Chapitre 54 : rencontre avec le maire

Publié le par RoN

Difficile de croire que le « Niels » avait un jour fait la fierté militaire de la Mater. Les dommages qu’avait subi sa coque auraient déjà suffi à tirer une larme aux amiraux les plus aguerris ; mais ces dégâts externes n’étaient rien comparés aux transformations qu’avait subi l’intérieur du porte-avion. Le bâtiment naval qui avait été la figure de proue de la flotte n’était plus aujourd’hui qu’un vulgaire immeuble flottant, boîte de conserve inconfortable où cinquante familles étaient contraintes de cohabiter depuis près de deux ans.

Jack connaissait mieux que quiconque la difficulté à gérer une communauté, les problèmes apparaissant inévitablement lorsque l’on rassemble autant de gens. Malgré une bonne volonté collective, il n’avait pas toujours été facile de faire s’entendre les genesiens ; sans parler de leur fournir des conditions de vie décentes. Sachant qu’ici, les rescapés étaient obligés de survivre en milieu strictement clos, le jeune homme ne s’attendait certainement pas à entrer dans un palace. Suivant Abernathy le long d’un escalier étroit aboutissant à une nouvelle porte étanche, il se prépara à assister à des choses éprouvantes. Ce n’était assurément pas ici qu’il verrait de nouveaux exemples de la grandeur humaine...

Il ne s’attendait en tout cas pas au véritable coup de massue qui l’attendait derrière le dernier sas. La première chose qui accueillit Jack – et le principal souvenir qu’il garderait de son séjour sur le Niels – fut une odeur. Une odeur fauve et puissante, presque animale, qui lui tomba dessus comme une chape de plomb et le prit littéralement à la gorge. Incapable de respirer, l’estomac agité de haut-le-cœur irrépressibles, il manqua carrément tourner de l’œil, écrasé par la vision d’un millier de sportifs transpirant ensemble dans une salle minuscule. Car c’était bien le même parfum qui imprégnait l’atmosphère du porte-avion, agrémentée de subtiles petites touches comme le piquant de l’urine, l’âcre des excréments, et toute une variété de senteurs dont Jack ne préférait pas connaître l’origine. Paralysé devant la porte, il n’aurait pas pu pénétrer dans le Niels même s’il l’avait voulu. Un comble, pour quelqu’un qui avait vu des horreurs insupportables au commun des mortels.

 

Kenji, pour sa part, ne semblait pas plus incommodé que ça par la puanteur ambiante. Sa seule réaction à l’odeur fut un léger froncement de sourcil, et un sourire amusé quand il constata que son camarade était au bord du malaise. Le comportement d’Abernathy fut en revanche assez intéressant : la militaire grimaça ; mais pas de dégoût. Malgré ses yeux embués de larmes, Jack avait bien l’impression que c’était la honte qui marquait le visage de l’amirale. Oui, elle ne chercha même pas à le cacher : elle était extrêmement gênée de présenter un bâtiment dans un tel état à un collègue officier.

« Si finalement tu préfères rester à l’extérieur, je ne m’en formaliserai pas, promit-elle. Moi j’y suis habitué, mais c’est clair que ça sent pire qu’une porcherie, là-dedans… A vrai dire, ça y ressemble pas mal…

-         Je me suis déjà enterré dans des endroits plus merdiques… commenta Kenji en étudiant déjà l’intérieur de la coque. Et toi aussi, Jack. Tu ne t’es pas recouvert le corps avec de la visque, une fois ? Une petite odeur de sueur, c’est rien de bien méchant à côté…

-         Ça… ça va aller ! promit le jeune homme en essuyant son front moite de sueur. Vous auriez pas un foulard, ou un truc quelconque à me mettre sur le nez le temps que je m’y fasse ? Je suis vraiment désolé…

-         Non, c’est moi qui le suis… soupira Banks, l’air sincèrement peinée. Si tu veux mon avis, fumer ta buster-weed masquera mieux l’odeur. En gardant un joint à la bouche, ça étouffera le reste.

