver des difficultés à repérer les combattants dans les trois dimensions, nombre d’attaques passant à plusieurs centimètres de leur cible. Sans parler de la pluie de flèches qui s’abattait sur eux. Car les guerriers ne s’étaient pas contentés de faire front. Visiblement, un grand nombre d’entre eux étaient cachés sur les côtés ou en hauteur, arrosant les zombies pour diminuer le flux contre lequel luttaient leurs camarades.

Une stratégie et une efficacité sans faille, le tout dans un silence quasi-complet, uniquement rompu par les grincements de l‘acier sur les os des goules et les sifflements des flèches.

A cette cadence, il ne fallut que quelques minutes à ces renforts providentiels pour venir à bout de la meute.

Le cœur empli de soulagement et de reconnaissance, Kenji et ses camarades allèrent prudemment à leur rencontre. Sincèrement impressionnés, Pierre et Roland se laissèrent même aller à applaudir, tandis que Charles Moncle remerciait chaleureusement les nouveaux venus.

« On vous doit la vie, qui que vous soyez, déclara-t-il. A l’heure qu’il est, on devrait être de la viande froide. Voire pire : de la viande froide qui marche encore. »

Malgré le ton enjoué de Charles, personne ne daigna lui répondre. Ce qui avait quelque chose d’inquiétant. Ces gens étaient humains, pas de doute là-dessus. Mais quelles étaient leurs intentions au juste ? Tous étaient habillés en noir, dans un tissu légèrement brillant qui recouvrait chaque centimètre carré de leur peau. Même leur visage était invisible : cagoules et lunettes de ski, casques de moto,  masques à gaz ; impossible de savoir à qui ils avaient affaire. Dans tous les cas, un tel accoutrement n’encourageait pas à la confiance. Pas plus que leurs armes, pointées ostensiblement vers les genesiens.

Kenji sentait les regards de ces gens l’évaluer, il percevait la présence des nombreux tireurs autour de lui, leurs arcs et arbalètes n’attendant qu’un ordre pour lancer leurs projectiles mortels. Mais un ordre de qui ? Cela ne fut pas bien difficile à déterminer. Car tous étaient plus ou moins tournés vers un seul individu ; un homme d’une stature impressionnante, doté d’une carrure de catcheur et dont le visage était affublé d’un casque de soudeur. Et à la ceinture duquel étaient passés deux katanas visiblement bien affûtés.

Sympathisant naturellement avec tout adepte des sabres de samouraï, Kenji s’avança à la rencontre de l’homme. Ses équipiers en combinaison noire lui bloquèrent immédiatement le passage, mais le leader leur fit signe de s’écarter. Il détailla le jeune homme des pieds à la tête sans dire un mot, son regard invisible s’attardant sur les katanas. Le tueur de goule avait la curieuse impression de revivre une scène de son passé…

« Vous êtes le Ghoul-Buster ? interrogea-t-il pour détendre l’atmosphère.

-         Celle-là, c’est pas la première fois qu’on me la fait… lui répondit une voix gutturale, étouffée par le masque de soudeur.

-         Vraiment ? Etrange que vous connaissiez…

-         Pas tant que ça. Dis moi, je peux voir ce katana ? interrogea l’homme en désignant le Tenchûken.

-         Désolé, mais il est trop précieux. Je ne le prête à personne.

-         Pas même à son propriétaire légitime ? »

Cette voix était familière aux oreilles de Kenji. Trop pour que l’homme soit un inconnu. Et il prétendait que le Tenchûken lui appartenait ? Non, c’était impossible.

Quand l’homme daigna enfin relever son masque, Kenji crut qu’il avait affaire à un fantôme.  Mais ce visage semblait bien vivant. Ces rides, ces cicatrices, cet air dur contrastant avec le franc sourire qui illuminait ses traits… Même le tueur de goule et sa légendaire mémoire de poisson rouge ne pouvait oublier celui qui l’avait accueilli dans l’Armurerie des Frères de l’Acier, plus d’un an auparavant.

« Saul Gook ! s’exclama-t-il, bouche bée.

-         En chair et en os, confirma l’intéressé avec une accolade musclée. Ça fait plaisir de te voir. Détendez-vous, vous autres. Ces gens sont des amis. Enfin, peut-être pas tous… »

Si Saul semblait tout à fait heureux de croiser à nouveau la route de Kenji, il se renfrogna sérieusement quand il se trouva nez à nez avec l’ex-général de l’Armée du Renouveau Humain. Et pour cause : des mois auparavant, Hadida l’avait gratifié de deux balles dans le ventre, avant de le laisser pour mort en plein milieu de la plaine du Fraquin. Comment Gook s’en était-il sorti ? Cela restait à découvrir. Une chose était sûre : l’ingénieur n’avait pas oublié le visage du général.

« John Hadida, c’est bien ça ? interrogea-t-il d’un ton glacé, sans une expression sur le visage.

-         M. Gook. Je… euh… comment dire… balbutia le général, incapable de soutenir le regard de son interlocuteur.

-         Difficile de trouver ses mots face à un homme qui devrait être mort, hein ?

-         Ecoutez, on ne peut pas revenir dans le passé. Je regrette ce que je vous ai fait, mais à l’époque, j’avais mes raisons. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts.

-         C’est sûr. Mais quand je vois ta tronche, j’ai le bide qui me démange. Et c’est pas en me grattant que je vais me soulager…

-         Très bien. Vous voulez votre revanche, je ne peux pas vous en blâmer. Mais à Genesia, nous avons une manière bien particulière de rendre la justice. Venez en ville avec nous. On réglera ça d’homme à homme.

-         Tu proposes un combat loyal, c’est ça ?

-         C’est généralement comme ça qu’on résout les différends… »

Saul Gook fit mine de réfléchir un instant. Difficile de dire ce qui se passait dans son cerveau, car son visage restait toujours aussi inexpressif. Mais Kenji sentait que l’idée d’un affrontement loyal ne séduisait pas le vieil homme. Hadida avait abattu Saul comme un chien, sans lui laisser la moindre chance. Mais il s’en était tiré, et une année s’était écoulée depuis. Gook était peut-être prêt à pardonner, ce qui serait la décision la plus sage.

Il lâcha finalement un soupir et tendit la main au général, au grand soulagement de l’assemblée. Soulagement qui fut cependant de courte durée. Car à peine les doigts de Hadida se refermèrent-ils sur la poigne de Gook que celui-ci dégaina l’un de ses sabres de sa main libre. Et avant que quiconque ait pu intervenir, sa lame plongea dans le ventre du militaire, traversant son abdomen de part en part.

John hoqueta de stupeur et de douleur, avant de s’effondrer à terre quand Gook retira son katana. Les mains pressées sur son ventre pissant le sang, Hadida lui jeta un regard d’incompréhension. Comme pour répondre à une interrogation muette, Saul s’accroupit devant lui et le gratifia d’un sourire sardonique.

« Pas besoin de combat, grinça-t-il. Maintenant on est quittes. »

 

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Tistoulacasa 14/02/2011 20:10


ok, fin de combat inattendue... cependant, qu'est-ce qu'ils ont foutu Jack et les autres ?!