Chapitre 5 : entraînement

Publié le par RoN

La plupart des genesiens avaient pris l’habitude de s’exercer plusieurs heures par jour au maniement des armes. Musculation, exercices de tir, affrontements amicaux, nombreux étaient ceux à s’entraîner individuellement et de façon quotidienne. Mais beaucoup éprouvaient des difficultés à s’astreindre d’eux-même à ces pénibles activités. Ils avaient besoin d’un tuteur, d’un maître suffisamment expérimenté dans la lutte contre les goules. D’où la mise en place des entraînements collectifs. 

Après les terribles batailles qu’ils avaient livrées, inutile d’expliquer pourquoi les genesiens jugeaient parfaitement justifié de se maintenir en forme. Même en situation de paix durable, savoir se défendre était tout bonnement une question de vie ou de mort. Aussi, l’entraînement constituait l’activité principale de la plupart des genesiens – après l’agriculture, bien entendu.

Dès les premiers mois de l’épidémie, Jack et ses camarades avaient compris l’importance de se familiariser avec les armes, et d’y initier ceux qui n’y connaissaient rien. Par la force des choses, le jeune homme avait enseigné aux enfants à se servir des armes à feu ; quand les munitions s’étaient faites rares, il avait fallu leur apprendre à manier le sabre. Au fil de leurs voyages dans les terres infectées, Jack était devenu le maître d’armes des enfants, les obligeant à pratiquer chaque jour. Leur entraînement quotidien était devenu une habitude, qu’ils avaient conservée lors de leur installation à Genesia.

Jack était-il le plus expérimenté dans le domaine de la lutte contre les goules ? Etait-il le plus redoutable des genesiens un katana à la main ? Probablement pas. En particulier depuis qu’un évolué avait emporté son œil, lors de l’effroyable bataille du tunnel de Talante. Mais la plupart de ses camarades ne se posaient même pas la question. Jack était leur leader ; un des acteurs principaux de leur société en pleine reconstruction ; qui mieux que lui pouvait jouer le rôle d’entraîneur ?

Enseigner aux enfants avait été pour lui une chose naturelle. Quand les adultes avaient décidé de se joindre aux séances d’entraînement, il en avait été légèrement troublé. Avec eux, il n’éprouvait pas ce sentiment d’autorité innée qui lui avait permis de faire preuve de suffisamment de sévérité pour faire des enfants de véritables guerriers miniatures. Après un certain temps d’adaptation, il avait néanmoins réussi à s’habituer à cette nouvelle situation, acceptant de donner des ordres, de se montrer dur avec ses dizaines de disciples. Car en effet, plus d’une quarantaine de personnes participaient chaque jour à ses séances.

 

La bruine n’avait pas cessé depuis le matin, aussi Jack se rendit-il directement au gymnase. Quand la météo le permettait, ils préféraient s’entraîner en plein air. Mais quand le temps était trop froid ou pluvieux, ils se réunissaient dans l’immense salle de sport, qui pouvait accueillir sans difficulté la totalité de la communauté.

De nombreux concitoyens l’attendaient déjà, finissant de prendre leur repas du midi ou commençant à s’étirer en vue des efforts qu’ils n’allaient pas tarder à fournir. Jack espérait que Roland serait déjà là, histoire de lui toucher deux mots à propos des événements du matin. Mais l’enfant brillait par son absence, ainsi que le jeune Pierre Moncle. Au départ rivaux, ces deux-là étaient finalement devenus des compères inséparables.

Pour couronner le tout, Aya informa Jack que le duo n’avait pas assisté au cours de Gina, pas plus qu’ils ne s’étaient présentés à leur superviseur pour effectuer leurs heures de travail quotidien dans les champs. Et ce n’était certainement pas la première fois que cela se produisait. Décidemment, une sérieuse mise au point s’imposait pour les deux adolescents. Mais encore fallait-il réussir à leur mettre la main dessus.