-         Excellente idée ! Mais ça ne vous gène pas qu’on fume à l’intérieur de la coque ? Je veux dire… j’imagine qu’on va voir des gosses... Les parents ne vont peut-être pas apprécier… »

Abernathy n’eut besoin de répondre à aucune de ses interrogations ; en effet, les premières personnes sur lesquelles ils tombèrent en s’enfonçant dans le navire étaient précisément des enfants. Une bonne quinzaine de gamins, crasseux mais mieux nourris que ce que Jack avait imaginé. Amusé autant que soucieux, le jeune homme s’alluma un pétard sans s’inquiéter de leur présence. Car près de la moitié d’entre eux avaient des cigarettes à la bouche.

 

C’était là l’une des nombreuses bizarreries que Jack ne tarderait pas à découvrir. Sur le Niels, les gosses devaient généralement se débrouiller seuls. Pour la simple et bonne raison que la plupart étaient orphelins, et donc livrés à eux-mêmes.

De nombreux parents s’étaient en effet sacrifiés pour faire monter leur progéniture sur ce qui devait à l’époque constituer leur seule lueur d’espoir. Mais que deviendraient leurs rejetons une fois à bord ? Ça, ils n’avaient pas eu le temps de s’en soucier. Ceux qui avaient déjà des enfants n’avaient aucune envie de se coltiner d’autres bouches à nourrir. Ceux qui avaient survécus seuls étaient des loups solitaires, qui ne se préoccupaient généralement pas beaucoup de la vie d’autrui.

Dans ces conditions, les enfants avaient dû trouver des moyens de survivre, de tirer leur épingle de ce jeu sans pitié. Et y étaient à peu près parvenus. Ils s’étaient unis, s’étaient organisés, étaient devenus une véritable bande. Ils s’étaient rapidement mis à faire du troc avec les adultes. Et étonnamment, les mioches avaient une marchandise de poids à proposer : du tabac. Un tabac blond, sec et au goût parfois très fort, qui avait instantanément connu un succès incroyable.

Abernathy ignorait comment cela avait commencé exactement. Où les gosses avaient-ils trouvé leurs graines ? Il était en effet clair qu’ils faisaient pousser leur tabac eux-mêmes. Mais comment en avaient-ils eu l’idée ? Cultiver du tabac était une idée à la fois excellente et stupide. Dans l’absolu, les gosses auraient mieux fait de produire de la nourriture, puisque c’était principalement ce qu’ils demandaient en échange de leurs services. Mais proposer aux gens un produit différent, qui leur rappelait de vieilles sensations et agissait de plus comme un coupe-faim, leur avait permis d’acquérir un grand pouvoir au sein de la communauté. Les « clopeurs », comme les nomma Abbie, pouvaient obtenir à peu près tout ce qu’ils voulaient sur ce navire. Mais personne ne s’en plaignait vraiment, les gosses se tenant généralement à carreau. Sans doute réalisaient-ils la préciosité de leurs places, et ne cherchaient donc pas à en abuser.

Comment faisaient-ils pour produire une plante d’une telle qualité, alors que la plupart des cultures avaient énormément de mal à survivre ? Sans doute une question de localisation. L’atmosphère extérieure salée était sans pitié pour les végétaux, mais il n’y avait pas assez de place pour cultiver à l’intérieur. Les enfants avaient sans doute trouvé un endroit propice à la croissance de leurs plants de tabac. Beaucoup d’adultes avaient essayé de trouver leur planque, sans succès. Ces mômes étaient intelligents, prudent. Et durs en affaire. Il fallait avoir quelque chose d’intéressant à leur proposer pour espérer obtenir quelques cigarettes. Ce qui constituait justement la raison de leur présence.

 

« Salut, Amirale ! héla celui qui semblait le plus vieux. Content de vous voir en vie !

-         Vous êtes bien les seuls ! plaisanta Abernathy.

-         On allait venir vous ouvrir, nous !

