Chapitre 50 : évacuation

Publié le par RoN

Ayant pour unique objectif de mettre les voiles au plus vite, Jack ne prêta pas attention aux deux énormes caisses plaquées de bois abandonnées sur la rive. Quand la femme prénommée Abbie se décida enfin à mettre le nez hors du tuyau d’évacuation dans lequel son équipe était retranchée, c’est pourtant droit vers ces conteneurs qu’elle se dirigea. Elle ne s’intéressa à Jack et ses camarades qu’après s’être assurée que le chargement était intact.

Le jeune homme constata avec un léger dépit que ce qu’il supposait depuis le début était juste : ces gens étaient des soldats. Une douzaine en tout, pour la plupart épuisés et réduits à se défendre à l’arme de poing. Leurs tenues semblaient assez personnalisées, mais conservaient les couleurs de l’armée de la Mater. Et la troupe obéissait visiblement à une hiérarchie stricte : personne ne sortit à découvert avant d’en avoir reçu l’ordre. Mais dès que la responsable eut donné ses instructions, tous se mirent au travail sans discuter, se postant à des points de défense stratégique, évacuant les blessés, farfouillant dans leur matériel et s’activant près des fameuses caisses.

Jack n’avait jamais eu une très grande estime pour les militaires et leurs protocoles, mais il devait bien avouer que dans une telle situation, ce mode de fonctionnement était particulièrement efficace. A condition d’être dirigé par un chef intelligent et expérimenté. Des qualités rares, mais qui ne faisaient pas défaut à la femme chargée de superviser cette mission. Quelqu’un de très original, impossible d’en douter. Malgré l’urgence de la situation et le danger omniprésent, elle ne semblait pas particulièrement inquiète. Et donnait même l’impression d’être enthousiaste. Le sourire dont elle gratifia Jack était en tout cas éclatant.

« Amirale Abernathy Banks, se présenta-t-elle avec un rapide salut militaire. C’est vous, Jack ? Bon dieu, j’ai rarement été aussi heureuse de voir de nouvelles têtes !

-         C’est réciproque, lui répondit le jeune homme. Mais on va peut-être remettre les présentations à plus tard… »

Il semblait en effet peu judicieux de rester à discuter, chaque seconde pouvant s’avérer précieuse. Si les goules restaient pour le moment à bonne distance, la plupart n’osant traverser le nuage toxique, la buster-weed ne les repousserait pas éternellement. La fumée semblait déjà moins dense. Mais perturbait toujours autant les évolués inconscients qui tentaient tout de même de passer, incapables de résister à la tentation. Kenji eut plus d’une occasion de leur faire comprendre leur erreur, tranchant têtes et membres comme des branches mortes, pourfendant sans pitié les prédateurs impuissants.

Le tueur de goule était à tel point éblouissant que l’amirale dut rappeler plusieurs fois ses hommes à l’ordre. Tous étaient tellement captivés par le spectacle qu’ils en oubliaient presque d’évacuer. Visiblement, ils ne devaient pas être habitués à voir de simples humains rivaliser sabre en main avec les redoutables évolués. Et dans sa combinaison noire, tournoyant à l’orée du nuage de fumée, volant entre les griffes et les lames, il fallait bien avouer que Kenji avait fière allure.

 

Mais malgré sa vitesse hallucinante, le tueur de goule ne pouvait être partout à la fois. Et comme l’avait souligné Arvis Bronson avant le début de l’opération, la géographie de la zone n’était pas à l’avantage des humains. Les zombies pouvaient attaquer de trois directions à la fois, et la berge sableuse ne facilitait pas les déplacements.

Les hommes de Banks mirent un temps interminable à sortir leurs blessés de la bouche d’évacuation, ce qui profita logiquement aux goules. Renonçant à passer en force, les créatures continuèrent à tenter de traverser le nuage, mais en groupes de deux ou trois seulement. Et cette fois, elles attaquaient de manière bien plus organisée, lançant des assauts simultanés ou visant les humains occupés à d’autres tâches.

Une tactique pour le moins efficace. Si Kenji était parfaitement capable d’affronter dix adversaires en même temps, il ne pouvait en revanche pas tenir plusieurs fronts à lui seul. Aussi redoutables soient-ils, les katanas restaient des armes de corps à corps, obsolètes à distance. Tout comme les lances des frères Bronson, dévastatrices à courte portée, mais ne pouvant être projetées sans laisser leurs porteurs désarmés.

