Chapitre 32 : chasse à l'homme

Publié le par RoN

Tapi dans l’ombre d’une vieille benne à ordures, Jack observa Béate s’extraire de sa cachette pour venir le rejoindre. Les doigts du jeune homme se crispèrent sur la crosse de son arme quand une silhouette apparut au bout de la rue. Ami ou ennemi ? Inutile de se poser la question. Cet individu ne pouvait être un allié, sans quoi il ne se serait pas promené ainsi à découvert.

Un claquement de langue, et Béate roula sans un bruit entre les carcasses de deux voitures abandonnées. La jeune fille resta parfaitement immobile, attendant que son frère lui signale que la voix était à nouveau libre. Mais visiblement, le nouveau venu ne semblait pas décidé à bouger ses fesses de sitôt. Difficile de faire traverser Béate dans ces conditions. Le moindre son, la plus petite ombre furtive risquait de trahir sa présence. Que l’alerte soit déclarée si près du but, et ils n’auraient strictement aucune chance d’atteindre l’objectif.

Jack songea donc à poursuivre sa route sans sa sœur. Après tout, ils avaient déjà parcouru la plus grosse partie du chemin. Il ne restait plus que quelque centaines de mètres jusqu’au lac, distance que le jeune homme pouvait parcourir en très peu de temps. Qu’est-ce qui l’empêchait de se servir de Béate comme diversion et de filer sans se retourner ?

Un plan certes audacieux, mais dont la réussite n’était pas garantie. Sacrifier ainsi des membres de son équipe n’enchantait pas vraiment Jack. En particulier quand il s’agissait de sa sœur. Si ce type de stratégie pouvait être envisagé en dernier recours, le jeune homme comptait bien faire tout son possible pour ne pas en arriver là. Car ce n’était pas avec des stratégies de ce genre qu’ils pourraient espérer atteindre la Filia. Avec un effectif aussi réduit, mieux valait réfléchir à deux fois avant de sacrifier des vies.

Jack choisit donc de jouer la prudence, préférant ne pas se lancer dans une course effrénée tant que cela pouvait être évité. Il fit signe à Béate de rester en position pour le moment, mais de se tenir prête à intervenir en cas de problème. Puis le jeune homme siffla trois petits coups, juste assez fort pour qu’on puisse l’entendre du bout de la rue. Jubilant, il constata que sa manœuvre avait eu exactement l’effet escompté. Qui que soit l’importun qui les empêchait de progresser, ces bruits ne lui avaient pas échappé : la silhouette toujours impossible à identifier se rapprochait rapidement de la planque de Jack. Lequel retint son souffle et étreignit son pistolet, décidé à en user dès que la cible serait à portée de tir.

Mais il ne fut même pas nécessaire de recourir aux armes. L’obscurité jouait en la faveur des fuyards. Tout de noir vêtus, Jack et Béate n’étaient que des ombres parmi tant d’autres. Même à seulement trois mètres, le patrouilleur fut incapable de détecter la présence du jeune homme immobile et silencieux. Scrutant les ténèbres et tendant l’oreille, il devait probablement regretter de ne pas s’être équipé d’une lampe de poche. Mais telles étaient les règles du jeu : les humains pouvaient utiliser tous les outils qu’ils souhaitaient, ou presque ; les goules, elles, n’avaient le droit qu’à leurs sens et à quelques armes rudimentaires. Ce qui ne les désavantageaient pas pour autant, leurs effectifs étant près de vingt fois supérieurs. Un rapport de force totalement déséquilibré, qui ne constituait pourtant qu’une gentille introduction à ce qui attendait Jack et ses équipiers dans les terres infectées.

Tel était précisément le but de l’exercice : s’infiltrer et survivre en territoire hostile. Une idée des frères Bronson, remarquablement bien accueillie par la communauté. Rien d’étonnant à cela, les genesiens étant toujours ravis de participer à des jeux de rôle. Et cela constituait un excellent entraînement pour les trois cinglés qui partiraient bientôt vers la Filia.

Leur objectif était simple : traverser la ville, atteindre le lac de Talante, embarquer dans une barque et poser le pied sur la petite île située au centre de l’étendue d’eau. Une miniaturisation schématique du périple qui les attendait, en quelque sorte. Et pour jouer le rôle des innombrables prédateurs qui ne manqueraient pas de leur barrer la route, une soixantaine de genesiens équipés de tonfas, griffes en mousse, bôken ou armes de bois diverses.

La partie avait commencé dès le coucher du soleil, et se poursuivait depuis maintenant deux bonnes heures. Jusqu’ici, cela était surtout revenu à une partie de cache-cache entre adultes ; la plupart des goules avaient choisi d’occuper des positions de défense stratégique, ne laissant d’autre choix aux humains que de rester invisibles. Mais tôt ou tard, il y aurait forcément un peu d’action. S’il était hors de question de s’attaquer à un groupe compact, la meilleure manière de se débarrasser d’une goule isolée restait de la pourfendre.

Jack songea à gratifier celle qui les bloquait de quelques balles dans le citron, histoire de lui apprendre à ne pas rester seule quand des dizaines de ses comparses squattaient à seulement quelques rues. Mais Béate avait déjà profité du fait que son attention soit détournée pour se faufiler dans son dos et traverser la rue à pas de loup. La goule n’y vit que du feu et finit par tourner les talons, autorisant enfin Jack à respirer de nouveau.

