Chapitre 31 : Jonas

Publié le par RoN

 

« Alors, comment se passent les préparatifs du voyage ? interrogea Saul Gook. Quand comptes-tu partir exactement ? »

Encore mal réveillé, Jack ne fit rien pour dissimuler un bâillement d’une ampleur qui reflétait parfaitement la difficulté qu’il avait eu à se lever. Pourquoi l’ingénieur lui avait-il donné rendez-vous de si bon matin, et à l’autre bout de la ville qui plus est ? Si c’était seulement pour discuter avec lui de l’expédition vers la Filia, il n’y avait aucune raison de s’y prendre si tôt. Le jeune homme ne voyait pas non plus pourquoi Saul lui avait demandé de le retrouver à l’hôpital de Talante. L’établissement avait été pillé depuis longtemps, toutes les ressources utiles ayant été transférées à l’infirmerie ou stockées avec les réserves de nourriture.

Jack aurait volontiers envoyé l’ingénieur se faire voir. Mais après tout, si Saul montrait un intérêt pour le voyage, mieux valait se montrer aimable avec lui. Ce n’était pas comme si Jack croulait sous les candidatures.

Après l’épisode des enfants-goules, l’engouement des genesiens pour l’expédition s’était sévèrement amoindri. Nombreux étaient ceux à avoir très mal supporté leur rencontre avec ces affreuses créatures. Et celles-ci ne constituaient probablement pas les pires horreurs créées par la Ghoulobacter. La plupart des genesiens n’avaient aucune envie de découvrir de nouvelles abominations, ils ne voulaient même pas y penser. Ceux à qui l’action manquait, ou qui en tout cas en avaient l’impression, ouvraient maintenant les yeux : le temps de la survie était bel et bien fini ; dorénavant, il fallait vivre. La société paisible qu’ils construisaient depuis plus d’un an était trop précieuse : pourquoi se lancer volontairement dans un périple duquel ils ne reviendraient probablement pas ?

Ainsi, une seule sortie dans les terres infectées avait suffi pour annihiler la motivation des genesiens. Jusqu’ici, seule Béate était restée fidèle à sa décision d’accompagner son frère. Ce qui portait le nombre de volontaires pour la mission à… deux. Un chiffre aussi pitoyable que démoralisant. Inutile d’espérer atteindre la Filia avec une équipe aussi réduite. Trois semaines avaient passé depuis que Jack avait annoncé son projet. Il n’avait pas encore fixé de date de départ, mais parti comme c’était, l’expédition risquait de toute manière d’avorter avant même qu’un plan précis soit élaboré.

Sauf bien sûr si Saul Gook entrait dans la partie. L’ingénieur avait beau n’être arrivé dans la communauté que deux mois auparavant, il en était rapidement devenu l’un des membres les plus influents. Et pour cause : le vieil homme carburait à cent à l’heure, aidant ses camarades dans les cultures, réparant quantité de matériel, conseillant les combattants lors des entraînements collectifs… Et il parvenait encore à consacrer du temps à des projets personnels. Son intelligence et sa force étaient admirées par les hommes, désirées par les femmes. Sans parler du respect quasi-divin que lui vouaient ses « ninjas ».

Que Saul annonce sa décision de partir pour la Filia, et il ne serait probablement pas difficile de trouver une dizaine d’autres volontaires. Le cœur gonflé d’espoir, Jack fit donc de son mieux pour détailler son projet.

« J’aimerais partir d’ici une à deux semaines, expliqua-t-il en sirotant le café tiède d’une bouteille thermos. Il faudra que j’étudie le trajet et que je le découpe en différentes étapes, mais en gros, on ne va pas y aller par quatre chemins : nous filerons droit vers l’ouest jusqu’au littoral.

-         En passant sous le nez des millions de goules qui squattent les côtes et la partie occidentale du continent ?

-         Ce ne sera possible qu’avec des combinaisons ignifugées. Tu pourras demander à tes amis de nous en prêter quelques-unes ?

-         Mieux : on va vous en fabriquer sur-mesure. Mais à ta place, je ne compterais pas trop là-dessus. Ces combinaisons ne rendent pas complètement invisible.

-         Je sais bien. Mais en se déplaçant de nuit, ça devrait passer, non ?

-         Espérons-le. Et une fois sur la côte, quel sera le plan ?

-         Récupérer un bateau, se familiariser avec son pilotage, et puis tracer vers la Filia. Ça, c’est la partie facile. Une véritable croisière de plaisance, par rapport à ce qui nous attend avant.