Soupirant, le jeune homme alla s’équiper d’un bôken et débuta tranquillement son propre échauffement, bientôt imité par ses camarades. Quand les premières gouttes de transpiration perlèrent sur les fronts et que les souffles des quarante genesiens se furent raccourcis, Jack les fit travailler par paires, commençant par des duels amicaux au sabre de bois. Puis il s’occupa personnellement des enfants, qui durent une ixième fois s’exercer à dévier des projectiles lancés de plus en plus rapidement par leur maître. Depuis le temps, la plupart des gosses excellaient dans ce domaine. Mais Jack leur rappela qu’ils ne devaient jamais s’estimer satisfaits, l’important étant de s’entraîner sans relâche afin de tendre vers la perfection. 

Les adultes commençaient à se fatiguer, ayant déjà changé plusieurs fois de partenaires de sparring. Tous étaient essoufflés, leur concentration diminuait, et certains arboraient de vilaines ecchymoses, conséquences de coups mal ajustés. Mais Jack n’en avait pas fini avec eux. Ils étaient maintenant en parfaite condition pour un nouvel exercice, que le jeune homme avait imaginé dans la matinée.

Il disposa plusieurs mannequins de paille dans chaque coin de la salle, puis invita ses disciples à s’équiper d’arcs et de flèches, armes rarement utilisées mais pourtant d’une efficacité redoutable - à condition de savoir s’en servir. Et la plupart des genesiens présentaient de sérieuses lacunes dans ce domaine.

Dans un premier temps, le maître les fit donc se familiariser avec les arcs, visant avec soin afin d’atteindre leur cible à chaque fois, ou presque. A l’évidence, certains étaient beaucoup moins doués que d’autres.

« Ces machins ne servent à rien… grommela l’un des cancres, un ex-soldat de l’Armée du Renouveau Humain nommé Peterson. Un arc ne fait pas le poids face à un bon flingue.

-         Tu as sans doute raison, répondit Jack suffisamment fort pour que les autres entendent. Je te rappelle cependant que d’après le dernier inventaire, il nous reste moins de trois mille balles et cartouches, toutes armes confondues. Et un fusil vide est aussi utile contre les goules qu’un badge annonçant « je ne suis pas comestible ». Alors que des flèches d’arc sont relativement faciles à fabriquer, réutilisables. Et silencieuses, surtout.

-         Mais beaucoup moins puissantes et faciles à utiliser.

-         Soit. C’est pourquoi il est primordial de nous y entraîner, non ? »

Peterson fit une grimace d’approbation, obligé d’admettre que ces armes semblaient en effet adaptées à leur situation. Ce qui ne l’aida pas pour autant à toucher les cibles. D’autant plus que Jack était bien décidé à complexifier l’exercice.

« En situation de combat contre les goules, vous bénéficierez rarement d’une position optimale pour les dégommer en toute sécurité. Au fusil ou à l’arc, il faudra vous déplacer sans cesse, reculer, changer de ligne de tir, vous cacher, fuir… Dans ces conditions, vous n’aurez jamais plus d’une ou deux secondes pour viser. Vous devez donc vous habituer à tirer en mouvement. »

Des exclamations contrariées lui répondirent. La plupart avaient déjà assez de mal à toucher leur cible en visant soigneusement. Comment pourraient-ils le faire en pleine course ?

« Il faudra bien, se contenta de répondre le maître avec un sourire. Mais on va y aller progressivement. Aujourd’hui, vous vous contenterez de tirer en situation d’effort. Trottez tout autour de la salle, et arrêtez vous pour viser. Mais jamais plus de quelques secondes. »

Ses camarades semblaient peu convaincus, et réclamèrent une démonstration. Jack fit donc deux fois le tour du gymnase en courrant, puis s’arrêta à une vingtaine de mètres d’un mannequin et banda son arc. Son cœur battait dans sa poitrine, ses côtes se soulevaient à un rythme élevé, il sentait le sang tambouriner dans ses doigts ; viser dans ces conditions s’avérait en effet très difficile. Surtout en ne s’autorisant que deux ou trois secondes d’arrêt.

En conséquence, la flèche de Jack alla se loger dans le socle du mannequin, ce qui déclencha les rires de ses camarades. Mais cela n’était déjà pas si mal, surtout en comparaison des performances de ces derniers. Rares furent ceux qui parvinrent à atteindre la cible dès le premier essai.