-         Parce que vous savez que j’ai pensé à vous… rit la militaire en sortant de sa veste un énorme paquet de bonbons. Tenez, ce sera meilleur pour vous que vos saloperies de clopes !

-         Merci, amirale ! On garde une bonne partie de la récolte pour vous et vos hommes, comme d’habitude.

-         J’ai aussi autre chose… continua l’amirale. Des graines. Je voudrais que vous les fassiez pousser le plus vite et le plus soigneusement possible. Ça pourrait être d’une importance capitale dans un futur proche.

-         Qu’est-ce que c’est ? interrogea l’adolescent en observant d’un œil soupçonneux le sachet de graines de buster-weed. Ça se fume ? C’est ce machin qu’il y a dans votre cigarette, m’sieur ? Je peux goûter ?

-         Aussi observateur que perspicace, à ce que je vois, commenta Jack en hochant la tête. Fais ce que te dis l’amirale, jeune homme, et je te laisserai essayer.

-         Ce soir ? Promis ? Génial ! Au fait, moi c’est Cancer ! »

Avant que Jack ait eu le temps de s’étonner de ce nom peu commun ou se présenter à son tour, l’adolescent siffla ses camarades, et tous se carapatèrent aussi vite que des souris. Curieux spectacle que de voir cette bande de marmots fumant comme des pompiers se débrouiller aussi bien. Mais ce n’était qu’une des nombreuses étrangetés de la vie sur le Niels.

 

Une autre étant la curieuse façon dont les civils voyaient les militaires. Contrairement aux gosses, la plupart des adultes prirent le soin de se tenir à bonne distance de l’amirale et de ses deux gardes du corps inconnus. Jack s’attendait pourtant à ce que la cheftaine soit accueillie avec les hommages : après tout, elle avait risqué sa vie et celle de ses hommes pour rapporter de quoi nourrir ces gens et leurs familles. Mais non, ceux-ci se contentaient de l’observer de loin sans lui adresser la parole, ne reconnaissant visiblement pas en elle l’héroïne à qui ils devaient leur survie.

Cette froideur générale s’expliquait peut-être aussi par la peur que Jack devinait dans leurs yeux. De toute évidence, l’amirale était crainte autant que respectée. Rares étaient ceux qui osaient soutenir son regard. Sur ce navire, Banks était l’autorité suprême, cela ne faisait aucun doute. Mais que les gens l’évitent à ce point était tout de même surprenant.

L’amirale ne tarda pas à donner quelques explications à ses camarades. Avant de s’entretenir avec le maire Minami, il était important que les nouveaux venus comprennent bien quelle était la situation sur le Niels. Si jamais il devait y avoir une fusillade ou un affrontement quelconque, la moindre des choses était que Jack et Kenji sachent pourquoi ils risquaient leur vie.

« La politique, c’est de la connerie ! déclara cependant Kenji. Indique-moi plutôt directement qui je dois décapiter…

-         Personne, tant que cela ne sera pas nécessaire ! s’exclama Abbie. Je vous en prie, restez calmes, les mecs. Ne sortez pas vos sabres s’il n’y pas de danger imminent. Sinon ça constituera précisément le prétexte pour me destituer…

-         Désolé, je croyais qu’on était là pour te débarrasser de monsieur le maire…

-         Seulement en dernier recours. Avec ma réputation, on m’accusera de coup d’état si je supprime le chef civil… même si c’est moi qui l’ai mis en place à l’origine… »

Une déclaration surprenante, et qui attira la curiosité de Jack. Décidemment, le sort prenait plaisir à lui démontrer que ses préjugés sur les militaires étaient faux. Ou bien cette Abernathy Banks était réellement quelqu’un de très original.