-         C’est sûr. Traverser deux mille kilomètres de territoire grouillant littéralement d’évolués ne va pas être une partie de plaisir, même de nuit. Comment comptez-vous vous déplacer ?

-         Je ne sais pas trop encore. Pas la peine d’espérer voyager en voiture, hein ? Il nous reste donc nos pieds. Ou des vélos, ça dépend. Tu aimes le cyclisme ? »

Saul fronça les sourcils un instant, ne comprenant visiblement pas ce que le jeune homme sous-entendait. Il ne fallait pourtant pas être devin pour voir l’espoir briller dans ses yeux. Trois mots : « je suis volontaire ». Voilà tout ce que Jack attendait de Saul. Mais malheureusement, ce n’était pas à ça que pensait l’ingénieur.

« Je préfère t’arrêter tout de suite, déclara-t-il. Je n’ai pas l’intention de participer à cette expédition. J’ai passé bien trop de temps à galérer dans les terres infectées pour avoir envie d’y retourner. Ce n’est que mon point de vue personnel, mais je pense que vos chances de succès sont quasi-inexistantes. Merde, ce sera déjà un miracle si vous réussissez à parcourir les premiers cent kilomètres ! Tu as le droit d’être suicidaire, mais ce n’est pas mon cas. »

La déception devait être clairement visible sur le visage de Jack, car l’ingénieur se sentit obligé de gratifier le jeune homme d’une accolade réconfortante. Celui-ci ne put que grimacer un sourire forcé. Si Saul ne comptait pas partir vers la Filia avec lui, alors pourquoi lui avait-il donné rendez-vous pour en discuter ? Sa raison avait intérêt à être bonne, car tous ces faux espoirs n’avaient pas amélioré l’humeur de Jack.

« Je ne suis pas assez cinglé pour me joindre à toi, reprit le vieil homme en levant les mains pour apaiser son interlocuteur. Mais des cinglés, j’en connais un paquet. Des mecs qui ne reculent jamais, même devant une mission suicide…

-         Certains de tes hommes ? Ceux qui ont voyagé jusqu’ici avec toi ?

-         Un en particulier. Le meilleur. Jonas. Tu l’as déjà rencontré ?

-         Je crois, oui. Un grand type maigre, qui garde toujours un long couteau sur lui ? Tu penses qu’il serait partant ?

-         Je ne le pense pas, je le sais. J’en ai déjà discuté avec lui.

-         C’est génial ! Mais pourquoi il ne m’annonce pas ça lui-même ?

-         Parce qu’il te réserve une petite surprise. Dis-moi, as-tu repéré des goules à proximité de la ville, aujourd’hui ? »

 

Depuis que Rick et Mitch avaient mis au point leur programme de surveillance, Jack commençait chaque journée en observant attentivement la carte de la Chaîne Platte. Les données étaient actualisées durant la nuit, et le leader pouvait ainsi s’assurer dès le matin que la communauté ne courait aucun danger. Si une ou plusieurs goules étaient détectées trop près de Genesia, des guetteurs se déployaient, et chaque citoyen était appelé à la plus grande vigilance, au cas où une alerte serait lancée durant la journée. Du moins en théorie. Car jusqu’à maintenant, pas un seul zombie n’avait été repéré à moins de vingt kilomètres, une marge de sécurité à peu près satisfaisante.

Mais ce matin là, Jack avait omis d’effectuer ces vérifications. Qu’à cela ne tienne : deux jours auparavant, Mitch lui avait fait un cadeau remarquablement utile. Et qui deviendrait d’une importance vitale durant le voyage vers la Filia : un téléphone portable.

Bien entendu, le réseau téléphonique du continent était hors service depuis longtemps. Mais cela n’avait pas grande importance, puisque la liaison avec la ville était assurée par d’anciens satellites de télécommunication « réquisitionnés » pour la bonne cause. Ainsi, Jack pourrait rester en contact avec Genesia, tenir ses proches au courant de sa progression, et ce où qu’il se trouve sur le globe.

Mais ce n’était pas tout. Les derniers mobiles créés par la société humaine étaient de véritables concentrés de technologie, qui reléguaient souvent la téléphonie au second plan de leurs capacités. GPS, photo et caméra, musique, applications informatiques diverses… de vrais couteaux suisses numériques, qu’il n’était pas si difficile de reprogrammer à loisir. Mitch s’en était fait un plaisir, intégrant entre autres choses son programme de surveillance à un de ces portables obsolètes. Ce qui permettrait à Jack d’avoir toujours un coup d’avance sur les goules qui hantaient le continent. A condition bien entendu de trouver de l’électricité pour recharger régulièrement ce formidable outil.

