Chapitre 4 : le barrage

Publié le par RoN

Après avoir soigné la petite Anne, Jack la confia à ses aînées pour qu’elles aillent au lavoir faire leur toilette matinale. Savourant enfin un peu de tranquillité, il prit son propre petit-déjeuner avant de monter un assortiment de fruits et deux bols de blé à Gina et Aya, restées au lit et jouant avec la petite Alice. Malgré la vague de tendresse qu’il éprouva devant ce tableau, il ne s’attarda pas avec ses femmes. Ce soir, il aurait tout le temps de s’occuper d’elles. Aussi les rassura-t-il quant à la crise qui venait d’avoir lieu, avant de leur souhaiter une bonne journée et de prendre le large.

L’air était frais et brumeux en ce matin d’automne, mais Jack se réjouit de constater que cela n’avait pas découragé les genesiens de se lever. Des maisons voisines émergeaient peu à peu ses camarades, pour la plupart souriants et motivés. Le chef salua par leur prénom tous ceux qui s’adressèrent à lui. Rien d’étonnant à ce que tout le monde le connaisse. Pour sa part, il lui avait tout de même fallu plusieurs semaines avant de pouvoir mettre un nom sur les visages des deux cent survivants. Aujourd’hui, il les considérait tous comme des amis. Plus encore. Les genesiens étaient une famille ; une famille à peu près unie, qui ne pouvait fonctionner que si chacun mettait la main à la pâte.

Jack poussa son vélo jusqu’à la demeure adjacente à la sienne et fit tinter sa sonnette. Trente secondes plus tard sortait sa sœur Béate, bientôt suivie des frères Bronson. Arvis et la jeune femme partagèrent un baiser fougueux, puis les frères grimpèrent sur leur tandem pour suivre Jack. Le vélo biplace oscilla quelques instants alors que les hommes lui faisaient prendre de la vitesse. A chaque fois, Jack craignait qu’ils ne s’étalent lamentablement. Avec un bras chacun pour se tenir en équilibre, l’utilisation d’un tandem semblait en effet périlleuse. Mais comme d’habitude, Lloyd et Arvis s’en tirèrent sans encombre, palliant leur handicap grâce à une coordination exemplaire.

« Souris un peu, grand chef, dit l’aîné en pédalant avec entrain. Aujourd’hui est un grand jour.

-         Désolé, s’excusa Jack. Le réveil a été difficile.

-         On a entendu ça, commenta Arvis. Moi aussi, j’aurais du mal à supporter de vivre avec autant de gamins…

-         Ils finiront par me tuer… acquiesça  Jack en souriant, même si son « réveil difficile » faisait plutôt référence au cauchemar dans lequel il avait vu Lyons. J’avais qu’une envie en me levant : me rouler un gros joint.

-         Il est un peu tôt pour fumer, non ?

-         C’est sûr. Mais il n’est jamais trop tôt pour y penser. »

Ces bonnes paroles firent rire les deux frères, mais ils reprirent vite leur sérieux. Car il était temps de se lancer dans le défi du jour. Devant eux se profilait la légendaire « côte du barrage », une descente relativement raide, longue de trois kilomètre et menant directement au lac de Genesia. Chaque matin depuis qu’ils travaillaient au barrage, Jack et les frères Bronson luttaient pour l’honneur dans une course infernale (et foutrement dangereuse – si Aya ou Gina le découvraient, leur homme se ferait passer un sacré savon). Mais il est difficile de renoncer au plaisir du risque quand on y a goûté. Et à Genesia, les jeux et duels amicaux avaient peu à peu acquis une grande importance. Les survivants s’affrontaient sans cesse, parfois à de simples jeux de carte ou de société, parfois dans des sports non sans danger. Bien souvent, l’absence d’enjeu ne faisait qu’amplifier le goût de la victoire. Pour Jack et les frères Bronson, la course de vélo était devenu un plaisir matinal auquel ils n’avaient aucune envie de renoncer.

« Tu crois que tu vas réussir à nous avoir, aujourd’hui ? interrogea Arvis en étirant son dos.

-         Laisse tomber, lui répondit Lloyd. De toute façon, avec son œil en moins Jack est incapable d’évaluer les distances. A chaque fois, il se croit devant.

-         Très drôle, les manchots… grinça Jack avec un sourire sarcastique. C’est quand vous voulez. »

Ricanant, les frères Bronson pressèrent sur les pédales, s’élançant dans la pente. Son vélo étant plus léger, Jack ne tarda pas à les devancer. Mais si le tandem était difficile à lancer, ses pointes de vitesse s’avéraient excellentes. Jack n’était même pas à mi-pente que les frères le dépassaient en hurlant comme des coyotes. Le jeune homme sut dès cet instant que la lutte était perdue d’avance, mais ne cessa pas de pédaler pour autant. Le vent qui soufflait dans ses cheveux, ses muscles en feu, l’air froid dans ses poumons, tout cela l’aida à évacuer ses soucis du matin.

Les frères Bronson firent grincer leurs freins, les pneus du tandem crissant sur le bitume dans un dérapage à peine contrôlé. Les quelques personnes qui travaillaient avec eux au barrage attendaient les coureurs avec des regards amusés, et saluèrent les vainqueurs avec une salve d’applaudissements.

« Et un « hourra ! » pour les frères Bronson, les quatre meilleurs mollets de Genesia ! réclamèrent-t-ils alors que Jack les rejoignait à grand peine.

-         Hourra… souffla le jeune homme, à bout de souffle.

-         Bande de cinglés… commenta M. Claireau, qui supervisait les travaux du barrage. Un de ces quatres, vous allez arrivez ici en morceaux…

-         Mais avec un peu de chance, ce ne sera bientôt plus la peine de venir ici tous les jours, non ? objecta Lloyd.

