Chapitre 34 : le départ

Publié le par RoN

« Il est juste ici, c’est parfait… »

Perdu dans ses rêveries cannabiques, Jack n’entendit pas la voix de Faye derrière le brouhaha des festivités. Ce dont on ne pouvait pas le blâmer : la soirée ne faisait que commencer, mais le jeune homme planait déjà sérieusement. Rien d’étonnant à cela, puisque les frères Bronson l’avaient convié dès son arrivée à une petite séance dans la Fosse. Jack aurait aimé commencer plus en douceur, mais Arvis et Lloyd avaient semblé si enthousiastes que leur ami n’avait pas eu le cœur de les envoyer paître. Son appréhension n’avait cependant pas duré.

A peine le jeune homme eut-il rampé sous la bâche recouvrant la caverne préférée des junkies qu’il dut empêcher ses poumons de se faire la malle. Et pour cause : jamais il n’y avait vu une telle concentration de fumée. Il ne distinguait rien de la décoration sobre installée au fur et à mesure des fêtes, était incapable de déterminer si d’autres genesiens étaient déjà installés. Arvis et Lloyd ne lui laissèrent même pas le temps de s’acclimater à l’atmosphère, le poussant pour entrer à leur tour avant de refermer avec précaution.

« Sens-moi cette bonne odeur ! s’exclama l’aîné en inspirant à pleins poumons. La fumée est différente, hein ?

-         Elle me semble surtout beaucoup plus puissante… constata Jack, déjà à la recherche du moindre souffle d’air frais. Bordel, vous avez vraiment trop chargé le foyer, les mecs. Je vais pas tenir très longtemps là-dedans…

-         Attends un peu, tu vas t’habituer, lui recommanda Arvis. Le buster-shit, ce n’est pas pour les débutants… »

Ainsi donc, voilà qui expliquait l’intensité et la puissance du dégagement de fumée. Se consumant lentement entre les braises rougeoyantes, plusieurs petites barres du fameux haschich des frères Bronson crépitaient en relâchant de grosses volutes à l’odeur forte et entêtante. Un sacré gaspillage, mais qui valait le coup. Inutile de procéder à une analyse scientifique pour se rendre compte que sous cette forme, la buster-weed avait acquis une puissance insoupçonnée.

L’inconfort visuel et respiratoire que Jack ressentait au début ne tarda pas à se dissiper, son corps habitué à encaisser de grosses doses de drogue s’adaptant rapidement à cette atmosphère surchargée. Il s’installa confortablement, se détendit. Et en à peine deux ou trois minutes, il se sentit partir comme sous l’effet d’une drogue dure, s’envolant sur un nuage de douceur et de volupté tout en perdant complètement conscience de ce qui l’entourait. Enveloppé dans un bien-être coloré, son visage affichant un sourire béat, il se laissa voyager, acceptant cette sérénité avec gratitude, oubliant presque la raison de cette soirée qui s’annonçait riche en émotions.

Plus d’inquiétude, plus de peur, plus de stress. Ce qui était logique, puisqu’il n’avait même plus de corps. Il n’était qu’un esprit, léger et insouciant, libre, libéré. Chaque inspiration l’emmenait plus loin encore, dans des dimensions oniriques qu’il pensait interdites depuis qu’il consommait régulièrement du cannabis.

« Le méga-pied… murmura-t-il pour lui-même.

-         Ça ne va pas durer… » souffla quelqu’un au-dessus de lui.

Jack ne chercha même pas à savoir si cette voix était réelle ou sortie de son imagination. Dans l’état de défonce avancée où il se trouvait, cela n’avait d’ailleurs pas la moindre importance. D’humeur excellente, il se sentait prêt à discourir toute la nuit, que son public soit tangible ou immatériel. Merde, si l’occasion lui était donnée, il avait même l’impression qu’il pourrait convaincre les goules de renoncer à leur invasion de la Filia ! Après tout, il était en quelque sorte leur père. Sans lui, sans ses actes, les zombies ne seraient sans doute pas devenus les maîtres de la planète. Ils seraient bien obligés de l’écouter, ne serait-ce que par reconnaissance…

 

Il n’eut cependant pas le temps d’approfondir ces intéressantes réflexions, ses fantasmes délirants interrompus par un retour à la réalité pour le moins violent.