Ce qui pour l’instant ne posait pas de problème. Avec un plaisir évident, le jeune homme exhiba donc son fameux portable à un Saul Gook d’abord intrigué, puis sincèrement impressionné. Quelques clics sur un écran tactile d’une taille très généreuse suffirent pour zoomer autour de Genesia, et ainsi s’assurer qu’aucune goule ne traînait dans les parages.

Visiblement satisfait, Saul se dressa de toute sa taille et plaça deux doigts dans sa bouche, lâchant un sifflement strident qui résonna longuement dans les rues désertes.

« Euh… OK, tu siffles fort, déclara Jack sans comprendre ce qui était sensé se passer. Mais ça n’aurait sans doute pas suffi à attirer des goules, même à seulement quelques kilomètres d’ici…

-         Je le sais bien, jeune idiot. Non, ce qui aurait risqué d’ameuter des zombies, c’est ce qui va se passer maintenant… »

Sa curiosité piquée au vif, Jack fit un tour sur lui-même pour essayer de repérer la soi-disant « surprise de Jonas ». Or celle-ci ne vint pas des rues, mais du ciel.

Le jeune homme mit quelques secondes à réaliser qu’un étrange vrombissement avait envahi l’atmosphère. Le sifflement d’un puissant moteur en train de tourner avec une intensité grandissante, auquel se superposait des claquements très rapprochés rappelant des battements d’ailes.

Quand le bruit se fut transformé en un véritable tonnerre, Jack fut enfin capable d’en déterminer la provenance : le toit de l’hôpital, ou soufflait visiblement un vent d’une force impressionnante. Le jeune homme ne tarda pas à en deviner la cause. Mais il n’y crut vraiment que quand il vit la « surprise » de ses propres yeux.

Un hélicoptère. Un putain d’hélicoptère en parfait état de marche, qui apparut bientôt au sommet du bâtiment avant de venir stationner au-dessus de deux hommes, faisant voler leurs cheveux et claquer leurs habits. Et pas un de ces modèles civils biplaces ridiculement petits, mais bien le type d’aéronef lourd et massif utilisé par les militaires ou les sauveteurs.

Un sourire d’enfant aux lèvres, Jack lança un cri de joie qu’il entendit à peine, tant le vacarme produit par l’hélicoptère était assourdissant. L’engin volant fit quelques manœuvres, démontrant une maniabilité et une souplesse étonnantes pour un engin aussi imposant, avant de prendre de l’altitude, s’envolant jusqu’à ne devenir qu’un point difficile à identifier en plein ciel. Mais même de si haut, on pouvait encore percevoir le bruit de son moteur.

« Super, s’extasia Jack maintenant que sa voix était de nouveau audible. C’est Jonas qui pilote, si j’ai bien compris.

-         En effet. Lui, John Hadida et moi avons passé pas mal de temps à remettre l’hélico en état, ces dernières semaines. Notre fameux « projet hélice ». Le moteur était complètement flingué, ce qui explique pourquoi l’engin n’a pas été utilisé pour s’enfuir lorsque l’épidémie a frappé la ville. Mais on a finalement réussi à le faire fonctionner. Au départ, on pensait garder ça secret. Histoire de pouvoir évacuer en urgence en cas de problème.

-         En abandonnant la plupart de nos camarades ?

-         Oh, ça va... Si tu avais passé autant de temps que nous dans les terres infectées, tu comprendrais l’importance d’avoir toujours une carte dans sa manche. Mieux vaut survivre seul que de crever avec tout le monde, non ?

-         Ça manque quand-même de noblesse…

-         Mais ta quête, elle, est tout à fait noble. C’est pourquoi on a finalement décidé de t’offrir l’hélico. Ça facilitera sans doute le voyage… »

Cela restait à déterminer. Soit, un tel véhicule permettrait de se déplacer bien plus rapidement, s’affranchissant des routes et de la menace représentée par les millions de goules qui squattaient l’ouest du continent. L’hélicoptère étant un modèle utilisé pour le sauvetage en montagne ou en haute mer, son autonomie était de plusieurs centaines de kilomètres, et sa puissance autorisait un chargement de plus d’une tonne. De quoi emporter tout le matériel et la buster-weed qu’ils désiraient, en plus des passagers.

