Chapitre 51 : kilo-goule

Publié le par RoN

Etait-ce un rêve ? Un cauchemar ? Ou peut-être une hallucination provoquée par la perte de sang et la buster-weed massivement inhalée ? Kenji n’aurait su le dire. Il ne pouvait en tout cas pas croire en la réalité de la créature qui se présentait devant lui.

Un démon échappé des enfers les plus noirs que l’on puisse concevoir. Une horreur vivante, véritable insulte à la beauté de l’univers. Un monstre tout droit sorti des ténèbres, capable d’éveiller la peur chez les prédateurs les plus dangereux de la planète. Même les redoutables évolués, qui quelques instants auparavant s’apprêtaient à déchiqueter les humains, avaient préféré se replier à distance respectueuse en apercevant la créature.

Elles se tenaient maintenant à une bonne dizaine de mètres du groupe, haie trépignante interdisant toute fuite par la terre. Et montraient une discipline jamais vue chez ces prédateurs forcenés. En effet, plus un seul ne tenta d’attaquer les combattants restés sur la rive, et ce malgré la terreur évidente qui paralysait leurs jambes et annihilait leur volonté. Tous semblaient avoir complètement oublié l’armée de zombies, leur attention entièrement focalisée sur le nouveau spécimen.

Seul le haut de son corps était visible pour le moment, le monstre n’ayant pas l’air particulièrement impatient de sortir de son bain. Mais il n’avait pas besoin de se montrer entièrement pour impressionner l’assemblée : la simple vision de son visage suffisait à terrifier n’importe qui. Comment croire que ces traits hideux avaient un jour été humains ? La créature n’avait strictement plus rien d’un homme.

A commencer par sa peau, d’une couleur et d’une texture que nos spécialistes en goule n’avaient encore jamais pu observer. L’épiderme du monstre avait depuis longtemps dépassé le gris cendreux caractéristique de la plupart des évolués, jusqu’à devenir parfaitement noir. Et pas le brun plus ou moins prononcé des gens dits « de couleur » ; non, un noir d’ébène, profond et intense, présentant parfois quelques ultimes reflets grisâtres. La créature donnait ainsi l’impression d’être recouverte de cuir ; sa peau devait assurément être plus solide que celle des zombies de base.

Tout comme sa boîte crânienne, épaissie au point de former de véritables plaques osseuses visibles en relief sous le derme de son front. La tête hypertrophiée des évolués normaux était déjà assez résistante pour encaisser des balles de petit calibre ; celle de cette super-goule semblait encore plus renforcée. Il n’allait certainement pas être facile de percer un bouclier développé à ce point.

Mais pour cela, encore fallait-il pouvoir approcher le monstre. Et les humains n’avaient aucune envie de s’y risquer. Les mâchoires proéminentes et équipées de dents légèrement modifiées semblaient tout à fait capables de broyer un membre. Tous frissonnèrent quant la goule les fit s’entrechoquer, ses minces lèvres tordues dans un rictus affreux. La créature percevait leur peur, ça ne faisait aucun doute. Et s’amusait visiblement de les voir ainsi perturbés.

 

Kenji ne faisait pas exception. Bouche bée, pétrifié par sa seule présence, il n’avait d’yeux que pour le monstre. Ce n’était pourtant pas le premier évolué qui croisait sa route. Mais cela ne changeait rien : il se retrouvait comme au premier jour, entièrement désarmé face à une puissance incompréhensible, qui le surpassait complètement. Il n’avait plus aucune force, ses katanas semblaient peser une tonne chacun, ses blessures lui faisaient un mal de chien.

Mais le pire était cette sensation qu’il sentait s’insinuer dans son cœur comme un serpent glacé, paralysant ses sens, le privant de son instinct guerrier. Oui, pour la première fois depuis qu’il avait choisi de devenir le légendaire tueur de goule, Kenji éprouvait la peur. Et pas une simple appréhension ; une terreur irraisonnée, incontrôlable, qui faillit éclater en hurlements hystérique quand la créature se décida à sortir de l’eau pour s’avancer sur le rivage. Le jeune homme manqua s’étaler sur les fesses en reculant précipitamment devant elle. Mais il n’avait pas de honte à avoir. Goules ou humains, tous ici avaient fait de même.