Jack avait heureusement anticipé ce problème en confiant à Jonas le rôle d’artilleur. Le pilote se fit un plaisir de rappeler sa présence au groupe en arrosant de métal un couple de goules s’approchant discrètement. La mitrailleuse rugit ainsi régulièrement, réduisant en charpie les créatures échappant aux lames des combattants

Protégés par cet ange-gardien aérien, Banks et son équipe purent se concentrer sur leur évacuation. Tous ou presque étaient amochés, de la simple égratignure à la morsure sale et profonde. Les plus gravement touchés furent logiquement les premiers hissés à bord de l’hélicoptère. Le treuil électrique qui équipait la plupart des appareils de ce type prouva ici son utilité : sans cet équipement, il aurait été extrêmement difficile de faire grimper les blessés à bord de l’engin en vol plus ou moins stationnaire.

Trois d’entre eux présentaient des blessures assez handicapantes, dont deux cas sérieusement inquiétants. Le premier souffrait d’une profonde entaille au niveau de l’abdomen, et luttait visiblement pour ne pas tourner de l’œil. Ses mains fermement pressées sur la plaie étaient sans doute tout ce qui empêchait ses tripes de se déverser sur le sol. Il tint heureusement le coup, et rejoignit bientôt Jonas et Béate à bord de l’appareil. Cela fut plus difficile avec la deuxième victime des goules, une trentenaire maigrichonne qui avait perdu un bras entier dans la débandade. L’hémorragie ne pouvant être stoppée, la malheureuse avait fini par s’évanouir, et passerait rapidement l’arme à gauche si on ne faisait rien pour elle. Mais la situation était encore trop chaotique pour envisager des soins sur place, et la femme fut hélitreuillée en l’état.

 

Vint ensuite le tour de ceux ayant subi des morsures. Mais à la grande surprise de Jack, tous refusèrent catégoriquement d’embarquer. Une attitude ici fort stupide, mais d’une grande noblesse en temps normal. Même en sachant parfaitement que toute contamination était irréversible, rares étaient les gens capables d’accepter la mort. Ces hommes semblaient pourtant s’être résolus à leur sort. Ils étaient fichus, et le savaient – le croyaient, plutôt. L’émotion brillait dans leurs yeux, mais leur détermination était sans faille. Ils étaient prêts à se sacrifier, à être laissés sur place pour le bien commun. De qui tenaient-ils un sens de l’honneur aussi admirable ? Probablement de leur leader.

En dépit de son titre pompeux, l’amirale Abernathy Banks semblait être une guerrière remarquable. Et un chef digne de ce nom. Malgré une situation critique et les goules de plus en plus promptes à traverser le nuage de fumée, elle conservait un sang-froid impressionnant, réussissant à la fois à superviser l’évacuation et à surveiller les assauts des évolués. Et savait aussi se débrouiller un flingue à la main, prouva-t-elle en se débarrassant de plusieurs zombies à l’aide d’une simple arme de poing.

Jack comprenait que cette femme puisse inspirer une grande allégeance à ses hommes. Mais dans ce cas, peut-être aurait-elle dû leur témoigner un respect semblable, en leur transmettant par exemple l’information capitale fournie par le jeune homme avant le début de l’opération. Non, ils n’étaient pas fichus. Sans doute étaient-ils même déjà sauvés. La buster-weed qui saturait l’atmosphère s’était forcément introduite dans leur organisme, détruisant la Ghoulobacter avant qu’elle ait l’occasion d’en prendre le contrôle.

« Comment vous vous sentez ? demanda Jack à l’un des blessés histoire de s’en assurer.

-         Etrangement bien… lui répondit l’intéressé en observant sans grande émotion ce qui restait de sa main, probablement emportée par les mâchoires d’un évolué. Je pensais pas que ce serait aussi facile…

-         Je croyais que la transformation était douloureuse, ajouta un de ses camarades, mordu au mollet. Mais en fait c’est plutôt agréable. Je suis défoncé ou quoi ?

-         Sans aucun doute, lui répondit Jack, un sourire éclatant aux lèvres. Désolé messieurs, mais ce n’est pas aujourd’hui que vous deviendrez des héros. »

A condition cependant qu’ils se bougent rapidement les fesses. Le temps que Jack leur décrive les étonnantes propriétés de la buster-weed, la densité de la fumée avait dramatiquement diminué. Les goules se montraient logiquement de plus en plus hardies : si elles hésitaient toujours à traverser le nuage, elles semblaient en tout cas beaucoup moins perturbées qu’auparavant par les effluves toxiques. Elles esquivaient, feintaient, portaient des estocades légères mais usantes, se sacrifiaient parfois pour offrir à leurs comparses des occasions d’attaquer. Même Kenji peinait à les repousser.