Une bourrasque, et soudain, tout devint froid autour de lui. Jack n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour comprendre que quelqu’un avait soulevé la bâche pour entrer dans le fumoir. Sans doute juste au-dessus de lui, à en juger par la fraîcheur qui lui tombait sur les épaules.

Qui que ce soit l’importun, il avait en tout cas intérêt à se grouiller les fesses. Contrastant avec l’atmosphère chaude et lourde de la Fosse, l’air de la nuit s’engouffrait à l’intérieur en expulsant rapidement la précieuse fumée. Ce qui n’avait pas l’air d’affoler le ou les nouveaux venus, visiblement peu pressés de se laisser glisser dans l’alvéole.

Grognant son mécontentement, Jack se recroquevilla sur lui-même pour supporter cette véritable agression.

« Entrez ou sortez, mais refermez cette putain de bâche ! beugla un Lloyd n’appréciant pas non plus d’avoir été sorti de son trip.

-         Et y a pas besoin d’ouvrir si grand ! » ajouta son frère.

Leurs protestations n’eurent aucun effet. Entre ses paupières mi-closes, Jack voyait les étoiles briller dans le ciel, signe que l’ouverture était toujours béante. Soupirant, le jeune homme se redressa. La quasi-totalité de la fumée s’était échappée ; l’abruti responsable de cette catastrophe allait certainement être bien reçu.

Sorti de ses rêveries mais toujours aussi défoncé, Jack n’avait aucune envie d’assister à des chamailleries qui ne feraient que gâcher la délicieuse volupté dont il était imprégné. Autant poursuivre la soirée ailleurs.

Réunir la volonté de se traîner hors de l’alcôve constitua déjà une épreuve en soi. Se mettre à bouger, une autre. Mais Jack n’eut de toute façon pas le temps de s’extraire de la Fosse. Car quand son visage émergea du trou, ce fut pour se trouver nez à nez avec le métal rouillé d’une vieille… baignoire.

Jack crut un instant qu’il était en train d’halluciner. Qui donc avait pu avoir l’idée saugrenue de placer un tel équipement devant la Fosse ? Mais il lui fut immédiatement prouvé que la baignoire était bien réelle. Car celle-ci bascula en avant, déversant sur le jeune homme hébété ce qui lui sembla être un véritable torrent de glace.

En réalité, la baignoire ne devait pas contenir plus d’une centaine de litres d’eau un peu froide. Mais étant donné l’état dans lequel se trouvait le jeune homme, cela lui fit l’effet d’un électrochoc, son cœur manquant d’exploser dans sa poitrine quand il dévala la pente de la Fosse, emporté par la vague. Titubant à quatre pattes, incapable de comprendre ce qui venait de se passer, Jack s’étrangla, toussa, recracha un peu d’eau, avant de faire de son mieux pour reprendre ses esprits.

Hilares, les frères Bronson observèrent leur ami s’ébrouer comme un chien, avant de constater que le flot avait du même coup complètement éteint le foyer. Poussant des exclamations offensées, ils aidèrent Jack à se remettre sur ses pieds avant de se hisser hors de la Fosse. Les trois compères furent accueillis par des rires qui ne firent qu’exacerber leur colère. Qui était donc l’inconscient qui avait osé ruiner leur séance de défonce ?

Ce ne fut pas difficile à déterminer. Car, encadrée par deux anciens soldats de l’ARH, se tenait une Faye au regard triomphant, l’air tout à fait satisfaite de son coup. Bien décidés à lui faire partager leur manière de penser, Lloyd et Arvis se rapprochèrent d’elle, une lueur mauvaise dans les yeux. Mais furent immédiatement arrêtés par les deux armoires à glace que la jeune femme avait recruté pour transporter la fameuse baignoire.