Kenji eut au moins la fierté d’être le premier à se reprendre. Secouant la tête et serrant les dents, il se força à faire un pas vers le monstre. Et cela suffit à le libérer. A lui faire réaliser l’évidence.

Ce n’était pas son pire cauchemar qui se tenait devant lui, le dépassant largement en taille en en force. Non, il avait tout simplement affaire… à l’adversaire dont il avait toujours rêvé. Il se trouvait face à l’ennemi le plus puissant qu’il ait jamais rencontré, un monstre de rapidité, d’instinct et de sauvagerie. Une créature qui lui permettrait de se dépasser, d’acquérir une force qu’il ne pouvait pour l’instant concevoir.

Kenji en tremblait d’excitation. Et certainement plus de peur. Hors de question de laisser une émotion aussi inutile gâcher sa chance de combattre ce nouvel ennemi. Après tout, il ne s’agissait que d’une goule. Le jeune homme en avait vaincu des milliers avant elle.

 

Et à vrai dire, c’était justement parce qu’il en avait tant vues que celle-ci lui faisait un tel effet. Jack devait être plus perturbé encore par l’apparition du monstre, car pouvant réfléchir au problème du point de vue scientifique. En effet, comment expliquer une telle différence entre ce spécimen et les millions de zombies communs squattant la côte ? Le degré d’évolution étonnamment avancé constituait bien la principale caractéristique de la créature. A mesure que l’hélicoptère avait progressé vers l’ouest, les goules avaient pourtant acquis un phénotype très semblable. Qui n’était pas habitué à leurs crânes boursouflés dotés de mâchoires carrées et puissantes, à leurs muscles secs se mouvant sous une peau d’aspect tanné, à leurs os aplatis au point de devenir tranchants comme des lames, à ces griffes noires capables de percer l’acier ? Toutes se ressemblaient, silhouettes insectoïdes finalement aussi anonymes qu’elles l’étaient  à l’age d’or de leur société.

Ce qui paraissait tout à fait logique, l’état d’évolution d’un zombie dépendant du temps écoulé depuis sa contamination, et donc probablement de la quantité d’énergie captée durant cette période. La plupart des goules occupant le littoral y squattaient depuis déjà plusieurs mois, et avaient donc eu tout le temps de se transformer, atteignant un stade où les modifications physiques semblaient s’interrompre, ou en tout cas ralentir.

La créature qui venait de sortir des flots prouvait cependant que l’évolution goule ne connaissait pas de limite. Ou bien il s’agissait d’un cas particulier. Jack l’espérait de tout cœur. Car si chaque goule de la planète atteignait un tel niveau de transformation, les humains pouvaient abandonner la lutte dès maintenant.

 

Comme pour les laisser se faire une idée de sa puissance, la kilo-goule – car Jack était pour l’instant incapable de trouver une autre façon de désigner ce zombie, qui par sa seule présence pouvait en faire reculer un millier – s’étira de tout sa taille sur la rive, sans manifester pour l’instant d’agressivité. Mais les combattants ne s’y trompaient pas ; le monstre respirait le danger. Ses muscles frémissaient d’une énergie à peine contenue, et dans ses yeux plus noirs que la nuit luisait une étincelle terrifiante. Celle de l’intelligence. La kilo-goule savait qu’elle n’avait pas affaire à n’importe qui, et se tenait prête. Elle semblait même… amusée.

Oui, une telle attitude de défiance tenait nécessairement du jeu. Ou peut-être essayait-elle d’intimider les combattants. Il fallait bien avouer que son physique était pour le moins impressionnant.