-         Ouais ouais ouais ! commenta son frère en tapant du poing. Ce soir, c’est la fête de l’électricité ! De la lumière ! De la musique ! Des jeux vidéo !

-         Ne te réjouis pas trop vite, jeune homme, temporisa M. Claireau. Il reste encore un paquet de trucs à faire pour que tout soit prêt d’ici ce soir…

-         Alors au boulot ! décréta Jack. Plus tôt on aura fini, plus tôt on se fumera des joints ! »

Motivés et réjouis d’avance, tous pénétrèrent dans le barrage et se mirent au travail.

 

Cela faisait plus de deux mois que les travaux de remise en fonction du barrage avaient commencé. Par bonheur, il ne semblait pas y avoir eu de dégâts pendant le chaos qui avait inévitablement envahi la ville lors de son infection. Visiblement, les installations électriques s’étaient arrêtées d’elles-même par manque de maintenance, et les genesiens avaient trouvé le barrage dans l’état exact où il avait été laissé. Néanmoins, faire fonctionner tout cela n’avait pas été une mince affaire. En premier lieu, parce qu’ils ne possédaient pas les compétences et connaissances nécessaires.

Par bonheur, M. Claireau avait travaillé dans une centrale électrique avant l’épidémie, et bénéficiait donc d’une certaine expérience dans ce domaine. Lloyd Bronson, ex-étudiant en physique, avait également fait bénéficier la communauté de son savoir. Mais cela n’avait pas empêché l’équipe de volontaires chargés des travaux de devoir s’astreindre à de pénibles recherches. Ils avaient passé de nombreuses heures dans la bibliothèque de Genesia, à apprendre tout ce qui pouvait leur être utile pour faire fonctionner le barrage. Puis il leur avait fallu plusieurs jours pour se familiariser avec les installations, pour enfin s’attaquer à la remise en fonction du barrage et de la centrale électrique qui y était associée. D’innombrables ajustements, réparations et tests techniques avaient suivi, taches difficiles et rébarbatives.

Mais avec un peu de chance, tout ce dur labeur n’allait pas tarder à être récompensé. Les turbines du barrage avaient été testées la veille, avec succès. Tout semblait en état de fonctionnement, et le midi, une impatience fébrile s’était emparée de l’équipe.

« On est bons, les jeunes, décréta M. Claireau alors que ses camarades se restauraient. Il faudra retester le circuit principal cet après-midi par sécurité, mais je pense qu’on sera opérationnels pour ce soir, comme prévu.

-         Vous pourrez vous passer de moi ? interrogea Jack. J’ai un paquet d’autres trucs à faire cet aprem’… »

Ses amis lui assurèrent qu’ils réussiraient à se débrouiller sans lui. La plupart d’entre eux n’avaient aucune expérience dans le domaine de la gestion d’un réseau électrique deux mois auparavant, mais toutes ces heures de travail avaient fait d’eux de bons techniciens hydro-électriques. Tous connaissaient parfaitement le fonctionnement du barrage, de la production de l’électricité grâce aux énormes turbines à sa transformation et à son acheminement dans la ville.

« Evite quand-même de parler de ça à tout le monde. On aura l’air fin, si la mise en route finale foire…

-         Pas de raison que ça échoue, non ? interrogea Jack.

-         On ne sait jamais. Imagine qu’il y ait un grand nombre d’appareils électriques laissés allumés. Ca pourrait disjoncter instantanément. Mais on ne le saura qu’en essayant. Dans le pire des cas, la ville s’éclairera pendant deux secondes avant de replonger dans l’obscurité…

-         Ce serait déjà pas si mal… »

Mais le jeune homme croisait les doigts pour que tout se passe comme ils l’espéraient, ne serait-ce que pour voir la tête des genesiens quand la lumière se ferait. Il souhaita bon courage à ses camarades, avant de s’en retourner vers ses autres tâches.

 

 

 

 

Prochain chapitre lundi !

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Tistoulacasa 09/01/2011 18:32


Je n'ai rien de spécial à dire, c'est juste histoire de dire que j'ai lu ce chapitre :)


Marianne 09/01/2011 17:53


Salut Ron, bon j'ai bien aimé les 2 premiers chapitres, qui remettent bien le lecteur dans l'ambiance, ya quelques fautes mais pas beaucoup, si tu veux je te les signalerai.
A mon avis le prof Lyons n'est pas à proprement parler le premier infecté , ce serait plutôt son frère Ed, l'archéologue du Nantiapou, qui est à l'origine de l'épidémie...
Sinon pour la bande de mômes infects, cela semble indispensable de rétablir l'électricité; devant un dvd, ils seront plus calmes.
Bonne écriture Bisous


RoN 10/01/2011 10:13



En effet, Lyons n'est pas le véritable patient zéro. Mais nos héros ignorent d'où vient véritablement la Ghoulobacter. Ils ne se souviennent pas forcément que, peu de temps avant que l'épidémie
ne se déclare chez eux, de curieuses émeutes avaient été constatées dans la région de Nantiapou, sur le continent voisin. Mais ils finiront sans doute par y penser (peut-être pas avant la saison
3 par contre, quand ils s'intéresseront réellement aux origines de la bactérie)...



Laysa 08/01/2011 21:59


Vivement lundi :D

"et bénéficiait donc d’une certaines expérience" Pas de S à 'certaine' :)


RoN 09/01/2011 10:44



Merci, c'est corrigé !



Dahikel 08/01/2011 16:56


Bon, bah la suite Lundi :)
Marchera ou marchera pas...? Suspense.