« Je ne pensais pas que ce serait aussi facile... chuchota-t-il une fois que sa sœur l’eut rejoint. Les vraies goules ne se laisseront sans doute pas abuser aussi facilement. Je n’ai pas vu à qui nous avons eu affaire, mais une chose est sûre : il n’est pas très doué…

-         Je crois bien que c’était Roland, commenta Béate. Il est censé être ton premier disciple, non ? S’il manque de vigilance, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même… »

Là, elle marquait un point. La goule dont ils s’étaient si facilement joués était bien incarnée par le jeune Roland, dont ils pouvaient maintenant distinguer le visage grâce à la lueur d’un pétard de buster-weed. A la vision de son disciple assis nonchalamment sur le trottoir, un joint à la bouche, Jack ne put s’empêcher de lâcher un soupir.

 

La veille, l’adolescent avait fait tout un cinéma pour convaincre son maître de l’emmener avec lui. Il ne restait plus que quelques jours avant le grand départ, et Roland semblait bien décidé à se joindre à l’expédition. Après tout, il était un combattant tout aussi valeureux que beaucoup de genesiens, et ne craignait aucune des horreurs qui hantaient les terres infectées. C’était en tout cas ce qu’il prétendait. Nul n’était aussi doué que lui quand il s’agissait de repérer des goules de loin, et il possédait déjà un minimum d’expérience dans le combat contre les évolués.

Qui plus est, il avait déjà participé à ce genre de mission : lorsque Jack avait voyagé de la base d’Adams au laboratoire de Pavilion, une éternité auparavant, Roland lui avait sauvé la mise plusieurs fois. Il avait pour cela dû jouer les passagers clandestins, mais cela prouvait en tout cas que son maître pouvait compter sur lui pour protéger ses arrières.

Jack n’avait pourtant pas été convaincu par ces arguments. Soit, on ne pouvait douter du courage de Roland. L’enfant avait plus d’une fois fait preuve d’une bravoure exemplaire, luttant en première ligne aux côtés des plus téméraires. Mais cette expédition reposait plus sur la prudence et la discrétion que sur l’audace et la vaillance. Il allait falloir faire preuve d’un sang-froid à toute épreuve, et rester alerte quelle que soit la situation. Or, ce qui venait de se passer prouvait bien que Roland manquait encore de vigilance : l’adolescent avait été incapable de repérer un ennemi planqué juste sous son nez. Que la pénombre ait aidé Jack à se dissimuler ne l’excusait que peu : un guerrier expérimenté aurait ressenti la menace sans avoir besoin de la voir. En situation de survie, il n’était pas rare que les sens et la perception de la réalité soient altérés. Stress, blessures, fatigue… Les conditions n’étaient jamais optimales. Faire confiance à son instinct devenait alors d’une importance primordiale.

L’intuition, voilà ce qui manquait à Roland. Quoi que le jeune garçon en dise, il n’avait pas le niveau pour participer au voyage. Il était trop sûr de lui, trop casse-cou. Trop instable. Trop jeune.

Evidemment, Jack s’était bien gardé de lui présenter les choses de cette façon. Cela n’aurait suffi qu’à mettre Roland en colère, le poussant à prouver que son maître avait tort. Celui-ci l’avait donc joué finement, prétextant qu’il avait besoin de son disciple pour continuer les recherches sur la buster-weed. Que le gosse n’ait acquis que de minces rudiments dans le domaine de la biologie végétale importait peu : il n’avait pas besoin de tout connaître avec précision pour mener à bien les expériences. Même à l’autre bout du monde, Jack pourrait toujours lui transmettre des instructions et consignes. Roland n’aurait plus qu’à suivre les protocoles à la lettre.

Bien que l’enfant ait visiblement été touché par la confiance de son maître, cela n’avait pas suffi à le convaincre de renoncer au voyage. En désespoir de cause, Jack lui avait fait une proposition : s’il réussissait à empêcher l’équipe des humains d’atteindre leur objectif, en les neutralisant ou en donnant l’alerte, il pourrait se joindre à eux lors de l’expédition. Ce qui expliquait pourquoi le jeune garçon avait choisi de faire bande à part plutôt que rester avec ses équipiers : il avait bien l’intention de prouver à son maître qu’il était capable de se débrouiller seul.

Malheureusement pour lui, c’était précisément le contraire qui s’était produit. Sa nonchalance et son manque de vigilance démontraient que Jack avait eu raison de rejeter sa candidature. Mais Roland n’allait certainement pas accepter d’être aussi facilement recalé. Son maître choisit donc de lui jouer un petit tour, que l’enfant soit au moins au courant de son propre échec.

Silencieux comme un courant d’air, Jack se faufila d’ombre en ombre jusqu’à n’être plus qu’à quelques mètres de Roland. Occupé à fumer son pétard – qui n’était sûrement pas le premier de la journée – l’enfant n’eut aucune réaction quand résonna le « clic » d’un cran de sûreté que l’on relève. Toujours invisible, son maître eut une moue de dépit, avant d’aligner la nuque du disciple dans son viseur. Roland risquait de le sentir passer ; mais après tout, c’était pour son bien. Et il méritait bien une petite correction pour avoir trahi sa promesse de ne consommer qu’un joint par jour.