« Cette histoire ne vous concerne pas, les mecs, déclara l’un d’eux en faisant signe aux deux frères de débarrasser le plancher. La petite dame avait un compte à régler avec Jack, pas avec vous.

-         Je vois les choses légèrement différemment, grogna Lloyd en serrant le poing.

-         Ça va, les mecs, on se calme, temporisa Jack. Ce n’est qu’une blague.

-         Super drôle… grinça Arvis, tirant tout de même son frère à l’écart.

-         Ce sera tout, messieurs, dit alors Faye en faisant un clin d’œil à ses deux acolytes. Encore merci pour le coup de main.

-         C’est toujours un plaisir de vous rendre service, miss Vanderberg. N’hésitez pas à nous appeler si besoin. »

Et les deux hommes se retirèrent à leur tour, gardant tout de même le couple à l’œil d’un peu plus loin. Encore sérieusement calmé par le choc qu’il avait subi, Jack ne s’étonna même pas que Faye jouisse d’une telle autorité. Cela découlait probablement du fait que la plupart des ex-militaires de Hadida vouaient une crainte respectueuse à Kenji, qui avait un jour défait toute une troupe à lui seul, et qui méritait largement son surnom de « tueur de goule ». Par extension, ils honoraient tout autant l’unique personne capable de lui faire peur. C'est-à-dire sa femme.

Ce n’était pas la première fois que Faye usait de son influence. A Genesia, chacun savait qu’il ne valait mieux pas lui chercher des crosses. Son homme avait beau être régulièrement absent, Faye n’avait qu’à claquer des doigts pour qu’accoure une nuée de valeureux serviteurs prêts à l’aider dans n’importe quelle tâche, du simple déménagement au règlement de compte musclé. La plupart des genesiens évitaient donc de la froisser, n’ignorant pas que la jeune femme avait un caractère bien trempé.

Pas aussi trempé cependant que les habits de Jack. Dégoulinant et grelottant, le leader genesiens n’en menait pas large. Il n’avait qu’une envie : se débarrasser de ses vêtements et se sécher près de l’inévitable feu de joie. Mais Faye n’en avait pas fini avec lui.

« Tu n’as pas quelque chose à me dire ? interrogea-t-elle, les bras croisés et le regard perçant.

-         C’est plutôt toi qui me dois quelques explications. Je peux savoir ce qui t’a pris exactement ?

-         Comme si tu ne le savais pas. Après la douche froide que m’a fait subir Kenji par ta faute, il fallait bien que je te rende la monnaie de ta pièce. Tu as de la chance : au départ, je comptais remplir cette baignoire avec du compost, ou n’importe quel truc bien gluant et dégueulasse. Je regrette un peu de m’être contentée de l’eau glacée, finalement…

-         Kenji t’a annoncé sa décision… comprit enfin le jeune homme. J’imagine que ça n’a pas dû très bien se passer… Quoi qu’il en soit, je n’ai rien à voir là-dedans.

-         Bien-sûr… ironisa Faye. Mon homme passe la matinée à discuter avec toi, et quand il revient, il ne pense plus qu’à partir pour la Filia. C’est toi qui l’a convaincu, inutile de le nier !

-         Je ne suis pas du genre à me mêler des affaires des autres. Ton mec était déjà décidé quand il est venu me voir. Il m’a juste demandé des conseils sur la façon de te mettre au courant. Visiblement, il n’a pas dû retenir ses leçons… Quoi qu’il en soit, Kenji est capable de faire ses propres choix. Même si je l’avais influencé (ce que je n’ai pas fait), la décision finale n’appartient qu’à lui.

-         Admettons, grogna Faye. Mais pourquoi tu n’as pas plutôt essayé de le dissuader ? Il a une femme et un fils, putain ! On n’abandonne pas sa famille comme ça !