Mais à ces avantages certains s’opposaient des inconvénients de taille. Tout d’abord, le carburant. Même si l’hélicoptère pouvait couvrir de grandes distances avec un réservoir plein, viendrait forcément un moment où celui-ci se tarirait. Se réapprovisionner ne serait sans doute pas simple en plein territoire infecté. Saul informa cependant Jack que le général Hadida avait bien étudié l’ouest du continent à l’aide du logiciel d’observation, localisant une douzaine d’endroits dans lesquels il serait probablement possible de faire le plein : bases militaires, hôpitaux, anciens immeubles abritant de riches multinationales… Il devait nécessairement y rester un peu de carburant.

Mais cela ne constituait pas l’obstacle majeur à l’utilisation d’un tel véhicule. Le principal problème était en effet évident : le bruit. Inutile d’espérer jouer la discrétion avec un engin produisant un tel vacarme. Dès les premiers kilomètres parcourus, l’hélicoptère traînerait des milliers de goules dans son sillage. Comment se ravitailler dans ces conditions ? Les zombies n’attendraient pas sagement que leurs proies fassent le plein et repartent.

Sans parler des chimères aériennes. En vol, les humains resteraient hors d’atteinte des goules de base, mais pas des oiseaux-zombies. Et ceux-ci ne manqueraient pas d’attaquer un objet violant le territoire dont ils étaient dorénavant les seuls maîtres.

« A condition de pouvoir vous rattraper, objecta Saul. Ça m’étonnerait que les chimères volantes puissent atteindre les deux cent kilomètres à l’heure. A cette vitesse, je doute même que les goules puissent suivre votre piste. De toute manière, vous pouvez aussi prendre suffisamment d’altitude pour rester hors de leur portée. Elles ne vous verront pas si vous volez au-dessus des nuages.

-         Admettons. Mais il faudra bien redescendre à un moment où à un autre. Comment éviter d’attirer toutes les goules des environs lors des ravitaillements ? Inutile d’espérer trouver une zone sans danger dans le territoire de l’ouest…

-         Ça, je n’en sais trop rien… On pourrait peut-être recouvrir l’hélico de tissu ignifugé. Mais même si elles ont du mal à le voir, les goules l’entendront toujours… »

C’était toujours là le même dilemme. Fallait-il voyager rapidement, même si cela présentait certains risques, ou bien préférer la prudence et rester discret en se déplaçant à pied ? D’un naturel précautionneux, Jack choisissait généralement les options les moins risquées. Mais avec cet hélicoptère, ils pourraient parcourir en quelques jours une distance qui leur prendrait plusieurs semaines à pied. Comment dénigrer une telle opportunité ?

 

Il devait bien exister un moyen de se poser tout en restant relativement discret. Le pilote Jonas connaissait peut-être une solution. Jack se promit de l’interroger dès qu’il serait redescendu sur terre. Cela ne fut cependant pas nécessaire, Jonas ayant visiblement anticipé les questions du jeune homme.

« J’ai l’impression qu’il descend, commenta Saul en plissant les yeux. Mais il y a quelque chose d’étrange…

-         Quoi donc ? interrogea Jack, qui distinguait à peine le véhicule, loin au-dessus de leurs têtes.

-         L’hélico tourne sur lui-même. Pas très vite, mais ça reste anormal…

-         Bordel ! Mais on entend plus les moteurs ! »

L’ingénieur écarquilla les yeux d’horreur en réalisant que Jack disait vrai. L’hélicoptère descendait rapidement vers le sol en restant relativement stable, mais ces moteurs étaient définitivement à l’arrêt. Plus de sifflement aigu, seulement le flap-flap-flap des hélices tournant encore en autorotation, unique sécurité empêchant le véhicule de tomber comme une pierre. Jusqu’ici, Jonas avait réussi à garder le contrôle de l’engin. Sa trajectoire était bonne, la descente de l’appareil régulière. Mais comment le pilote allait-il gérer l’atterrissage ?

« Putain, il va s’écraser comme une merde ! Va vers une zone dégagée, abruti ! beugla un Gook complètement paniqué. Pourquoi il vient vers nous, ce con ?

