Chapitre 6 : shopping post-apocalyptique

Publié le par RoN

« Tu retournes au barrage cet aprem’ ? interrogea Béate, tirant avec satisfaction sur son joint post-entraînement.

-         Non, les gars devraient réussir à se débrouiller sans moi. J’ai des trucs à préparer pour la fête de ce soir…

-         Besoin d’aide ? J’ai déjà suffisamment bossé dans les champs pour aujourd’hui.

-         Avec plaisir. Mais sache que je ne répondrai à aucune de tes questions concernant la fameuse surprise. »

Une moue désappointée vint s’afficher sur le visage de la jeune fille, mais elle ne chercha pas à cuisiner son frère plus que cela. Elle lui tendit la fin de son pétard, que Jack hésita à accepter. Mais puisque sa sœur lui offrait son assistance dans les préparatifs de la soirée, il pouvait bien s’autoriser un peu de détente précoce. Et les premières taffes de la journée étaient tellement délicieuses. Il n’en fallut pas plus pour le faire céder à la tentation.

« Hey maître Jack ! le héla Anne alors qu’il s’éloignait avec Béate.

-         L’entraînement est terminé, ma chérie. Tu peux laisser tomber le « maître », tu le sais bien.

-         Voui. T’oublie pas mes Chococrak, hein ?

-         Je n’ai que ça en tête, t’inquiète pas. »

En vérité, cela lui était complètement sorti de l’esprit. Ces maudites céréales étaient pourtant à l’origine de la discorde du matin. Jack espérait qu’il pourrait en trouver un paquet dans le stock, où il devait de toute façon passer avant de se rendre dans le centre ville. Lui et Béate se dirigèrent donc vers l’entrepôt où étaient gardée la majeure partie de leurs provisions.

La plupart des denrées utiles avaient été rassemblées lors de l’exploration de la ville, les premières semaines ayant suivi l’installation de genesiens : nourriture non-périssable, médicaments, munitions, outils et marchandises diverses. Une longue liste des ressources avait été établie pour gérer au mieux ces stocks très éclectiques. Jack la consulta afin de s’épargner des recherches fastidieuses, et qui se seraient de toute manière révélées infructueuses : plus de Chococrak, ni d’ailleurs aucune céréale dont les enfants auraient pu raffoler. Il réussit cependant à mettre la main sur une paire de talkie-walkie et quelques piles, qui s’avéreraient utiles dans la soirée.

Puis lui et Béate empruntèrent l’un des quelques pick-up garés près de l’entrepôt afin de se rendre en ville. Un luxe que ne s’autorisaient généralement pas les genesiens, ceux-ci préférant des moyens de locomotion se passant de carburant. Mais Jack allait devoir se coltiner plusieurs kilos de matériel, et n’avait aucune envie de les transporter à vélo. Ses concitoyens lui pardonneraient sans aucun doute quand ils verraient la surprise que le leader leur réservait.

Faire vrombir le moteur puissant était un plaisir en soi. Jack en profita au maximum, fonçant comme un forcené dans les rues du centre-ville, slalomant entre les débris qui n’avaient pas encore été déblayés, faisant crisser les pneus lors des virages serrés. La pauvre Béate, qui n’avait pas éprouvé pareille sensation de vitesse depuis des lustres, finit par planter ses ongles dans la cuisse de son frère, histoire de l’obliger à lever le pied. Ils étaient de toute façon arrivés à destination : le centre commercial de Genesia – ou plutôt de Talante, à en croire les mots en lettres d’or qui ornaient l’entrée. Jack huma l’air en y pénétrant, une odeur familière lui chatouillant les narines.

« Ca sent la buster-weed, non ? interrogea-t-il.

-         Dans tes rêves, infirma Béate. A moins que ce soit ta propre odeur… »

Jack haussa les épaules. Dans le centre commercial, la plupart des vitrines étaient fracturées, les boutiques ayant été pillées lors du chaos qui s’était emparé de la ville ou quand les genesiens s’y étaient installés. Mais le magasin qui intéressait notre duo était intact. Et pour cause : il s’agissait d’une boutique multimédia, remplie de matériel électronique parfaitement inutile pour se défendre contre des hordes de zombies.

Jack s’empressa d’exploser la vitrine et de s’introduire dans le magasin. Béate allait le suivre quand elle crut entendre un bruit à l’étage. Elle patienta quelques secondes, mais le silence s’était de nouveau emparé de la galerie. Qu’y avait-il à craindre, de toute façon ? Il était très improbable qu’une goule soit restée cloîtrée ici tout ce temps. Quand bien même cela eut été le cas, le prédateur n’aurait pas attendu une seconde pour leur foncer dessus. Aussi la jeune fille suivit-elle son frère à l’intérieur.

Celui-ci avait déjà trouvé ce dont il avait besoin, à savoir un jeu de quatre gigantesque baffles associées à une chaîne hi-fi d’une grande qualité. Le prix de l’ensemble s’affichait à près de cinq mille yurons, ce qui était parfaitement égal à Jack. En réalité, il avait même oublié ce que cela représentait. Cela faisait près de deux ans que la notion d’argent était devenue complètement obsolète. S’il ne fallait garder qu’une seule raison de se réjouir de l’effroyable épidémie qui avait ravagé le continent, c’était bien celle-ci.

Jack et Béate transportèrent le matériel dans leur véhicule, puis s’introduisirent dans un magasin de disques d’occasion, dans lequel ils récoltèrent deux bonnes centaines de CD divers (avec tout de même une certaine préférence pour le heavy metal : une bande de survivants comme la leur ne pouvait tout de même pas se contenter de pop-rock pour adolescents boutonneux …).