Pouf ! Pouf ! Deux détonations relativement discrètes, immédiatement suivies d’une exclamation de douleur. Hébété, Roland passa une main sur son crâne endolori, et constata que ses doigts étaient recouverts de peinture bleue.

« Et merde ! glapit-il en tapant du pied.

-         Ça t’apprendra à surveiller tes arrières ! commenta Jack, finalement sorti de sa cachette.

-         C’est pas du jeu ! Tu m’as tiré dans le dos !

-         Tu es une goule. Depuis quand les zombies ont besoin d’un avertissement avant de se faire flinguer ? »

Malgré tout, Jack devait bien avouer que cela n’était pas très glorieux. Soit, la fin justifiait les moyens. Dissuader Roland de se joindre à l’expédition ne pouvait se faire qu’en étant sévère. Mais devant l’air déçu et trahi de l’enfant, Jack ne put s’empêcher de s’en vouloir.

« Aller, ce n’est pas la fin du monde, lui dit-il d’un ton réconfortant. C’est mieux pour toi de rester ici. Tu verras, tu seras tranquille sans moi…

-         C’est ça… soupira l’adolescent. En attendant… MOOOOOOORT !!! »

Surpris par le cri de Roland, le jeune homme eut un léger instant de panique. Il aurait pourtant dû s’y attendre : quand une des « goules » était abattue, elle devait annoncer son décès, puis rester silencieuse. Une fois éliminée, il lui était interdit de fournir des informations à ses équipiers. Mais le simple fait de beugler son statut de « mort » pouvait suffire à ameuter des renforts.

Aussi Jack préféra-t-il ne pas s’attarder dans le coin. Des voix étaient déjà en train de se rapprocher, mieux valait mettre les voiles dans la minute. Le maître aurait tout le temps de discuter de la contre-performance de son disciple le lendemain.

 

Pour le moment, l’important était d’atteindre le lac de Talante. Espérant profiter de l’alerte lancée par Roland, Jack et Béate se dissimulèrent au coin de la rue, attendant que les renforts les dépassent pour pouvoir les contourner sans risque. C’était sans compter sur l’enfant, éliminé mais bien décidé à se venger.

D’après les règles du jeu, il était maintenant un cadavre inerte, et donc incapable de fournir le moindre indice sur la destination des fuyards à ses compagnons. Qu’à cela ne tienne. Puisqu’il était censé être mort, Roland s’allongea au sol. Mais pas sans avoir pris le soin de se mettre dans une position bien particulière, son bras tendu indiquant sans controverse où étaient cachés Jack et Béate. Une fois réunis autour de lui, ses équipiers ne mirent pas plus de quelques secondes à comprendre ce qu’il voulait leur dire.

« Ils sont là ! s’écria une Strychnine aux aguets, qui en regardant dans la direction indiquée n’avait pu manquer les deux silhouettes furtives en train de s’éloigner à pas de loup.

-         Fait chier ! grommela Béate en se mettant à courir. On y était presque ! »

Tout n’était pas perdu cependant. Il ne leur restait que cinq cent mètres à parcourir pour atteindre les berges du lac de Talante. Dorénavant, inutile d’espérer rester discrets. S’ils voulaient avoir une chance de parvenir à leur objectif, il fallait foncer.

Leurs pistolets de paint-ball cliquetant à chaque salve de billes colorées, Jack et Béate tracèrent en direction du lac, renversant dans leur course tous les objets qui pouvaient ralentir leurs poursuivants. Mais avec toute cette agitation, il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que de nouveaux renforts leur tombent dessus. Menés par John Hadida, une douzaine de genesiens-goules se présentèrent bientôt devant les deux fuyards. Pris en tenaille entre les deux groupes dans une ruelle relativement étroite, Jack et Béate semblaient fichus pour de bon.

« Vous préférez déclarer forfait, ou bien vous voulez vous battre un peu ? interrogea le général, jubilant.

-         De vraies goules ne nous laisseraient pas le choix… En tout cas, je ne suis pas du genre à me rendre sans lutter, déclara Béate en laissant tomber sa pétoire pour s’équiper du bôken accroché dans son dos.

-         A quoi bon ? Vous n’avez aucune chance.

-         Peut-être, mais avant de m’abattre, vous allez prendre cher… »

Visiblement, la jeune fille avait pris goût au jeu. Bien décidée à en découdre, elle se mit fièrement en garde tandis que les « goules » resserraient leur étau. Qu’espérait-elle face à un tel nombre ? Par bonheur, Jack sut faire preuve de plus de lucidité.

Avisant un poteau téléphonique voisin, il entreprit de s’y hisser avant d’encourager sa sœur à faire de même. Peut-être n’était-ce que retarder l’inévitable. Mais s’ils étaient réellement confrontés à une telle situation lors du voyage vers la Filia, Jack n’avait aucunement l’intention de mourir au champ d’honneur sans avoir tout tenté auparavant.

« Bon, et maintenant ? interrogea Béate, les cuisses fermement serrées autour du pylône. On reste perchés ici toute la nuit ?