-         Il va sans doute essayer de se poser en catastrophe dans la rue…

-         C’est bien trop étroit ! Et il va beaucoup trop vite ! Merde, faut se mettre à l’abri ! »

L’ingénieur tira Jack sous l’entrée de l’hôpital, où ils pouvaient rapidement se replier en cas de besoin. Jack ne quittait pas des yeux l’hélicoptère en approche rapide, comme fasciné par la catastrophe imminente.

Le temps sembla se ralentir quand le véhicule se présenta au-dessus des bâtiments, à l’extrémité de la rue. Il frôla les toits, s’engagea dans l’avenue, oscilla un instant pour stabiliser sa trajectoire, puis descendit encore jusqu’à seulement quelques mètres du sol. Les pâles de l’hélice produisirent une gerbe d’étincelles quand elles effleurèrent la devanture d’un des magasins, mais Jonas ne sembla pas s’en préoccuper. Sa marge de manœuvre ne devait de toute façon être que d’une vingtaine de centimètres, le diamètre de l’hélice étant quasiment identique à la largeur de la rue.

Alors qu’il pensait que l’appareil allait se fracasser au sol, Jack vit l’hélicoptère se cabrer en arrière, tandis que Jonas augmentait simultanément la portance au maximum. A seulement trois ou quatre mètres du sol, cela eut pour effet de réduire considérablement les vitesses horizontales et verticales, offrant au pilote une chance d’atterrir sans fracasser son appareil. Ce qu’il fit avec une adresse toujours aussi impressionnante, l’engin heurtant le sol beaucoup moins violemment que ce qu’on aurait pu attendre, puis rebondissant sur ses roues jusqu’à s’arrêter dans un grincement métallique.

Applaudissant et poussant des cris de joie, Jack et Saul se précipitèrent à la rencontre de Jonas. L’hélice ne s’était même pas encore arrêtée que le pilote était sorti de son véhicule, poing levé et sourire aux lèvres. Mais son bonheur s’estompa instantanément quand ses yeux se posèrent sur l’un des amortisseurs de l’appareil, qui n’avait visiblement pas résisté au choc de cet atterrissage miraculeux.

« Fait chier ! pesta Jonas en gratifiant le pneu d’un coup de pied rageur. Ces hélico de sauvetage sont foutrement lourds ! Il va me falloir encore un peu d’entraînement…

-         Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? interrogea Saul une fois remis de ses émotions. Un problème moteur ? Ou est-ce que c’est la transmission principale qui a foiré ?

-         Ni l’un ni l’autre. Cet hélico fonctionne parfaitement. Mis à part l’amortisseur que je viens de flinguer, évidemment. »

L’ingénieur resta interdit un instant, ne comprenant visiblement pas très bien ce que Jonas sous entendait.

« Attends, tu veux dire que tu as volontairement fait un atterrissage en catastrophe ? En pleine rue ? Bordel, mais t’es complètement cinglé ?!? Et si tu t’étais crashé ?

-         Eh bien, je ne serais plus qu’un tas d’os fumant. Mais j’ai réussi, non ? Il est important de s’entraîner à ce genre de manœuvre. On n’est jamais à l’abri d’une panne. Et de toute façon, descendre sans les moteurs est le seul moyen de se poser discrètement.

-         Et tu y arrives à chaque fois ? lui demanda un Jack sincèrement intéressé.

-         Evidemment, sinon je ne serai plus là pour en parler. Je me suis posé de cette manière un sacré paquet de fois depuis le début de l’épidémie…

-         Tu possédais un hélicoptère à ce moment ?

-         On peut dire ça comme ça… Mais c’est une longue histoire. On aura tout le temps de se raconter ça quand on volera vers la Filia. Si tu veux de moi pour cette mission, grand chef.

-         A Genesia, chacun est libre de faire ce qu’il veut. Si tu as envie de te lancer là-dedans, personne ne remettra ton choix en question. »

Et il n’avait pas besoin de préciser que Jonas était plus que bienvenu. Ses précieuses compétences en pilotage allaient leur permettre de profiter d’un moyen de transport dont Jack n’aurait même pas osé rêver. Et cela ne constituait pas son seul talent. Jonas était un véritable expert en véhicules roulants divers, capable de conduire ou de réparer une voiture de ville aussi bien qu’un trente-huit tonnes. Il proposa d’ailleurs au leader une petite démonstration de « conduite rapide en terrain encombré », mais après ce qui s’était passé avec l’hélicoptère, Jack choisit de lui faire confiance, et de ne voir ce que cela donnerait que s’ils étaient réellement contraints à cet exercice.