-         C’est pour la bonne cause, Faye. Tu le sais bien.

-         La bonne cause ? La seule chose dont Kenji ait envie, c’est de se battre. Il se fiche complètement des filiens !

-         Moi, ça m’est égal, répondit sèchement Jack, qui commençait à en avoir assez. Ecoute, ton homme est le meilleur guerrier de la ville. Probablement même du continent. Tu veux quoi, exactement ? Que je lui dise qu’on n’a pas besoin de ses services ? Qu’on s’en sortira aussi bien sans lui ? Ce n’est pas vrai, je suis désolé. Avec Kenji, nos chances de réussite sont bien meilleures. Je ne vais pas me passer de lui simplement pour te faire plaisir.

-         Sale petit égoïste ! explosa Faye. Abandonner tes femmes ne te suffit pas ? Il faut aussi que tu bousilles la vie de tes amis ?

-         C’est moi l’égoïste ? Mais regarde-toi dans un miroir, bordel ! Les talents de Kenji pourraient sauver des milliers de vies ! Et toi, tu veux le garder ici, où sa force n’est d’aucune utilité ?

-         Explique ça à Ryo ! Le pauvre ne gardera même pas de souvenir de son père ! Un nom sur une tombe, voilà tout ce qui lui restera ! »

Et la jeune femme s’effondra à genoux, en pleurs. Aidée par la drogue, la colère de Jack se dissipa presque instantanément, et il s’assit aux côtés de Faye sans trop savoir quoi lui dire. Cela ne fut de toute façon pas nécessaire. Sanglotant sans pouvoir s’arrêter, elle se jeta littéralement dans ses bras, peu soucieuse de la chemise détrempée de son ami. Certains genesiens leur jetèrent des regards soupçonneux, mais Jack n’en eut cure.

La détresse de Faye le bouleversait malgré lui. Défoncé comme il l’était, il ne pouvait aucunement contrôler son empathie, et sans qu’il puisse y faire quoi que ce soit, il sentit lui aussi les larmes lui monter aux yeux. Bientôt, tout deux furent en sanglots, submergés par la tristesse de dire au revoir à leurs proches. La crise dura facilement plusieurs minutes, mais leurs pleurs finirent tout de même par se tarir, leur laissant un sentiment de vide plutôt bienvenu après cette crise.

« Je suis vraiment désolé… soupira Jack en écartant une mèche de cheveux de Faye, collée à sa joue par les larmes.

-         Non… Je… C’est moi, balbutia la jeune femme, prenant soudain conscience de l’embarras dans lequel elle avait plongé son ami en lui faisant un tel esclandre.

-         Ecoute, si c’est vraiment ce que tu veux, j’irai parler à Kenji. Je dois pouvoir le convaincre de rester avec toi.

-         Non, c’est toi qui a raison. Des millions de vies peuvent encore être sauvées. Cette expédition est plus importante que n’importe lequel d’entre nous. Plus importante que la famille. Plus importante que l’amour. Et avec Kenji, vous êtes sûrs d’arriver jusqu’au bout du voyage. Je n’ai pas le droit de m’opposer à son départ.

-         Si, tu en as parfaitement le droit. Mais ce serait mieux de discuter de ça avec lui. Quoi qu’il en soit, tu peux être sûre d’une chose : je te le ramènerai en vie.

-         Tu as plutôt intérêt. Ce n’est même pas la peine de rentrer si tu reviens sans lui. »

Tout deux remis d’aplomb, ils échangèrent un sourire quelque peu gêné avant de se relever. Encore légèrement mal à l’aise, Faye prit rapidement la poudre d’escampette, bien décidée à profiter de son homme jusqu’à la dernière minute. Jack, de son côté, put enfin ôter ses vêtements humides et aller s’étendre près du feu, où Aya et Gina se firent un plaisir de le réchauffer.