-         Si tu n’avais pas jeté ton flingue, on aurait pu essayer de tous les descendre… lui rétorqua son frère. Il ne me reste pas assez de billes… »

Mais le jeune homme avait encore une carte dans sa manche. Il patienta quelques instants, le temps que les ennemis se tassent autour de leur perchoir comme l’auraient fait des goules sauvages. Quand les premiers d’entre eux se mirent à escalader le poteau, le jeune homme plongea sa main libre dans une de ses poches et en ressortit deux balles de tennis, sur lesquelles il avait préalablement écrit une onomatopée bien particulière. Puis il les laissa simplement tomber sur la meute massée en contrebas.

L’une des balles fut interceptée au vol par John Hadida, qui observa l’inscription d’un œil soupçonneux.

« Boum ? lut-il à haute voix. Qu’est ce que ça signifie exactement ?

-         Ça veut dire que vous êtes tous morts ! annonça Jack, victorieux. Une purée de visque et de membres arrachés, voilà ce que je vois d’ici !

-         Des grenades, comprit finalement le général. Bien joué. Sacrément bien joué, même.

-         Ils sont le droit de faire ça ? » s’offusqua Strychnine.

Hadida haussa les épaules. Pourquoi pas ? Rien n’empêchait Jack d’emporter quelques explosifs dans son voyage vers la Filia. Après tout, il venait de démontrer qu’une ou deux grenades bien placées pouvaient facilement les tirer d’un mauvais pas. A condition bien entendu que la discrétion ne soit pas de mise.

Les balles de tennis ne détonnaient pas, mais la vingtaine de « zombies » éliminés se chargèrent de produire le vacarme symbolisant les déflagrations, criant leur déception d’avoir été mis hors-jeu par un tel artifice. Mais les règles étaient ce qu’elles étaient, et ils n’eurent d’autre choix que de laisser Jack et Béate descendre de leur perchoir et reprendre leur progression vers le lac.

 

Conscients du fait qu’ils n’auraient pas le droit à une autre erreur, les deux jeunes gens choisirent de rester prudents, et entreprirent de faire un détour pour semer d’éventuels renforts ameutés par tout ce chahut. Cela leur prit un certain temps, mais ils n’étaient pas pressés. Qui plus est, en additionnant les ennemis qu’ils avaient réussi à abattre furtivement à ceux qu’ils venaient d’éliminer, un bon nombre de participants étaient désormais évincés. Les rues menant au lac étaient par conséquent moins surveillées, et le couple réussit à se rapprocher du lac sans se faire de nouveau repérer.

Mais une fois les berges en vue, ils eurent à faire face à un nouveau problème. Et de taille. Car la fameuse barque qu’ils étaient censés emprunter était gardée par pas moins d’une quinzaine de « zombies ». Sans compter l’individu redoutable à leur tête. Armé de deux sabres de bois, Kenji – le tueur de goule jouant à la goule, un comble – semblait bien décidé à ne laisser passer personne.

Heureusement pour Jack et Béate, ces ennemis avaient déjà affaire à forte partie. Car Jonas, qui avait décidé de se la jouer en solo dès le début, était arrivé en premier au bord du lac. La zone semblant au départ déserte, le pilote avait tenté de se ruer vers le bateau. Pour en être immédiatement éjecté, Kenji et ses sbires ayant eu l’intelligence de s’embusquer tout autour de l’embarcation. Ce qui avait fortement déplu à Jonas. Littéralement encerclé, il essaya de plaider sa cause.

« De vraies goules ne se seraient jamais planquées sous l’eau, déclara-t-il. Vous êtes sensés vous comporter comme telles !

-         Nous n’étions pas complètement immergés, tu aurais pu nous repérer, objecta Kenji.  Et s’il y a bien une chose que j’ai retenue lorsqu’on était encore sur les routes, c’est que les zombies réussissent toujours à trouver un moyen de nous surprendre. Il m’est arrivé de combattre un évolué qui était parvenu à s’emparer de mon propre sabre, alors qu’on pensait qu’ils n’utilisaient jamais d’outil.

-         Mais les goules ont peur de l’eau ! Elles ne s’y aventurent en aucun cas !

-         Raison de plus. Intelligents comme ils sont, les évolués pourraient bien inventer une tactique de ce genre. Quand on a affaire à de telles saloperies, mieux vaut être préparé au pire. Un vrai guerrier s’attend toujours à l’impossible. De cette manière, il n’est jamais surpris, jamais pris au dépourvu.

-         Merci pour la leçon. Quoi qu’il en soit, vous avez enfreint les règles. Laissez-moi passer.

-         Hors de question. Mais nous pouvons faire un compromis, proposa Kenji, une lueur de défi dans le regard. Bats-toi contre moi. Les autres n’interviendront pas. Si tu réussis à me vaincre, tu pourras passer. Ou bien tu peux aussi déposer tes armes et admettre ta défaite… »

Cette dernière pique n’était pas nécessaire pour convaincre le pilote. Le tueur de goule n’aurait pas pu trouver d’offre plus séduisante. Un sourire de carnassier apparut sur les lèvres de Jonas, qui attendait depuis longtemps une occasion de confronter sa propre force à celle du soi-disant « meilleur guerrier des terres infectées ». Enfin, enfin il allait pouvoir prouver aux autres et à lui-même qu’il n’existait pas de combattant plus redoutable que lui.