Alors que les évolués normaux ne dépassaient généralement pas les deux mètres vingt, la kilo-goule devait mesurer plus de trois mètres de haut. Ses membres étaient littéralement démesurés ; à tel point qu’on pouvait légitimement se demander comment ses jambes faisaient pour supporter son poids. L’explication n’était cependant pas difficile à trouver. Tout comme les os de son crâne, son squelette s’était renforcé de façon surprenante, acquérant une densité et une dureté suffisante pour résister à des chocs de plusieurs tonnes. Quant à sa puissance musculaire, on pouvait s’attendre à ce qu’elle soit le reflet de son apparence : faire bouger un corps aussi massif demandait assurément une énergie titanesque. Mieux valait ne pas sous-estimer la puissance du monstre. Sa force dépassait sans doute tout ce que les humains pouvaient imaginer. Et à en juger par son attitude, cette goule était parfaitement sûre d’elle.

Un zombie ne base ne se serait en tout cas jamais laissé admirer ainsi. La créature attendait que les humains se mettent à bouger. Quelle serait leur décision ? La lutte ou la fuite ? Allaient-ils devenir des proies ou des adversaires ? La kilo-goule semblait se réjouir de leur dilemme. Ces guerriers auraient-ils le courage de se dresser contre le prédateur le plus dangereux du continent ?

 

Cela relevait certainement plus de la témérité que de la bravoure. Il aurait fallu être fou pour se lancer dans un duel contre un tel monstre. Mais Kenji avait précisément été recruté pour ce type de défaut. La folie guerrière constituait même sa spécialité.

Seule l’amirale Banks fut donc étonnée de le voir s’avancer à la rencontre de la kilo-goule. Laquelle ne montra pas la moindre surprise. Cela faisait déjà un certain temps qu’elle avait repéré ce combattant aux deux sabres, luttant sans peur et sans merci contre des ennemis infiniment plus nombreux. Il était le seul capable de l’observer sans frémir, de soutenir son regard brûlant. Comme elle, il était un prédateur, un tueur. Un adversaire à sa mesure.

Son rictus inhumain plus large que jamais, la kilo-goule fléchit les jambes pour se mettre à la hauteur de Kenji et le gratifia d’un regard amusé. Auquel le jeune homme répondit par un demi-sourire, immédiatement suivi par l’envolée du Tenchûken.

Le coup avait été porté avec une vitesse telle qu’aucun humain présent ne fut capable de le voir. Un éclair mortel, une bourrasque invisible capable de faire tomber les têtes comme de simples feuilles mortes. Aucun être vivant sur cette planète n’était en mesure de le parer ou de l’esquiver. Mais les morts-vivants étaient-ils vivants ? La question n’avait toujours pas été résolue.

La kilo-goule surpassait en tout cas le zombie de base dans tous les domaines. Plus forte, plus intelligente, plus rapide… beaucoup plus rapide, même, comprit Kenji en réalisant que sa lame était passée à deux centimètres de la gorge de son adversaire, malheureusement sans l’atteindre. Qu’à cela ne tienne ; aussi vive que soit cette saleté, elle ne pourrait pas tout éviter. Bien échauffé, le samouraï était capable d’attaquer près de cinq fois par seconde. La kilo-goule pouvait-elle esquiver aussi vite ? Kenji n’allait pas tarder à le savoir.

Se ruant en avant, il lança une série de coupes croisées plus rapides que des décharges électriques. Ses lames fendaient l’air en sifflant, fusant aléatoirement dans toutes les directions. Impossible d’échapper à une telle tornade. Quand le tueur de goule se donnait à fond, rien ne pouvait passer dans son périmètre.

Mais à son plus grand désarroi, la kilo-goule se sortit de l’assaut sans une égratignure. Kenji aurait pourtant juré qu’au moins deux ou trois de ses coups avaient porté. La créature semblait cependant indemne ; et prenait certainement beaucoup de plaisir à se jouer ainsi de son redoutable adversaire. Elle ne contre-attaquait pas, n’essayait même pas de parer les coups : ses jambes puissantes lui permettaient de se mouvoir assez vite pour échapper à toutes les attaques. Elle allait même jusqu’à se mettre volontairement en danger, laissant des ouvertures dans sa garde, esquivant au millimètre près, tournant ostensiblement le dos aux autres combattants pour les défier d’intervenir.