 

Débordés et à bout de nerfs, les frères Bronson ne tardèrent pas à battre en retraite, se repliant près des blessés finalement convaincus de leur rémission. Pourtant, certains d’entre eux refusaient toujours d’embarquer.

« C’est quoi, le problème ? interrogea Arvis, dégoulinant de visque. Grimpez donc, qu’on puisse se tirer d’ici !

-         La mission n’est pas terminée, lui répondit Abbie Banks. On ne repartira pas tant que notre objectif ne sera pas atteint.

-         Putain, vous déconnez ! s’exclama Jack. Les goules vont déferler sur nous d’un instant à l’autre !

-         J’ai juste besoin de deux minutes !

-         On n’a même pas deux minutes ! »

Ça, c’était certain. La moitié des fumigènes étaient éteints, et de très nombreux zombies s’élançaient maintenant sur la rive. Craignant d’être avalé par ce flot vivant, Kenji n’eut d’autre choix que de se replier aux côtés de ses amis. Mais en quelques secondes, le groupe fut cerné de toute part. Les goules étaient déjà beaucoup trop nombreuses.  

Réduits à se défendre, les humains se positionnèrent en cercle, repoussant tant bien que mal les assauts continuels. Mais cette résistance était parfaitement vaine. S’ils n’évacuaient pas immédiatement, ils finiraient inévitablement par se faire engloutir. Il était même sans doute déjà trop tard. Tous ne pourraient pas monter à bord de l’hélicoptère ; certains devraient rester pour permettre à leurs camarades de s’échapper.

C’est du moins ce que Jack pensait jusqu’à ce qu’un fumigène à peine allumé atterrisse à ses pieds. Le jeune homme était pourtant convaincu que tous les pains de buster-weed avaient été utilisés. Mais par bonheur, Jonas avait réussi à en dégotter un dernier. Décidemment, le pilote assurait. Sans son soutien, ce sauvetage aurait sans doute tourné au drame depuis longtemps.

Bien décidé à ne pas laisser passer cette chance, Jack s’empara du fumigène et l’agita en tout sens. Le flot de goule s’écarta immédiatement, offrant aux combattants un répit provisoire mais bienvenu.

« Bon, maintenant on se bouge le cul et on embarque ! rugit le jeune homme. Pas de discussion !

-         Tirez-vous si vous voulez, lui rétorqua Banks. Moi et mes hommes, il nous reste un boulot à faire.

-         Bordel, vous tenez vraiment à crever ?!? Vous n’avez pas perdu assez de monde comme ça ?

-         Ceux qui sont morts sous mon commandement connaissaient les risques. Ça ne les a pas empêché de faire leur devoir. Si on part sans avoir rempli notre mission, leur sacrifice n’aura servi à rien.

-         Très bien ! cracha Jack, exaspéré. Et c’est quoi, votre putain de mission ? »

Mieux valait qu’elle soit d’importance capitale, sans quoi Banks et ses cinglés de volontaires se débrouilleraient seuls. L’équipe de Jack avait déjà pris suffisamment de risques. Hors de question de se mettre en danger pour des futilités.

Mais qu’est-ce qui aurait pu pousser les soldats à s’aventurer dans une zone aussi hostile en dehors de besoins vitaux ? Il fallait assurément de bonnes raisons pour se lancer dans une entreprise aussi hasardeuse. Si Abernathy était prête à jouer sa vie et celle de ses hommes, c’était probablement parce que de nombreuses autres vies dépendaient de leur succès. Et en effet, les enjeux de la mission étaient sérieux.

 

« Vous voyez les deux caisses, là-bas ? interrogea l’amirale en désignant les conteneurs abandonnés aux goules, à quelques dizaines de mètres sur la rive. Il faut absolument qu’on les récupère. Elles contiennent de l’eau douce, des vivres et des médicaments.

-         Tout s’explique… comprit Jack. Mais franchement, on ferait mieux de revenir les chercher plus tard. Quand il fera nuit, par exemple.

-         Rien ne nous dit que les goules auront dégagé. C’est peut-être notre seule occasion.