Kenji n’eut même pas besoin de lui demander s’il acceptait sa proposition. Il voyait clairement l’excitation dans les yeux de Jonas, sentait son aura guerrière se dégager de lui comme un puissant parfum. D’un geste, il fit signe à ses équipiers de s’écarter. Tous obtempérèrent sans discuter, impatients d’assister à l’affrontement.

« Allez-y doucement quand même, les mecs, prévint Carolane. Même avec des armes en bois, vous pouvez méchamment vous blesser… »

Ses paroles n’eurent pas grand effet sur les deux énergumènes. Bien qu’immobiles, ils étaient déjà en train de batailler en esprit, s’observant mutuellement pour essayer de détecter une ouverture dans leur garde respective. Jonas exhalait l’agressivité par tous les pores de sa peau, comme pour provoquer son adversaire. Qui était beaucoup trop expérimenté pour se laisser avoir. Aussi calme que la surface du lac derrière lui, Kenji attendait que le pilote se décide à attaquer, laissant glisser sur lui toutes ces ondes négatives sans perdre un seul instant sa sérénité. Le temps sembla ralentir, la réalité s’estomper. Plus de public, plus de jeu. Seul comptait l’ennemi.

Ennemi qui n’avait apparemment que ses poings pour se défendre. Ce qui ne le rendait pas inoffensif, loin de là. Kenji supposa que Jonas devait avoir au moins une ou deux armes dissimulées sur lui. Il attendrait le dernier moment pour les sortir, l’effet de surprise étant un paramètre capital quand s’opposaient deux adversaires de haut niveau.

Avec une lenteur parfaitement calculée, Jonas commença à se rapprocher du tueur de goule. Un pas, puis un autre. Puis un autre. Puis un autre, qui fut de trop. Le bôken de Kenji fusa avec une vélocité que Jonas n’imaginait pas, manquant de fracasser son crâne dès le premier coup. Mais le pilote avait d’excellents réflexes et parvint à éviter le sabre de justesse, la pointe glissant sur son front en y laissant une fine éraflure. Il savait maintenant que la moindre erreur de sa part serait immédiatement et sévèrement sanctionnée. Ce qui ne fit que renforcer encore sa détermination. Ce type était encore plus coriace que le plus dangereux des évolués, ça ne faisait aucun doute.

Impatient de goûter au plaisir de voir un tel adversaire à ses pieds, Jonas revint à la charge. A peine mit-il un pied dans le périmètre de Kenji que ses bôken s’envolèrent à nouveau, dans une attaque double cette fois-ci. Cette fois, le pilote ne recula pas. Sa seule chance était de réussir à se rapprocher, de rompre la distance nécessaire à Kenji pour porter des coups efficaces. Coûte que coûte, il fallait avancer.

Tête baissée, Jonas esquiva le premier bôken, bloqua le second de son avant-bras gauche. Le bruit sec produit par l’impact et l’absence de douleur sur le visage du pilote prouvèrent au tueur de goule qu’il avait vu juste : son adversaire avait une arme cachée dans sa manche. Mais il ne semblait pas encore décidé à l’utiliser, se contentant d’asticoter le samouraï en feintant, en avançant, en reculant au dernier moment. Espérait-il que ce manège finirait par l’épuiser ? Plus vraisemblablement, Jonas attendait que Kenji commette une erreur d’inattention, prêt à saisir la moindre occasion de lui porter une attaque définitive. Probablement avec la matraque ou le couteau qui n’était toujours pas sorti de sa manche.

Son attention ainsi focalisée sur le bras gauche du pilote, Kenji faillit se faire avoir comme un grand nombre de véritables goules avant lui. Car ce ne fut pas une arme contondante quelconque qui apparut bientôt dans la main de Jonas ; et dans la droite, pas dans la gauche.

Tout ce que vit Kenji fut un éclat métallique. Mais le claquement qu’il entendit immédiatement était caractéristique d’une arme à air comprimé, tout comme la piqûre froide qu’il ressentit au niveau du cou.

Le tueur de goule ne prit même pas la peine de s’en assurer. Ou plutôt, il n’en eut pas le temps. Car ses points vitaux de zombie étaient intacts, et Jonas le savait. Il ne lui laissa donc aucun répit et se lança sauvagement à l’attaque, son pistolet projetant quantité de billes tandis que sa main gauche révélait enfin une matraque de bois d’une quarantaine de centimètres de long.

Les deux adversaires échangèrent des rafales de coups, esquivant, parant sans cesse, dans un ballet si rapide que seuls les genesiens les plus expérimentés dans le combat étaient capables de suivre. Souriant de toutes leurs dents, les combattants furent bientôt couverts de sueur et d’ecchymoses, sans que l’un ou l’autre ne semble faiblir. Il allait pourtant falloir en finir tôt ou tard.

La plupart des genesiens vouant pourtant une foi quasi-aveugle à leur légendaire tueur de goule, les avis sur l’issu du combat étaient très partagés. Beaucoup avaient l’impression que Jonas prenait peu à peu le dessus. Si le pilote récoltait régulièrement des coups sur les bras ou les jambes, Kenji s’était pris pour sa part pas moins d’une douzaine de billes colorées dans le haut du corps. Pas encore dans le crâne, le samouraï parvenant pour l’instant à protéger cet unique point vital. Mais s’il avait été un vrai zombie, il commencerait à souffrir sérieusement de la perte de visque.