 

Le reste de la soirée se déroula sans anicroche, chacun s’enivrant de son vice favori, les joints succédant aux verres d’alcool, la musique et les danses ne s’interrompant que rarement. De nombreux genesiens vinrent souhaiter bonne chance à Jack et à ses équipiers, ne leur laissant que de rares moments d’intimité avec leurs proches. Hadida, Marie, Charles, Strychnine, Roland, Carolane, Mitch, Rick, Samuel et même Krayzos, tous défilèrent pour présenter leur respect aux cinglés qui partiraient le lendemain matin. Le dernier fut Saul Gook, qui palabra longuement avec le leader, lui offrant d’ultimes conseils et recommandations diverses. Mais pas seulement.

« J’ai un petit cadeau pour toi, annonça l’ingénieur en sortant de sa ceinture un katana d’aspect tout à fait commun.

-         Merci, mon vieux, mais mon daisho est graissé et prêt à l’emploi, l’informa Jack. Je n’ai pas vraiment besoin d’un autre sabre.

-         C’est toi qui vois. Mais celui que j’allais te donner est un peu particulier… »

Extirpant l’arme de son fourreau, l’ingénieur laissa le jeune homme admirer la lame, croissant brillant à la lueur de la lune. Un bel ouvrage, cela ne faisait aucun doute. Cependant, Jack eut beau observer le sabre sous toutes les coutures, il s’avéra incapable de dire ce que celui-ci avait de si spécial.

« Il a l’air sacrément bien affûté, mais à part ça, je ne vois pas… déclara-t-il finalement.

-         C’est vrai qu’il faut une certaine expérience pour s’en rendre compte à l’œil nu, admit Saul. Ce sabre est en effet très aiguisé. A vrai dire, il est même strictement impossible de le rendre plus tranchant…

-         Attends, tu veux dire que ce katana… est un nouveau Tenchûken ? réalisa Jack, fébrile. Il peut tout couper ?

-         Oui et non. C’est bien une arme mono-moléculaire. Aiguisée au laser, à tel point que le tranchant n’est plus constitué que d’une unique rangée d’atome. Ce qui permet de pénétrer et de couper n’importe quelle matière. Cependant, ce sabre est tout de même moins performant que le Tenchûken. Pour la simple et bonne raison que le fil de la lame n’est pas recouvert de nanotubes de carbone.

-         Lesquels sont sensés préserver le tranchant de toute usure ou altération, se souvint Jack. J’imagine qu’en effet, ça doit être difficile à trouver.

-         Pas tant que ça. Ce qui me manque, c’est plutôt les outils nécessaires pour transformer et manipuler ces nanotubes. J’ai trouvé tout un tas de machines utiles à l’université, mais rien de comparable à celles que j’avais à l’Armurerie des Frères de l’Acier. Quoi qu’il en soit, ça ne veut pas dire que ce katana est inutilisable. Le seul problème, c’est que son tranchant va rapidement s’user. Dès le premier coup que tu porteras, la ligne mono-moléculaire va être détruite. Le sabre restera tout de même très tranchant, mais hélas pas autant que le Tenchûken. »

Comme la plupart des genesiens, Jack se serait damné pour mettre la main sur une arme aussi redoutable que le légendaire katana de Kenji. Que Gook lui offre maintenant un sabre presque équivalent emplit le jeune homme d’une telle gratitude qu’il se jeta à genoux devant l’ingénieur, front au ras du sol. Au moins aussi ivre de bonheur que de buster-weed, c’était bien la seule façon qu’il avait pu imaginer de remercier un maître des sabres japonais tel que son ami. Ce qui fit bien rire ce dernier. D’autant plus que Jack n’était pas encore au bout de ses surprises.