Les frères Bronson tentèrent d’ailleurs leur chance. Profitant d’une nouvelle série de coups rageurs lancée par Kenji, ils se faufilèrent derrière la goule et l’attaquèrent en parfaite simultanéité. Lloyd visait le ventre, espérant immobiliser le monstre et ainsi offrir à Arvis l’occasion d’atteindre la tête. Mais bien que très adaptées à un adversaire de cette taille, leurs lances s’avérèrent parfaitement inefficaces contre la kilo-goule. Pour la simple et bonne raison qu’elles ne pouvaient pénétrer sa chair. Les pointes d’acier glissaient sur son cuir sans y laisser de marque, butaient contre les plaques osseuses ou fouettaient l’air sans trouver leur cible. Les frères ne renoncèrent pas pour autant. En persévérant, il finiraient bien par réussir à porter un coup efficace.

 

Obligée de repousser trois adversaires en même temps, la kilo-goule semblait finalement rencontrer quelques difficultés pour se défendre. En coordonnant ses assauts avec Lloyd et Arvis, Kenji parvint enfin à la blesser. Ce n’était qu’une simple égratignure, mince trait visqueux sur sa poitrine. Mais cela suffit à rasséréner le tueur de goule, de plus en plus frustré par son impuissance. Cette saleté n’était pas invincible, finalement. S’ils s’y mettaient tous, elle ne ferait sans doute pas long feu. Kenji était légèrement dépité de ne pas être à la hauteur ; mais il préférait tout de même la déception au trépas. Au final, le vrai gagnant était celui qui restait en vie.

La kilo-goule ne l’entendait cependant pas de cette oreille. Dès l’instant où la lame de Kenji mordit sa peau, elle changea radicalement d’attitude. Visiblement, elle se décidait enfin à arrêter de jouer.

Quand les frères Bronson se jetèrent à nouveau à l’attaque, elle ne se contenta pas cette fois de se défendre. Parant la lance d’Arvis de son avant-bras aplati, la kilo-goule contra immédiatement ; ses longues griffes laissèrent quatre traînées sanglantes sur la poitrine du jeune homme avant de lui arracher son arme des mains. Arvis eut tout juste le temps de se jeter sur le côté, manquant de se faire empaler sur sa propre lance.

Il était toujours extrêmement rare de voir des évolués utiliser des outils. Kenji ne se souvenait que trop bien de la fois ou une goule audacieuse lui avait subtilisé son sabre pour s’en servir contre lui. La surprise de voir un zombie manier une arme avait d’ailleurs bien failli lui coûter la vie.

Cette fois-ci, ce fut Lloyd Bronson qui se laissa avoir. Pris au dépourvu, il ne sut comment réagir face à la kilo-goule équipée de la lance de son frère. Et en paya logiquement le prix. Mettant à profit ce nouvel outil, la créature le frappa avec une puissance effroyable. Lloyd para le coup de justesse, mais le choc fut tel que son arme lui échappa à son tour des mains. En une fraction de seconde, la goule l’avait également récupérée.

Ainsi équipée, elle toisa les deux lanciers hébétés quelques instants, comme pour les défier de venir récupérer leurs précieux outils. Ne constatant aucune réaction de leur part, elle grimaça avant de lever ses lances, bien décidée à achever ces deux minables. Mais fut une fois encore interrompue par les sabres de Kenji, qui mordirent ses épaules avant qu’elle ait eu le temps de donner le coup de grâce aux vaincus.

 

Ignorant finalement les frères Bronson, la kilo-goule se retourna vers son adversaire, lèvres retroussées dans une expression de colère presque humaine. Là, elle ne plaisantait plus. Kenji en fit immédiatement les frais, récoltant une tempête de coups de lance qu’il para et esquiva tant bien que mal. Constatant qu’il se faisait toucher de plus en plus souvent, Jack ne tarda pas à lui porter assistance. Mais le tueur de goule lui fit signe de s’éloigner.

« Qu’est-ce que… vous attendez… pour vous tirer ? interrogea-t-il entre deux assauts.