-         C’est trop risqué. Nous possédons quelques provisions, nous pourrons vous dépanner en attendant…

-         Vous avez de quoi nourrir deux cent personnes ? Parce que j’ai une cinquantaine de familles qui n’ont rien mangé depuis des jours, et qui menacent de se bouffer les uns les autres s’ils n’ont pas un repas chaud d’ici ce soir… 

-         Ah non, bordel, pas encore des cannibales ! jura Lloyd, fracassant pour la peine le crâne d’un évolué trop entreprenant. Je préfère encore rester avec les goules ! »

Ses amis ne pouvaient que difficilement lui donner tort. Le souvenir de leur séjour passé sur l’île de Darius l’anthropophage était encore trop vif dans leur esprit. Jack ne voulait même pas imaginer le chaos que provoqueraient deux centaines d’humains désinhibés par la faim sacrifiant les plus faibles pour s’en repaître. Non, il était hors de question de laisser ces gens, bien que parfaitement inconnus, devenir des monstres dépourvus de morale. Dans ce monde rongé par la Ghoulobacter, conserver son humanité était presque plus difficile encore que de rester humain.

« Très bien, déclara Jack, observant d’un œil déterminé les deux conteneurs, hors d’atteinte derrière le flot de goules. Mais faut y aller maintenant. Ce fumigène ne nous protégera pas très longtemps…

-         Juste une petite question… intervint Arvis. Vous comptez les transporter comment, ces caisses ? Elles ont l’air de peser leur poids. Je ne suis pas sûr que l’hélico puisse les soulever… A vrai dire, je ne sais même pas si on pourra tous se caser dans l’habitacle.

-         Ce n’est pas ce qui est prévu, le rassura Abbie. On ramènera les conteneurs par la voie marine. Higgins ! Tu as eu le temps de fixer les flotteurs ?

-         Affirmatif, Amirale. Reste juste à mettre les mettre à l’eau. »

Ce qui n’allait certainement pas être une mince affaire. Mais tous étaient résolus à ne pas repartir sans le précieux ravitaillement. Ils se répartirent donc les rôles, informèrent Béate et Jonas de leur objectif, et se tinrent prêts à foncer.

 

Fumigène dans une main, sabre dans l’autre, Jack ouvrit la marche dès que la mitrailleuse lourde se mit à gronder. Le jeune homme se précipita dans la trouée ainsi obtenue, la masse grouillante s’écartant comme par magie de son passage. Ce qui n’empêcha pas les évolués de tendre leurs longs bras pour essayer de l’écorcher. Dépassé par leur taille gigantesque, Jack avait l’impression d’être perdu au milieu d’une forêt de griffes et de lames. Les goules étaient partout, le harcelaient continuellement, menaçaient de l’engloutir à chaque instant.

C’était sans compter sur la fougue de Kenji, qui suivait son leader de près. Le tueur de goule élargit la tranchée à grands coups de katanas, permettant à ses équipiers de lui coller au train et dissuadant les monstres de trop s’approcher. Précédés de l’amirale Banks et de son équipe, les frères Bronson fermaient la marche, faisant tournoyer leurs lances pour éviter d’être happés par le flot en train de se refermer derrière eux.

Chaque seconde passée dans cet enfer semblait durer une éternité. Pourtant, il fallut moins d’une minute au groupe pour traverser les rangs des zombies et atteindre les précieuses caisses. Mais le plus dur restait à faire. Le retour fut logiquement plus pénible encore que l’aller.

A cours de munition pour la plupart, les hommes de Banks laissèrent tomber la défense pour se consacrer au déplacement des conteneurs. Jack et ses équipiers eurent tout le mal du monde à empêcher les goules de leur sauter sur le dos. Sans leurs combinaisons furtives et la buster-weed imprégnant encore l’atmosphère, ils n’y seraient certainement pas parvenus. Mais ils montrèrent une bravoure admirable, ignorant la douleur, luttant sans arrière-pensée, se démenant pour protéger les porteurs.

Lesquels firent preuve d’une endurance et d’un sang-froid impressionnants, à l’image de leur cheftaine. Celle-ci démontra que la loyauté de ses hommes n’était pas à sens unique, n’hésitant pas à faire bouclier de son corps quand un évolué plus vif que les autres bondit sur un des soldats. Les braves ne s’arrêtèrent pas une seconde malgré le poids des caisses, et restèrent concentrés sur leur tâche jusqu’au bout.

Quand les conteneurs furent enfin à l’eau, Jack constata non sans fierté que personne n’était tombé au combat. A part bien sûr du côté des goules, qui devaient probablement compter plusieurs dizaines de victimes. Elles semblaient pourtant toujours aussi nombreuses. A tel point que les cadavres étaient invisibles sous leur masse dense et grouillante.