« Tout ça c’est bien beau, commenta Béate alors qu’ils effectuaient un dernier tour, les bras chargés de stroboscopes et spots lumineux. Mais il va falloir combien de personnes pour faire fonctionner ce matos ? Je suis pas sûre que les gens viennent nombreux à la fête, s’ils doivent pédaler toute la soirée pour avoir un peu de son et de lumière…

-         J’ai dit : pas de question, rétorqua Jack. Rassure-toi : ce soir, personne n’aura à… »

Mais il fut interrompu par le tintement d’une clochette, le genre de son qu’on ne se serait pas étonné d’entendre à l’époque où la galerie marchande était encore visitée par des milliers de clients chaque semaine.

« Je savais bien qu’il y avait quelqu’un ici… dit Béate en levant les yeux, essayant d’apercevoir ce qui se passait à l’étage. Hey ! Qui est là ? Venez donc nous aider, au lieu de vous planquer ! »

Pas la moindre réponse. Mais des pas précipités, bientôt suivis par le bruit d’une fenêtre brisée. Plus intrigués qu’inquiets, Jack et Béate gravirent les marches à toute vitesse. Dans l’air flottait une légère odeur de buster-weed, mais pas la moindre trace d’un squatteur quelconque. Ils jetèrent un œil par la baie vitrée tout juste fracturée, pour voir deux silhouettes disparaître à l’angle d’une rue. Jack n’eut pas le temps de voir leur visage, mais il n’en eut de toute façon pas besoin : il connaissait suffisamment bien les enfants qui logeaient sous son toit pour les reconnaître de loin.

« C’était Roland, annonça-t-il à sa sœur. Et Pierre Moncle, j’imagine.

-         Qu’est-ce qu’ils foutaient ici ? »

Ils ne tardèrent pas à avoir la réponse. Car le second magasin que Jack souhaitait visiter était précisément celui dans lequel les gosses avaient passé la journée. Et pas uniquement celle-ci, à en juger par l’état de la librairie : le sol de la boutique était littéralement jonché de détritus divers, de mégots et de mangas. Sans parler de l’odeur puissante de buster-weed qui imprégnait l’air, et du paquet de drogue d’un bon kilo négligemment ouvert sur le comptoir. Ainsi donc, voilà quel était le loisir favori de Pierre et Roland : lire des bandes-dessinées en fumant des joints et en grignotant des sucreries (périmées pour la plupart). Jack en aurait presque ri, si seulement il ne se faisait pas déjà du souci pour son jeune disciple.

Il se contenta donc de sourire en étudiant les mangas auxquels les gosses s’étaient intéressés. Des classiques, qu’il avait pour la plupart lus des années auparavant. Se rappelant sa propre jeunesse, Jack éprouva un élan de compassion envers les deux enfants. Comment les blâmer alors qu’ils ne cherchaient qu’à se changer les idées, à échapper à une réalité trop sombre, trop froide, trop dure ? Si se plonger dans des univers en noir et blanc leur permettait d’oublier les horreurs qu’ils avaient traversées, Jack ne pouvait que s’en réjouir.

Non, ce qui posait bien évidemment problème, c’était la drogue. Comment Pierre et Roland avaient-ils pu réussir à chaparder autant de buster-weed ? Cela ne faisait que confirmer des soupçons que Jack avait déjà. Son disciple fumait trop, beaucoup trop pour un jeune à peine pubère.

Si, du temps où les genesiens erraient encore sur les routes, la consommation de buster-weed pouvait s’avérer d’une importance vitale, ils étaient maintenant en situation de paix relative. Ils n’avaient pas vu la moindre goule depuis des mois ; fumer quotidiennement n’était par conséquent plus nécessaire.

Cela était égal à beaucoup de genesiens, qui utilisaient la marijuana à des fins principalement récréatives. Jack n’avait pas son mot à dire : chacun était libre de vivre comme il l’entendait, à condition bien entendu que la communauté conserve assez de buster-weed pour se protéger. Tous étaient suffisamment responsables pour ne pas sombrer dans la dépendance, pour ne pas laisser la drogue devenir leur seule source de plaisir.

Mais Roland n’était pas encore un adulte. Comment être certain qu’il n’abusait pas ? Il était de la responsabilité de Jack de s’en assurer, d’autant plus que c’était lui qui avait au départ initié ses disciples à la drogue. Décidemment, la discussion qu’il planifiait risquait d’être longue et fastidieuse. A condition bien sûr de réussir à choper le jeune Roland.

Jack empocha la buster-weed, puis fit rapidement le tour de la librairie, se promettant d’y repasser le lendemain pour récolter tous les ouvrages potentiellement utiles. Pas de raison que seuls Pierre et Roland bénéficient du divertissement offert par les bandes dessinées et les romans divers. Les autres gosses ne seraient que trop heureux de découvrir des histoires inédites, et dont les héros n’étaient pas des tueurs de goules sans pitié.

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Tistoulacasa 17/01/2011 21:40


Perso, je trouve que ces gosses ont tout compris à la vie lol


Marianne 12/01/2011 17:27


Shopping, un titre fort à propos pour un chapitre posté le premier jour des soldes!
Décidément Jack murit à toute vitesse: le voici confronté aux angoisses parentales devant un ado qui lui échappe...Bientôt il va avoir des cheveux blancs à ce rythme-là... à moins qu'une goule ne
le scalpe avant. ( mais pas avant le tome 4, au moins!)
Quelques erreurs à signaler:
- impérissable se dit plutôt pour un souvenir ou une œuvre, pour la nourriture, c'est non-périssable
- sache (sans s)
- en lettres d'or ( avec un S à lettres)
- combien de personnes ( avec un S à personnes)
- qu'il avait lus des années auparavant ( avec un S à lus: cod placé avant)
C'est tout pour aujourd'hui!