 

Le jeune homme avait rapidement compris le principe de fonctionnement de la « société nielsienne » : afin de diriger la communauté le plus efficacement possible mais également d’éviter toute dérive ou abus de pouvoir, le porte-avion était gouverné par deux chefs, obligés de débattre entre eux et d’établir sans cesse des compromis. Une sorte de dictature partagée, et donc plus juste, où l’on retrouvait le principe fondamental des républiques démocratiques : la séparation des pouvoirs. Banks dirigeait les militaires, mais n’avait que peu d’influence sur les citoyens. Minami était à la tête des rescapés civils, mais se faisait ignorer royalement par la plupart des soldats.

Ainsi, ni le maire ni l’amirale ne pouvaient se laisser tenter par le totalitarisme véritable, leurs décisions toujours temporisées par l’adversaire. Un système certes assez pénible pour les deux dirigeants en constante opposition, mais qui démontrait la grande sagesse de l’amirale. Après tout, elle aurait pu déclarer la loi martiale en toute légitimité, et ainsi s’octroyer un pouvoir total sur ceux qui désiraient squatter son bâtiment. Ce qui lui aurait certainement facilité la vie. Mais non, Banks avait en quelque sorte choisi de s’auto-saborder pour que ses protégés gardent une sensation de liberté, endossant sans regret le rôle du militaire oppresseur tandis que les citoyens élisaient leur maire dans la liesse.

Si Ali Minami était assurément un dirigeant intelligent et soucieux du bien-être de ses semblables, cela ne l’empêchait pas d’être calculateur et ambitieux. Pour lui, les militaires n’étaient pas là pour équilibrer son pouvoir, pour contrebalancer ses décisions. Non, il ne voyait généralement en Abernathy qu’un obstacle au bon fonctionnement de la communauté. Persuadé que tout le monde serait plus heureux sans l’amirale pour décider des questions militaires, il faisait tout son possible pour l’évincer, pour monter les civils contre elle. Un comble d’ingratitude, quand on connaissait les risques que prenaient les soldats. Mais Ali ne se donnait même pas la peine de camoufler ses magouilles. Il critiquait ouvertement le rationnement tout en connaissant parfaitement la nécessité, prenait systématiquement le parti de la majorité même quand les propositions de celle-ci étaient insensées, saisissait la moindre occasion de discréditer l’amirale. A tel point que les militaires passaient maintenant pour de véritables oppresseurs, toujours là pour repousser les gens, les priver, les contraindre.

L’amirale s’évertuait pourtant à prouver aux rescapés que son unique préoccupation était leur survie. Mais ces gens ne voulaient pas seulement survivre. Ils désiraient vivre. Passer d’interminables journées à attendre dans cette boîte de conserve flottante étaient insupportable. Les nielsiens voulaient se reconstruire. Ils voulaient un avenir.

Ali l’avait parfaitement compris, et se servait souvent de cet argument pour accuser l’amirale de ne s’inquiéter que de l’avenir proche. Des attaques qui portaient leurs fruits, même si les propositions du maire n’étaient pas non plus très engageantes. Mais peu importait aux survivants : tant qu’on faisait briller l’espoir devant leurs yeux, ils étaient prêts à suivre.

Abernathy acceptait cette situation avec fatalisme. Que pouvait-elle y faire au juste ? Elle avait déjà bien assez de travail concret pour s’inquiéter de politique. Les militaires n’avaient jamais eu une réputation d’humanistes ; qu’on les considère comme des oppresseurs était peut-être inévitable.

L’amirale craignait juste que les choses ne finissent par dégénérer pour de bon. Les difficultés qu’elle avait eu à faire ouvrir la porte prouvaient que l’animosité des civils venait de franchir une nouvelle étape. Maintenant, les soldats n’étaient même plus les bienvenus sur leur propre navire. Restait à savoir jusqu’où cela allait aller. Jack se doutait que l’avenir de la communauté allait se jouer lors de l’entretien avec le maire. Si Ali et Abernathy n’arrivaient pas à mettre les choses au clair une fois pour toutes, la situation risquait de s’envenimer sérieusement.