Il ne fut bientôt plus possible d’en douter. Kenji était en train de perdre. Ses mouvements se faisaient plus lents et moins tranchants, il haletait, et son sourire avait laissé la place à un rictus de souffrance. Un méchant bleu marbrait son biceps droit, rendant sa poigne moins assurée. Jonas ne tarda pas à le remarquer, et parvint à lui faire lâcher un de ses bôken en frappant l’arme de toute sa force.

Savourant déjà sa victoire, le pilote observa avec jubilation l’arme décrire un arc de cercle et s’écraser derrière le public. Grave, très grave erreur de sa part. Il n’avait quitté Kenji des yeux qu’une seconde. Mais c’était une seconde de trop.

Avant même que son regard soit revenu sur son adversaire, le pied du tueur de goule vint le frapper en plein plexus, le projetant sur le dos. Sonné par le choc, Jonas n’eut même pas le temps de reprendre ses esprits. Kenji était déjà sur lui, la pointe de son second bôken appuyée contre la gorge du vaincu. Qui resta hébété un instant, avant d’éclater de rire.

« Ah ça, si je m’y attendais ! s’exclama-t-il. C’était super, mec. Bravo.

-         Merci, répondit Kenji en se détendant. La prochaine fois, tu te souviendras que quand ton adversaire lâche son arme, ça peut être une feinte…

-         Tu veux dire que tu as fait semblant de faiblir pour me mettre en confiance ? Et que tu as fait exprès de perdre ton sabre ?

-         Tu m’as quand même mis en difficulté un bon nombre de fois. Si le combat s’était prolongé, l’issue aurait peut-être été différente.

-         Alors faudra remettre ça. Tu n’aurais pas envie de venir avec nous, par hasard ?

-         Je… euh… Je ne peux pas, balbutia Kenji, dont les yeux s’étaient écarquillés à cette idée. J’ai un fils. Et une femme.

-         Qui ne veut pas te laisser partir, hein ? ironisa Jonas. Dommage. J’ai dans l’idée qu’on se serait bien marrés, tous les deux. En tout cas, j’espère ce sera plus facile de trouver un bateau pour la Filia que d’atteindre cette satanée barque…

-         La barque ! s’écria soudain Carolane. Putain, la barque ! »

Tous se retournèrent vers l’embarcation, pour constater qu’elle était déjà à mi-chemin de l’île, avec à son bord des Redfield affichant un air victorieux. Béate se permit même de faire un pied de nez à ces « zombies » désabusés qui, captivés par le duel entre Kenji et Jonas, n’avaient pas remarqué les deux jeunes gens en train de se faufiler discrètement vers la barque. Il était malheureusement trop tard pour les arrêter maintenant.

Mais Jack et sa sœur n’étaient pas au bout de leur périple. Car leur propre combat les attendait sur l’îlot.

 

« Ah, c’est pas trop tôt ! s’exclama Arvis Bronson quand le couple eut posé pied à terre. Réveille-toi, Lloyd ! Nous avons des vainqueurs.

-         Qu’est-ce qu’on a gagné exactement ? interrogea Béate, se rappelant que les frères Bronson avaient promis une récompense.

-         Toi, ma belle, tu as déjà remporté une nuit de folie avec moi. Mais ce n’est rien à côté du prix qui vous attend si vous passez la dernière épreuve…

-         Et c’est quoi, cette épreuve ? »

Arvis se contenta de hausser les épaules, avant de s’équiper d’un long bâton de bois. Son frère Lloyd apparut derrière lui, l’air un peu endormi mais armé du même outil. Pas besoin d’être un génie pour deviner ce qui allait se passer.

« Vous voyez le coffre, derrière nous ? Votre récompense est à l’intérieur, annonça Arvis.

-         Cinq kilos d’un haschich de notre fabrication, précisa Lloyd. De la véritable bombe, obtenue à partir de poudre de buster-weed. C’est quasiment du THC pur…

-         Je croyais qu’on ne devait rien leur dire ! Maintenant, ils vont être trop motivés…

-         Tant mieux, ils vont en avoir besoin… »

Et l’aîné Bronson se mit à faire tournoyer sa lance de plus en plus vite, immédiatement imité par Arvis. Jack ne savait pas ce qui était le plus impressionnant : voir ces deux handicapés manier d’un seul bras un outil pourtant plus grand qu’eux, ou bien entendre le vrombissement produit par leurs lances fendant l’air à une vitesse presque surnaturelle. L’ensemble de ce tableau avait de quoi dissuader n’importe qui de se frotter à eux. Mais Jack et Béate n’étaient pas allés jusque là pour abandonner maintenant, aussi dangereux que soient leurs ultimes adversaires. Sans parler des cinq kilos de shit qui les attendaient. Jack était impatient de s’en envoyer dans les poumons. Depuis le temps qu’il cultivait la buster-weed, il n’avait jamais pensé à essayer de voir ce que cette drogue magique donnerait sous forme de haschich.