« Je sais aussi piloter les petits avions, continua Jonas. Pour ce qui est des jets et des trucs plus massifs, j’ai appris mais je n’ai jamais eu l’occasion de passer à la pratique.

-         C’est super, mais je ne pense pas qu’on aura l’occasion de voyager en avion. Si c’est à la traversée de l’océan que tu penses, j’avais plutôt dans l’idée d’emprunter un bateau…

-         J’ai eu quelquefois l’occasion de bosser sur des voiliers de taille moyenne, ou avec des petits bateau à moteur et des jet-skis.

-         C’est déjà plus que Béate ou moi. Vraiment, je ne te remercierai jamais assez de te joindre à nous, Jonas.

-         Attend qu’on soit revenus pour ça.

-         Avec toi, on a toutes nos chances. D’après Saul, tu es aussi un combattant émérite.

-         Un putain de pourfendeur de goules, tu veux dire !

-         Si tu veux. En tout cas, si Saul te fais confiance, alors je te fais confiance. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un type dans ton genre. Tu faisais quoi avant l’épidémie ? Attend, laisse-moi deviner… Un as du pilotage, assez cinglé pour se lancer dans une mission-suicide, et qui en plus sait se battre… Cascadeur ?

-         Trafiquant de drogue, rectifia Jonas avec un sourire en coin. Il me semble que c’était aussi ton business, non ?

-         Je cultivais, surtout. Mes potes se chargeaient de la vente. Mais on s’est toujours contentés d’un marché réduit. Et toi, tu bossais dans quelle branche ?

-         J’étais passeur sur la Fragma. Généralement, mon boulot était de transporter des cargaisons d’une île à une autre. Ou bien du trafic intracontinental. Peu importait, du moment qu’il fallait être rapide, discret et ingénieux. C’était ça qui me procurait mon petit frisson d’adrénaline, à l’époque… »

Et c’était aussi de là que venaient ses compétences en matière de pilotage. Avions, hélicoptères, voitures, camions, bateau : Jonas avait effectué à peu près tous les types de livraison, et s’était retrouvé dans des situations merdiques inimaginables. Jouer le rôle de proie était devenu pour lui comme une seconde nature ; il savait rester insaisissable, aimait se jouer des prédateurs, leur passait sous le nez avec un talent et une subtilité dignes d’un artiste.

Une seule chose avait tendance à soucier Jack. Le trafic de drogue était souvent un milieu attirant des gens peu fréquentables, parfois instables. Le jeune homme avait su protéger son propre business de la violence et de la corruption, mais cela constituait sans doute une des rares exceptions. Qu’en était-il des activités passées de Jonas ? Etait-il un « criminel honorable », obéissant à un strict code de conduite, ou bien une autre de ces si nombreuses raclures sans aucune morale ? Ou, en d’autres termes, était-il possible de lui faire aveuglément confiance, ou mieux valait-il garder un œil sur lui ?

Jack se promit d’interroger Saul à ce sujet un peu plus tard. L’ingénieur ne saurait peut-être pas répondre à ses questions, mais il pourrait au moins lui dire si Jonas était un compagnon de voyage plaisant ou désagréable.

Quoi qu’il en soit, il ne laissa pas ces doutes entacher sa bonne humeur. Finalement, cette journée commençait en beauté. L’expédition, encore très mal partie la veille, semblait enfin sur ses rails. Avec l’hélicoptère, ils avaient vraiment une chance de parvenir jusqu’à leur but. Même s’ils n’étaient toujours que trois à participer au voyage.

 

 

 

 

Encore une fois, désolé de ne pas avoir posté lundi... C'est pas toujours facile de trouver le temps/l'inspiration/la motivation, je fais ce que je peux. Quoi qu'il en soit, vous aurez toujours au minimum un chapitre par semaine. Mais bon, c'est vrai qu'à ce train là, on est pas arrrivés au bout de cette histoire... Bref, à lundi (avec un peu de chance) !

Publié dans Chapitres

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tistoulacasa 28/04/2011 09:59


yeah ! Encore une fois tu nous a pondu un personnage bien cool au passé douteux :)


Damien 12/04/2011 18:19


Courage ! Et si tu nous files notre dose par semaine, c'est suffisant pour ma part. ;)


Bigdool 07/04/2011 18:33


Bon chapitre! Pas de soucis pour la parution des chapitres pour ma part, bon courage pour les prochains!