L’excellent tranchant du katana – que Saul avait choisi de baptiser « Tsukai », le messager - n’était pas sa seule caractéristique spéciale. La poignée semblait en effet de conception particulière. L’ingénieur démontra qu’il était possible d’en dévisser le bout, pour mettre à jour une sorte de cône de métal que Jack identifia immédiatement : il s’agissait là d’un fourneau à pipe, percé en son sommet d’un large trou recouvert par une grille à mailles étroites, et d’un plus petit à la base. Lequel pouvait être raccordé à un tube fin et rigide d’une dizaine de centimètres, placé dans la longueur du manche. En un tour de main, il était ainsi possible de monter une pipe simple mais tout à fait efficace. Le foyer était même déjà rempli, une tête de buster-weed enveloppée dans du papier à cigarette n’attendant plus que d’être allumée pour libérer son pouvoir.

« Ça pourrait s’avérer utile, si tu n’as pas le temps ou la possibilité de te rouler un joint après une contamination accidentelle, expliqua l’ingénieur, visiblement fier de son travail.

-         Et l’espèce de caillou, là, ça sert à quoi ? interrogea Jack avec une curiosité d’enfant.

-         Une pierre à briquet. Frottée contre du métal, par exemple le dos de ta lame, elle produit des étincelles. Ce qui te permet d’allumer un feu sans trop de difficulté. »

En bons fumeurs, Jack et ses potes avaient toujours au minimum un briquet dans leurs poches. Mais il était impossible de savoir quels problèmes ils rencontreraient durant le voyage. Mieux valait être paré à toute éventualité. La buster-weed ne serait d’aucune utilité sans feu pour la fumer. La drogue pouvait bien entendu être ingérée ; mais dans ce cas, elle mettait beaucoup plus de temps à agir. Et tous savaient très bien qu’après la morsure d’une goule, la transformation n’était qu’une question de minutes.

Le Tsukaï semblait ainsi avoir été conçu pour faire face à toutes les situations imaginables ; c’était précisément le genre d’outil dont Jack avait besoin pour mettre toutes les chances de son côté. Aussi se confondit-il une nouvelle fois en remerciements, étreignant Saul comme un père, lui promettant que son travail ne serait pas vain.

Les deux hommes se firent ensuite un plaisir de tester la fameuse pipe du Tsukaï, fumant jusqu’à ne plus en pouvoir. La plupart des membres de l’expédition avaient déjà rejoint leur lit, et Jack ne tarda plus à les imiter. Ils partaient tôt le lendemain matin. La nuit risquait d’être très courte.

 

Et elle le fut, ça oui. Car Jack eut beau supplier ses femmes de le laisser se reposer, celles-ci avaient bien l’intention de profiter de leur homme jusqu’au dernier instant. Combien de temps put-il dormir au final ? Une heure ? Deux ? Lui-même était bien incapable de le savoir. Une chose était sûre : quand les premières lueurs du jour apparurent derrière les montagnes, Gina et Aya venaient seulement de s’endormir, moites et épuisées après une interminable mais très plaisante séance de luxure avec leur bien-aimé.

Le cœur serré, celui-ci les couvrit toutes les deux d’ultimes baisers, avant de quitter la maison sans un bruit. Hors de question de réveiller les enfants. Jack se sentait déjà suffisamment abattu. Il n’avait aucune envie de réconforter des gosses en pleurs, de s’éterniser dans des embrassades qui n’auraient rendu la séparation que plus difficile.

Pas de discours, pas d’adieux. C’était ce qu’il avait convenu avec ses équipiers, et cela expliquait pourquoi ils avaient décidé de partir de si bon matin. Après les festivités de la veille, les genesiens n’émergeraient pas avant le midi. Personne ne serait là pour les voir s’en aller. Personne pour leur retenir. Personne pour les faire douter. C’était beaucoup mieux ainsi.

 

Tous étaient déjà là quand Jack arriva à l’hélicoptère. Jonas. Béate. Lloyd. Arvis. Et Kenji, que ses problèmes avec Faye n’avaient heureusement pas dissuadé de partir. Tous arborant des mines de déterrés, mais tous plus motivés que jamais. Ils n’échangèrent que de rares mots, embarquant tour à tour dans l’hélicoptère. Le temps n’était plus aux paroles. Il était maintenant l’heure d’agir.