Bien décidé à palier cette lacune, Jack s’avança vers le premier des frères, faisant signe à Béate de passer sur le côté pour s’occuper du second. Mais Lloyd et Arvis savaient très bien qu’ils étaient beaucoup plus efficaces en travaillant ensemble que séparément. Aussi restèrent-ils très proche l’un de l’autre, leurs lances tournoyant dans le même espace sans jamais se toucher. Une garde impénétrable, véritable tornade de bois générant plusieurs coups par seconde, qu’il était impossible d’approcher sans se faire méchamment esquinter. Jack et Béate eurent beau mettre en œuvre toutes les feintes qu’il pouvaient imaginer, ils ne parvinrent jamais à éloigner suffisamment les frères l’un de l’autre pour les rendre vulnérables.

En désespoir de cause, Jack choisit de les arroser avec le peu de munitions qui lui restait, espérant les déstabiliser et ainsi offrir à sa sœur une chance de leur porter des attaques efficaces. Tactique qui aurait peut-être pu fonctionner si Jack avait bénéficié d’une plus grande réserve de billes. Mais les frères Bronson parvinrent à esquiver ou à se protéger de la vingtaine de projectiles, leurs visages ne portant aucune marque bleue quand le chargeur de Jack finit par se tarir. Quant à Béate, tout ce qu’elle réussit à obtenir durant ce laps de temps fut une estafilade sur la joue et de méchantes fêlures dans le corps de son bôken.

Arvis et Lloyd choisirent alors de passer à l’offensive. Cessant de faire tourner leurs bâtons, ils s’élancèrent en avant avec un synchronisme toujours aussi efficace, l’un portant des attaques de la pointe de son arme tandis que l’autre le protégeait d’éventuels contres. Contraints de reculer sans pouvoir faire autre chose que se défendre, Jack et Béate furent bientôt à bout de souffle et de force. Comment venir à bout de ces deux fous furieux ?

Jack finit par imaginer une solution de dernier recours. Après tout, l’exercice touchait à sa fin. S’il n’y avait d’autre choix, il était envisageable de se sacrifier. Cela restait un jeu. Dans la réalité, le jeune homme y aurait certainement réfléchi à deux fois. Et il aurait bien fait.

« Tiens-toi prête, souffla-t-il à Béate. Il faut que tu les aies tous les deux d’un seul coup.

-         Quand tu veux » lui répondit-elle, n’ayant pas besoin d’explication pour comprendre ce que son frère allait tenter.

Essayant de ne pas penser aux coups qu’il allait se prendre dans la poire, Jack projeta son bôken sur les Bronson avant de se ruer en avant. La lance d’Arvis dévia son sabre, tandis que celle de Lloyd sanctionnait immédiatement le jeune homme d’un coup dans l’épaule. Ignorant la douleur, Jack saisit le bâton et parvint à déséquilibrer l’aîné, ce qui permit à Béate de pénétrer à son tour dans le périmètre. Son sabre s’envola, mais Jack avait malheureusement sous-estimé la force de Lloyd. Celui-ci n’avait peut-être qu’un seul bras, mais ce bras était incroyablement musclé. D’un puissant coup de rein, il parvint à reprendre le dessus sur Jack, se servant du bâton pour placer le jeune homme dans la trajectoire du bôken. La pointe du sabre l’atteignit en pleine omoplate, lui faisant lâcher un cri de douleur et s’effondrer sur Lloyd. Qui ne manqua pas cette merveilleuse occasion de jouer à la goule, ses mâchoires se refermant sur la joue de Jack. Pour se contenter de le mordiller gentiment.

« Beurk, c’est dégueulasse ! s’écria celui-ci en essuyant la salive de son ami.

-         Et une joue en moins ! s’esclaffa Lloyd. Mec, t’étais déjà moche avant, ça ne va pas t’arranger…

-         Très drôle. Bon, en tout cas, j’imagine que je suis éliminé…

-         Vous êtes éliminés » corrigea Arvis.

Jack et Lloyd se tournèrent vers lui, pour constater qu’il avait réussi à immobiliser Béate. La jeune fille était plaquée face contre terre, un bras bloqué dans le dos. Elle grogna son mécontentement, mais son petit ami ne la lâcha qu’après l’avoir goulûment embrassée dans le cou, symbolisant comme l’avait fait son frère la morsure fatale.

« Ça chatouuuuuille ! glapit-elle en se débattant.

-         Bon, eh bien je crois que c’est terminé, conclut Lloyd. Deux humains de moins, les goules gagnent la partie.

-         Et les filiens n’ont plus qu’à se débrouiller eux-mêmes » compléta Arvis.

Ce qui jeta un certain froid. Ce combat acharné avait beau s’être terminé de manière assez comique, la défaite de Jack et Béate prenait maintenant une signification tout sauf amusante. Ils avaient échoué. Très près du but, certes, mais cela restait un échec. Que fallait-il en déduire quant à leurs chances d’atteindre la Filia ? Jack ne put empêcher le doute de l’envahir. Et ce n’était rien à côté de la déception de ne pouvoir goûter au fameux buster-shit.

Lloyd, voyant clairement son trouble sur son visage, vint poser une main réconfortante sur son épaule.