 

Le jeune homme espérait seulement que l’amirale savait ce qu’elle faisait. Mais il ne tarda pas à constater que la militaire n’avait absolument rien planifié. Guidée par sa seule colère, elle n’avait semblait-il aucune intention de discuter. Conduisant Jack et Kenji jusqu’au bureau d’Ali, elle en ouvrit la porte d’un bon coup de pied et se précipita à l’intérieur l’arme au poing. Ce qui déclencha logiquement une tempête de cris à l’intérieur. Et c’était elle qui avait ordonné à Jack et Kenji de rester calmes !

Les deux samouraïs la suivirent malgré une forte appréhension, et comprirent que le maire s’attendait à recevoir de la visite. Son cabinet – beaucoup plus luxueux que le reste du Niels – était en effet envahi par une bonne dizaine d’hommes armés, positionnés face à la porte de façon à accueillir chaudement d’éventuels putschistes. Les fusils et pistolets braqués sur elle n’avaient cependant pas empêché l’amirale de foncer droit sur Ali. Un pied posé sur le bureau, elle avait saisit le maire par le col de sa chemise et le regardait droit dans les yeux, son revolver planté sous son menton.

Ce qui ne semblait pas l’impressionner outre-mesure. Ali Minami ne faisait même pas mine de résister, se contentant de rendre son regard à l’amirale sans dire un mot. Laquelle finit par se lasser de ce mutisme. Plutôt que de continuer à secouer cet enfoiré, elle le repoussa sur sa chaise avant de lui tendre son propre pistolet.

« C’est ça que tu veux, connard ?? cracha Abernathy d’un ton glacial, essayant d’obtenir une réaction de son interlocuteur. Tu veux me buter, moi et mes hommes ? Pourquoi tu le fais pas en face, hein ?

-         La violence, c’est votre spécialité à vous, les militaires, rétorqua Ali en croisant les bras.

-         Alors tous ces types, là, ils s’occupent de l’entretien ?

-         Mon service de protection. Je me doutais que tu allais finir par te montrer ici et me coller ton flingue sous le nez. Ça prouve que tu n’arrives pas à contrôler tes émotions. Une raison de plus pour te relever de tes fonctions. 

-         Bien-sûr, essaie donc de me faire mettre en cellule… le défia Abbie.

-         Je n’ai pas le choix ! Malgré mon ordre de quarantaine, tu es quand-même rentrée sur le Niels. De plus, tu m’as clairement fait comprendre que tu me tuerais si tu revenais. De nombreux témoins t’ont entendue me menacer. Et maintenant, tu débarques dans mon bureau les armes à la main ! Comment puis-je y voir autre chose qu’une tentative de coup d’état ? Messieurs, veuillez mettre l’amirale aux arrêts.

-         Messieurs, vous devriez y réfléchir à deux fois » répondit Abernathy.

Et son revolver se braqua à nouveau sur le visage d’Ali. Les gardes du corps en train de s’approcher se figèrent immédiatement, attendant les ordres. Qui de leurs deux chefs allait céder ? Les mâchoires serrées et les tempes palpitantes, Ali et Abernathy s’affrontaient du regard, refusant de plier. Le silence devint vite écrasant, la tension insoutenable. La situation menaçait d’exploser à la moindre étincelle. Trop d’armes dans la pièce, trop de nervosité ambiante.

 

Les secondes s’écoulaient et semblaient interminables. Les fronts devenaient moites, les crosses des fusils de plus en plus glissantes. Les doigts se crispaient sur les détentes, les visages grimaçaient d’appréhension. Qu’un seul coup de feu parte, même par accident, et la tornade furieuse se déclencherait, transformant le bureau en un véritable abattoir.

Se tenant légèrement en retrait, Jack voyait le bain de sang venir à des kilomètres. Et se décida par conséquent à intervenir. Assez de morts, assez de tueries. Il n’était pas venu ici pour combattre d’autres hommes, mais précisément pour en sauver le plus possible. Il était hors de question que l’arrivée de son groupe sur le Niels soit saluée par un massacre stupide. Aussi prit-il son courage à deux mains et s’avança-t-il au milieu de la pièce, bras largement écartés pour signifier ses bonnes intentions.