Pendant que les adultes s’astreignaient à ce difficile exercice, Jack s’occupa du groupe des enfants, les affrontant chacun leur tour au sabre de bois. Les gosses furent vites frustré de constater que leur maître était tout bonnement intouchable. Equipé de deux bôkens, Jack ne leur faisait pas de cadeau, les gratifiant d’une sévère contre-attaque à chaque assaut manqué. Même la petite Anne, pourtant l’une des plus assidue lors des entraînements, finit par baisser les bras.

« C’est nul ! commenta-t-elle. T’es beaucoup trop fort pour nous, maître Jack…

-         Et les goules sont sûrement plus fortes que moi, dorénavant. Si vous ne voulez pas finir dans leur estomac, il faut que vous affrontiez des adversaires puissants. Vous comprenez ? »

 Les enfants hochèrent pensivement la tête. Histoire de ne pas les laisser partir sur une défaite, Jack les invita à l’attaquer tous ensemble. Face à la douzaine de petits démons bien décidés à se venger, il eut bien du mal à s’en tirer sans récolter de méchants bleus. Mais cela lui fit du bien. Lui aussi avait besoin d’augmenter la difficulté de son entraînement. Son œil gauche en moins, il lui fallait redoubler d’efforts pour espérer rivaliser avec les dangereux évolués.

Une fois que tout le monde fut suffisamment épuisé et contusionné pour la journée, Jack conclut la séance en lisant un paragraphe du Traité des Cinq Eléments, ouvrage sur lequel étaient basés la plupart des enseignements du jeune homme. Il n’avait jamais bénéficié des enseignements d’un professionnel en arts martiaux. Ses seules sources d’inspiration étaient les mangas et l’ouvrage du puissant Miyamoto Musashi, samouraï légendaire du Japon médiéval. Mais avec un peu d’interprétation et d’imagination, cela suffisait. Peut-être y avait-il d’autres œuvres utiles à la bibliothèque ou dans les librairies de Genesia. Cela valait le coup d’aller voir. Jack doutait cependant de trouver des livres qui expliqueraient comment combattre des ennemis quasi-invincibles et dont le corps était littéralement orné de lames…

 

 

 

 

Prochain chapitre mercredi ! Sauf impossibilité de ma part, je pense qu'on conservera ce rythme de publication (lundi, mercredi et samedi). Enjoy !

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Tistoulacasa 16/01/2011 11:34


C'est clair que cette séance d'entrainement -quoi qu'intéressante- est en effet dangereuse...
Je n'ose imaginer l'état du gymnase à la suite de cet entraînement :)


Dahikel 11/01/2011 12:18


Je trouve normal que tu poses d'abord le décor de Genesia avant d'entamer directement sur de l'action pure. Prends ton temps, présente-nous tes personnages et les conditions dans lesquelles ils
vivent. Tu fais ça merveilleusement bien et il est aisé de s'imaginer le dur labeur que doivent vivre ces habitants pour espérer survivre.

J'ai d'ailleurs commencé le premier roman (pas trop de modifications par rapport au blog pour le moment), la couverture est bien foutue et merci pour les deux petits mots ;-)

A Mercredi.


Marianne 10/01/2011 18:40


Moi je mettrais un S à "maître d'armes"


Marianne 10/01/2011 18:38


Belle séance d'entraînement, mais ils sont quand même un peu inconscients ces genesiens de tirer à l'arc dans tous les sens avec une bande de mômes ( donc imprévisibles)dans la même salle!
Je ne pense pas qu'un inspecteur de l'éducation nationale validerait cette séance d'EPS...


Co 10/01/2011 16:30


Plutôt cool ce début de volume... J'essaierai de relever les quelques coquilles que je vois au fur et à mesure, ça te fera peut-être gagner un peu de temps à la réécriture.

"Et la plupart des genesiens présentaient de sérieuses lacunes dans se domaine. " -> "ce domaine"

C'est tout ce que j'ai vu pour ce chapitre !


RoN 10/01/2011 17:00



Merci, je corrige.


Je craignais que les lecteurs ne trouvent le début un peu long. Mais l'action ne tardera pas trop à venir. Il faut juste se rappeler que pour l'instant, les genesiens vivent une petite vie
tranquille à l'abri du danger. Donc ne vous inquiétez pas si ça ne bouge pas vraiment pour l'instant... Quoi qu'il en soit, si mes craintes ne sont pas fondées, tant mieux ^^