« Te prends pas la tête, vieux, lui dit-il. Ça ne veut pas dire que vous n’arriverez pas au bout du voyage…

-         Si, justement, le contredit Béate. Cet exercice était une simulation de notre expédition vers la Filia. Nous avons échoué ici, nous échouerons donc aussi là-bas.

-         Avec une telle mentalité, ce n’est même pas la peine de partir… grommela Jack.

-         Mais si. Laisse-moi t’expliquer. Il existe une solution simple pour transformer notre défaite en victoire. Et par conséquent symboliser le succès de l’expédition.

-         Vraiment ? Eclaire-nous de ta grande sagesse, je te prie.

-         Il suffit que Lloyd et Arvis passent du côté des humains. En tant que goules, ils ont été assez forts pour nous arrêter. Et ce malgré leur handicap. Ce qui prouve que nous ne sommes pas assez préparés à ce qui nous attend.

-         Ou pas assez nombreux. Si nous avions été quatre au lieu de deux, les choses se seraient certainement passées différemment…

-         Exactement. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts. Et quelle meilleure manière d’augmenter nos chances de survie qu’en recrutant ceux qui ont réussi à nous faire échouer ? Arvis et Lloyd ont largement démontré qu’ils avaient le niveau.  Joignez-vous à nous, les gars. S’il vous plait. »

Et elle conclut sa demande par un regard suppliant à son petit ami. Lequel préféra demander son avis à son frère avant d’émettre une réponse quelconque.

« Partir avec vous vers la Filia… songea Lloyd à haute voix. Je ne sais pas trop…

-         Aller, après tout ce qu’on a traversé ensemble, ça nous rappellera le bon vieux temps ! l’encouragea Jack, que l’idée de Béate avait bien évidemment séduit.

-         Tu veux dire, comme quand on errait sur les routes en crevant de froid, à flinguer de la goule à la chaîne, sans pouvoir dormir sur nos deux oreilles de peur de se faire bouffer pendant la nuit ? Ce bon vieux temps là ?

-         Ouais ! On se marrait bien, non ?

-         Bien-sûr… ironisa-t-il. J’en garde encore d’excellents souvenirs… »

Grimaçant, Lloyd caressa sans s’en rendre compte le moignon de son bras amputé, prix de leur longue errance dans les terres infectées. Non, il faudrait être fou pour y retourner volontairement. Que perdrait-il cette fois-ci ? Une jambe ? Un œil ? Son humanité ? Sa vie ?

Mais un coup d’œil vers son frère lui apprit que celui-ci ne partageait pas sa réticence.

Tout ce que voyait Arvis, c’était l’opportunité de suivre sa bien-aimée dans son périple. Le fait que Béate ait décidé de partir avec Jack lui avait torturé l’esprit durant plusieurs semaines. Serait-il capable de la laisser s’en aller, courant le risque de ne jamais la revoir ? La question ne se posait désormais plus. Si on lui offrait une chance de protéger la femme de sa vie des mille dangers qui croiseraient inévitablement sa route, il n’allait certainement pas cracher dessus.

« J’en suis, déclara-t-il d’un ton ferme. Fais ce que tu veux, Lloyd. Quoi que tu choisisses, je ne t’en voudrai pas. Mais ma décision est prise.

-         Tu es bien sûr de toi, mon chéri ? l’interrogea Béate. Je ne veux pas que tu te sentes obligé de venir avec moi…

-         Tu veux rire ? Si je vous accompagne, c’est uniquement pour éventrer de la goule ! Avoir une beauté comme toi pour équipière, ce n’est qu’un bonus.

-         C’est pas vrai, grommela Lloyd en secouant la tête. Tous aussi cinglés les uns que les autres…

-         Dois-je en conclure que tu restes à Genesia ?

-         Et laisser mon bras droit s’en aller à des milliers de kilomètres ? Il n’y a pas moyen. Comment je ferai pour me branler ?

-         Ça c’est mon frangin ! s’exclama Arvis en lui donnant l’accolade. Mon fidèle bras gauche !

-         Désolé, mais vous allez devoir me supporter à temps plein pendant quelques semaines, conclut Lloyd avec un sourire sobre. Ou quelques mois ? »

Jack n’était pas en mesure de lui répondre. Impossible de prévoir combien de temps durerait le voyage. Quand seraient-ils de retour à Genesia ? Dans six semaines ? Dans six mois ? Dans six ans ? Une chose était certaine : leurs chances de rentrer en vie venaient d’augmenter, leur effectif passant de trois à cinq.

Difficile de décrire la joie de Jack à cette annonce. Arvis et Lloyd, ses deux meilleurs amis depuis déjà plusieurs années, n’auraient pas pu lui faire plus plaisir. A part peut-être en lui offrant le fameux buster-shit. Ce dont ils se firent un plaisir, les frères Bronson faisant désormais partie de l’équipe des humains, qui sortit donc victorieuse de cette longue partie de chasse à l’homme.

Publié dans Chapitres

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tistoulacasa 28/04/2011 10:21


Bien tripant cette chasse à l'homme :)
Je ne pouvais douter du fait que les deux frères allait faire partie de l'aventure :D


Marianne 14/04/2011 20:26


http://30joursdebd.com/2011/04/14/zoombie-5/


RoN 14/04/2011 20:53



Marrant ^^