« Vous ne préféreriez pas poser vos flingues deux secondes et discuter calmement autour d’un bon gros joint ? proposa-t-il en souriant.

-         Ce sera avec plaisir, lui répondit Abbie sans quitter Ali des yeux. Mais avant, on a un petit problème à régler…

-         Et ce n’est pas comme ça que vous allez y arriver. Soyez raisonnables. Vues comment les choses sont parties, je vois deux issues possibles : ou tout le monde se calme, ou tout le monde crève.

-         Mais notre chère amirale sera la première à y passer, précisa Ali.

-         Et vous le second. Quant à vos hommes, ils ne survivront sans doute pas longtemps non plus. Vous ne nous connaissez pas, mais mon pote Kenji et moi, on sait se servir de nos katanas… »

Jack laissa l’assemblée réfléchir à ses paroles quelques instants. Il n’avait fait là que leur rappeler des évidences. Tous savaient que s’entretuer n’était pas une solution. Mais son ton léger avait au moins permis de faire diminuer la tension. Les hommes du maire semblaient moins nerveux, et bon nombre d’entre eux avaient baissé leurs armes. L’air sombre et déterminé de Kenji n’y était certainement pas pour rien. Les civils ignoraient qui était cet étrange guerrier, mais sentaient en tout cas l’odeur du tueur en lui. En cette époque chaotique, les gens savaient au moins reconnaître les prédateurs. Si le monsieur disait de rester tranquille, mieux valait lui obéir.

Seuls Abbie et Ali s’opposaient encore. Ni l’un ni l’autre ne semblait décidé à oublier les événements de la journée. Chacun était persuadé de se faire poignarder dans l’heure s’il laissait l’autre vivre. Une situation assez inextricable. Mais Jack prit encore une fois les choses en main, leur expliquant qu’aucune issue ne pourrait être trouvée tant qu’ils refusaient de se faire confiance.

« Si l’amirale avait vraiment voulu vous éliminer, elle serait venue ici avec toute sa troupe, fit-il remarquer au maire. Et toi, Abbie, tu ne crois pas qu’Ali avait largement les moyens de te faire tuer avant qu’on arrive jusqu’ici ?

-         Soit, admit la militaire en rangeant finalement son pistolet. Mais franchement, cette situation ne peut plus durer.

-         Pour une fois, je suis entièrement d’accord, déclara Ali. Il va falloir qu’on prenne d’importantes décisions concernant la communauté. La vie ici n’est plus possible…

-         Ça, c’est toi qui le dis… Tu n’as pas les compétences… »

Jack leva les bras pour leur signifier d’arrêter sur le champ. Décidemment, ces deux-là étaient incapables de s’entretenir sans élever la voix. Peut-être qu’une tierce personne pourrait réussir à arbitrer tout ça. Le jeune homme se ferait un plaisir d’aider ces gens à gérer leur communauté. Mais avant de commencer à lui expliquer leurs problèmes, les deux chefs avaient beaucoup de questions à lui poser.

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

tistoulacasa 28/09/2011 16:55


pff trop feignant pour mettre un commentaire intéligent, ces mots feront l'affaire :D


Marianne 26/09/2011 20:41


Super réaliste ta description de ce nouvel univers confiné ( on sent presque l'odeur!), j'ai hâte de découvrir le reste de la communauté, en particulier les jeunes clopeurs... Depuis que Jack et
ses compagnons se sont sortis des griffes des cannibales, on ne s'ennuie pas une seconde, même dans ces chapitres dont les zombies sont absents, vivement la suite...


RoN 26/09/2011 21:47



Je n'ai pourtant pas décrit grand-chose, viens-je de réaliser en me relisant ! Mais à bien y réfléchir, je ne me suis de toute façon jamais lancé dans de grandes descriptions de lieux... On
connaitra plus de détails sur le Niels et ses occupants durant les prochains chapitres. Mais nos héros ne vont pas non plus trop s'y éterniser...