-         On t’attend toi, mec, répondit Jack, utilisant un des derniers pistolets encore chargés pour faire reculer la créature. C’est quand tu veux, d’ailleurs…

-         Cette saloperie ne nous laissera pas nous enfuir… Elle est capable de nager, je te rappelle. Grimpez tous dans l’hélico. Je vais la retenir ici le temps que vous mettiez les voiles. »

Ses camarades n’eurent même pas le temps d’émettre d’objection. La kilo-goule revenait déjà à l’assaut, faisant tournoyer ses lances en bavant abondamment. Impossible d’approcher d’une telle tornade sans se faire déchiqueter. Il était déjà difficile d’aller au contact avec des évolués normaux ; contre une créature aussi redoutable, et équipée de deux longues lances, mieux valait ne même pas essayer.

Incapable de trouver une technique efficace contre un tel adversaire, Kenji en était réduit à se défendre, à reculer devant les assauts de la kilo-goule. Mais réitéra pourtant ses ordres. Tous devaient embarquer sur le champ dans l’hélicoptère.

Désarmés et sérieusement secoués par leur éclatante défaite, les frères Bronson ne se firent pas prier. L’amirale Banks en revanche refusa une nouvelle fois ne se laisser hélitreuiller. Dans leur débâcle, ses hommes avaient en effet laissé une des deux caisses à la dérive. Et malgré cette fâcheuse rencontre avec la kilo-goule, la mission conservait une priorité maximale.

« Je pourrai me débrouiller pour ramener le conteneur, assura Abernathy à Jack. Tire toi tant que tu le peux. Tu n’as pas à…

-         Raconte pas de conneries, la coupa le jeune homme. Tu ne réussiras pas à pousser la caisse toute seule. Et de toute façon, je ne pars pas sans Kenji. On rentrera à la nage ensemble, ou on ne rentrera pas. »

Ce n’était pas parce que le tueur de goule avait envie de se sacrifier pour le groupe que son leader allait le laisser faire. Jack s’était fait la promesse de n’abandonner personne. Et s’il perdait le père du petit Ryo, Faye lui réserverait un sort assurément pire que la mort. Il était donc parfaitement hors de question de laisser Kenji sur place.

D’autant plus que la samouraï n’avait aucune chance de remporter le duel. Et le savait parfaitement. Comprenant que sa vitesse était loin d’égaler celle de la kilo-goule, il n’essayait même plus de porter des coups mortels. Il se contentait maintenant de se défendre et d’observer, espérant que la créature finirait par commettre une erreur. Mais même si tel était le cas, si le monstre laissait à Kenji une occasion d’attaquer efficacement, aurait-il seulement la force de saisir cette chance ? Le tueur de goule sentait qu’il était au bout du rouleau. Ses réflexes s’amoindrissaient peu à peu, ses bras et ses jambes pesaient de plus en plus lourd, sa concentration diminuait de façon dramatique. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne se prenne un coup définitif.

 

Un léger décalage, un temps de retard, et le manche d’une des lances cueillit Kenji à la cheville, lui faisant effectuer un véritable soleil avant de s’étaler la tête dans le sable. A moitié aveuglé, le jeune homme se releva précipitamment, frappant au hasard tout en s’attendant à sentir des lames glacées pénétrer soudain dans son corps. Au lieu de quoi fut-il violement tiré en arrière, alors que dans le ciel la gatling de Jonas se mettre une nouvelle fois à rugir.

Une fois qu’il eut recouvré la vue, Kenji constata que c’était à Jack qu’il devait la vie. Si son leader ne l’avait pas protégé, le tueur de goule aurait littéralement perdu la tête. L’avant-bras coupant de la kilo-goule n’était passé qu’à dix centimètres au-dessus de son crâne. Et la rafale envoyée par Jonas l’avait frôlé d’encore plus près. Mais sans l’assistance du passeur, ni Jack ni Kenji n’auraient eu le temps de s’éloigner.

Obligée de protéger ses points vitaux de la grêle de plomb, la kilo-goule suspendit momentanément ses assauts. Juste assez longtemps pour projeter une de ses lances vers l’hélicoptère, ne le manquant que d’un tout petit mètre. N’ayant aucune envie de voir si le monstre pouvait améliorer cette performance, Béate s’empressa d’éloigner l’appareil. Jack, Kenji et Abbie semblaient de toute façon prêts à partir. L’amirale était déjà à l’eau, suivie de près par un tueur de goule assez démoralisé. Le pauvre avait pris part à ce voyage en espérant croiser des adversaires à sa mesure. Il n’imaginait certainement pas tomber aussi rapidement sur un ennemi dépassant de loin ses capacités.