Et enfin, après avoir procédé aux ultimes vérifications matérielles et mécaniques, ils décollèrent. L’appareil s’arracha du sol en hurlant, malmenant les malheureux qui n’avaient encore jamais eu l’occasion de tester un tel moyen de locomotion. Mais même les moins à l’aise ne purent se retenir de sourire devant le spectacle de leur ville vue du ciel.

Dans les rues rougies par l’aube, les genesiens étaient en train de sortir de leurs maisons. Probablement réveillés par le vacarme de l’hélicoptère, tous levaient vers le ciel des yeux ensommeillés, certains saluant leurs amis d’un geste de la main, d’autres se contentant de les observer s’éloigner.

Jonas resta quelques minutes en vol stationnaire, histoire de laisser à ses coéquipiers le temps de graver ce tableau dans leur mémoire. Puis l’hélicoptère prit de l’altitude et accéléra. En un quart d’heure, ils étaient déjà sortis de la Chaîne Platte. Et se lançaient dans les terres infectées. Vers l’ouest. Vers la Filia.

 

 

 

 

Et voilà, nos six cinglés sont enfin partis ! Il aura fallu que je me lève une heure plus tôt ce matin pour être sûr de terminer ce chapitre aujourd'hui, j'espère donc que celui-ci vous plaira ^^

 

Parlons maintenant de la suite des événements. Je ne sais pas encore trop si je vais continuer tout de suite cette histoire ou si je vais écrire la fameuse préquelle dont je vous avais parlé il y a quelque temps. Je me laisse la semaine pour décider, mais quel que soit mon choix,  vous aurez quelque chose à lire lundi prochain. Peut-être que vous, fidèles lecteurs, pourriez me conseiller ? Quelle serait votre préférence ? La suite, ou bien une petite histoire parallèle (sachant que celle-ci ne fera de toute façon pas plus de 20 pages, soit environ 4-5 chapitres au maximum) ?


Merci d'avance à ceux qui donneront leur avis. A lundi !

Publié dans Chapitres

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Bigdool 29/04/2011 00:22


Je préférerai la suite, mais une histoire parallèle pourrait être intéressante. A toi de voir! :p


tistoulacasa 28/04/2011 11:36


...Suis-je en droit de me demander si Roland ne serait pas planqué quelque part encore une fois...En effet, il est plutot bizarre que l'on ai pas de nouvel de lui depuis la simulation. Lui qui est
si déterminé depuis qu'il est gosse... De plus le nombre 7 est beaucoup plus magique que le 6...
Enfin bref, j'attend la suite avec impatience mais je ne serai pas contre une -ou plusieurs on peut rêver- préquelle. Alors, à toi de jouer !... pardon d'écrire !


Geoffrey 26/04/2011 20:52


Pour une histoire parallèle.. Pour que la principale dure plus longtemps ;)
Encore merci pour tous ces chapitres, et même si dernièrement le manque se fait parfois sentir je suis le premier à comprendre qu'il y a d'autres choses à faire :p
Bon courage! Et vivement le prochain chap'!


Marianne 26/04/2011 18:55


De toute façon tu écriras la suite, par contre la préquelle si tu ne l'écris pas maintenant, tu n'auras peut-être plus envie ou plus le temps plus tard, alors je vote pour la préquelle maintenant,
et la suite après...Mais c'est toi le chef!


3284 26/04/2011 03:43


Yo ! Ça dépend de ce que la préquelle raconterait ! Le début de l'épidémie au Nantiapu pourrait être intéressant !


RoN 26/04/2011 14:38



En effet, mais j'avais plutot envie de raconter ça dans une éventuelle saison 3... A priori, la nouvelle raconterait plutôt le début de l'épidémie vu par un personnage rencontré plus tard dans
Ghoul-Buster (je pensais à Jonas...).