 

Cela n’avait plus d’importance cependant, puisque les humains étaient enfin tirés d’affaire. Ou presque. Ils ne seraient vraiment en sécurité qu’une fois à bonne distance de la rive, hors d’atteinte des goules. Mais celles-ci n’allaient certainement pas les laisser barboter tranquillement. Comme l’avait remarqué Jack, les évolués ne semblaient plus aussi réticents qu’auparavant à l’idée de se mouiller. Ils n’hésitaient plus à mettre les pieds dans l’eau, certains allant même jusqu’à s’immerger jusqu’à la poitrine.

Non, ce n’était pas parce que leurs proies s’aventuraient dans un milieu a priori hostile que les zombies allaient abandonner la poursuite. Déplacer les caisses était déjà difficile sur terre ; le faire en nageant s’avérait exténuant. Jamais les soldats ne pourraient s’éloigner des prédateurs assez rapidement.

La seule solution était de continuer à les couvrir le temps qu’ils prennent leurs distances. Aussi Jack, Kenji, les frères Bronson et l’amirale Banks restèrent à batailler sur la rive, assistés depuis les hauteurs par Jonas et sa mitrailleuse. Concentrés sur leur survie, ils n’entendirent pas les cris paniqués des soldats réalisant tout à coup que l’un d’entre eux manquait à l’appel. Ils ne virent pas non plus l’un des hommes disparaître soudainement sous les flots, comme aspiré par un prédateur aquatique. Complètement paniqués, les militaires se dispersèrent quand remontèrent à la surface les corps ensanglantés de leurs deux camarades. Quelle que soit la créature responsable de ce carnage, elle était tout à fait capable de se repérer sous l’eau.

Les soldats n’avaient de toute manière aucune envie de savoir de quoi il s’agissait exactement. Terrorisés par le prédateur invisible mais n’oubliant pas les enjeux de leur mission, certains grimpèrent sur les caisses flottantes, se croyant en sécurité relative sur ces radeaux de fortune. D’autres préférèrent s’éloigner au plus vite, laissant leurs camarades se débrouiller avec le chargement.

La créature mystérieuse ne fit de toute façon pas de nouvelle victime. Ces proies hystériques ne représentaient pas grand intérêt pour un tel prédateur. Mais les guerriers restés à combattre sur la berge… eux étaient intéressants. Car connus par la plupart des zombies du continent, du moins par réputation. Il n’existait qu’un seul groupe capable d’une telle prouesse ; cela faisait un certain temps que les monstres ne « parlaient » plus que de ça.

 

Le langage goule avait beau être rudimentaire, il permettait déjà la communication, la circulation d’informations. Et une certaine information circulait chez les goules depuis plusieurs jours, se déplaçant vite, plus vite encore que l’hélicoptère de Jack. Une information simple, claire, contenue dans un des premiers mots composés de la langue zombie. Mot que le prédateur invisible prononça logiquement en se révélant.

« Aha-tra-raaaaam… »

Seul Kenji parvint à ne pas sursauter en entendant ce son gutural, parfaitement inhumain. Le tueur de goule était trop occupé à pourfendre ses ennemis favoris pour s’intéresser à ce qui se passait derrière lui. Les monstres ne lui laissaient aucun répit, attaquant sans se soucier des dernières fumerolles de buster-weed, esquivant et parant ses lames de moins en moins difficilement. Ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’ils ne l’épuisent. 

Mais à sa grande surprise, les goules semblèrent soudain prises de frayeur et reculèrent précipitamment. Interloqué mais n’ayant pas l’intention d’ignorer une telle opportunité, Kenji fit volte-face, décidé à plonger dans le fleuve. Mais s’arrêta net, souffle coupé. Car à trois mètres de lui, immergée jusqu’aux épaules sans en paraître incommodée le moins du monde, se tenait la goule la plus évoluée qu’il lui ait été donné de voir.

 

 

 

 

J'espère que ce cinquantième chapitre vous aura plu ^^

En cadeau pour l'occasion : un beau dessin (sans rapport avec ce qui se passe dans ce chapitre) du Ghoul-Buster tranchant une goule, réalisé par ce cher Tistoulacasa ! Enjoy ! Et à jeudi pour Fragma !

 

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Publié dans Chapitres

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tistoulacasa 23/08/2011 11:55


Très bon chapitre, pressé de lire ta description de cette super-ghoul ainsi que l'étendue de ses capacités...

Il est sympa ce dessin lol ;)