Ennemi qui n’allait pas les laisser repartir aussi facilement. Dès que Jonas cessa le feu, la kilo-goule revint à la charge, pénétrant sans hésitation dans le fleuve pour poursuivre les humains. De l’eau jusqu’à la taille, Jack fit volte-face dès qu’il l’entendit arriver, prêt à se servir de son sabre. Finalement, il allait bien falloir que quelqu’un reste ici pour retenir ce monstre. Quelqu’un qui ne reviendrait certainement pas. Jack accepta ce rôle sans grande émotion. Si une personne devait se sacrifier, c’était bien le leader.

Pas sans combattre cependant. Le Tsukaï n’était peut-être pas aussi parfait que le Tenchûken, mais restait un sabre extrêmement tranchant. S’il attaquait sans se soucier de la défense, Jack pouvait bien réussir à plonger sa lame dans ce corps hideux. Il s’en contenterait, même en sachant que cela n’arrêterait pas le monstre.

 

Mais à l’instant où son regard croisa celui de la kilo-goule s’éveillèrent en lui des souvenirs terrifiants. Toute sa détermination s’évapora, remplacée par un effroi profond, inconscient et parfaitement incontrôlable. Jack sentit ses forces s’écouler d’un seul coup, le laissant aussi vide qu’un zombie tout juste contaminé. Plongé dans des réminiscences cauchemardesques, il ne voyait plus rien, n’entendait plus rien. Immobile, les épaules voûtées et le menton tremblant, Jack était incapable de se soustraire au regard de la créature.

Laquelle aurait très facilement pu profiter de cette latence pour égorger le jeune homme. Mais étonnamment, elle aussi semblait soudain fort perturbée. Figée sur place, la tête légèrement penchée sur le côté, elle ne lâchait pas Jack des yeux. Sa rage prédatrice semblait avoir complètement disparu. Elle paraissait maintenant curieuse, perplexe, peut-être légèrement déboussolée.

Puis son expression changea, ses yeux se teintant d’une émotion cette fois clairement humaine : la stupeur. C’était comme si cette goule… reconnaissait Jack. Oui, le jeune homme en était certain, pour la simple et bonne raison que lui aussi avait l’impression d’avoir déjà vu ce spécimen. Mais où ? Et comment ?

Qu’est ce que cette goule avait donc de particulier ? Le jeune homme ne tarda pas à le savoir. Car quand elle se remit à avancer vers lui, c’était cette fois sans agressivité aucune. Son éternel rictus n’annonçait rien de bon ; mais elle s’arrêta à trois mètres de Jack sans faire mine de l’attaquer, se contentant de l’observer attentivement.

Et quand enfin elle ouvrit la bouche, ce fut pour prononcer un mot. Un nom. Un nom que Jack n’avait pas entendu depuis une éternité. Un nom qui signifiait tout. Un nom qui lui fit enfin comprendre qui était ce fameux évolué.

« Lyonsssss… » souffla la kilo-goule en souriant de toutes ses dents.

 

 

 

A jeudi pour la suite de Fragma. Et en bonus, un superbe dessin réalisé par Jade ! Grand merci à elle !

 

ghoulbyjade

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tistoulacasa 06/09/2011 10:50


une kilo-ghoul lol à quand la méga, la giga voir la tera-ghoul mdr
chapitre très sympa !


guillaume 30/08/2011 15:25


Salut Ron, manque un mot :
"à l’adversaire dont il avait toujours rêvé. Il se trouvait face à l’ennemi le PLUS puissant qu’il ait jamais rencontré,"

Très bien sinon, je suis toujours aussi impatient de te lire, bon courage.
Guillaume


RoN 30/08/2011 17:49



Merci Guillaume, je corrige.



Bigdool 30/08/2011 00:20


Haha, je savais que c'était lui, j'ai hâte de voir la suite!!