Chapitre 9 : la fête de l'électricité (1/2)

Publié le par RoN

Les premières rues qui s’éclairèrent furent logiquement les plus proches de la centrale électrique. Puis la lumière progressa de quartier en quartier, les lampadaires, néons et enseignes de chaque avenue s’allumant comme par magie. En quelques secondes, la vague lumineuse atteignit le lotissement dans lequel s’étaient établis les genesiens, éblouissant la foule massée autour du gymnase, noyant l’éclat du feu dans celui des lampes à incandescence.

Pas une exclamation, pas un cri de stupeur devant ce spectacle magnifique. Tous étaient trop estomaqués, trop émus. Jack lui-même en restait bouche bée.

Une ville éclairée. Des lampes, partout, repoussant les ténèbres qui terrifiaient les survivants nuit après nuit. Vision surnaturelle, que tous croyaient appartenir au passé. Le travail acharné de M. Claireau et son équipe venait de leur prouver le contraire.

Il fallut attendre que les premières notes de musique rock soient émises par la chaîne hi-fi pour que les genesiens redescendent sur terre. Un CD était probablement resté coincé dans le lecteur lors de l’abandon de la boutique multimédia, des mois auparavant. Quelle que soit l’explication, tous eurent un sursaut aussi monumental que simultané quand le hurlement saturé d’une guitare électrique vint heurter leurs tympans.

Et enfin, enfin les gorges et les langues se délièrent, laissant exploser la joie et la stupéfaction en de véritables cris hystériques. Jamais la communauté n’avait éprouvé une telle émotion, en tout cas pas depuis leur arrivée dans cette ville. Et ce soir, la ville elle-même semblait vivante. Electrique.

« Qu’est-ce que ça donne ? » interrogea M. Claireau, sa voix inquiète à peine audible derrière le vacarme des genesiens en folie.

Pour toute réponse, Jack lui fit entendre les ovations et rugissements de joie de ses camarades. Tous s’étreignaient, dansaient ou applaudissaient avec un bonheur semblable à ceux des premiers hommes découvrant le feu et son pouvoir.

« C’est magnifique, commenta Jack, écrasant une larme au coin de son œil. Faut que vous voyiez ça, M. Claireau…

-         La vue n’est pas aussi bonne d’ici que du sommet de la ville, mais j’ai une bonne idée de ce que ça doit donner… répondit le vieil homme, ses mots chargés d’émotion. Je vais rester au barrage cette nuit, histoire de m’assurer que tout fonctionne bien, mais je vous envoie le reste de l’équipe.

-         On passera vous payer un joint et une bonne bière tout à l’heure, promit le jeune homme. En attendant, les genesiens ont quelque chose à vous dire… »

Dressé au sommet de son pick-up, il brandit le talkie-walkie au-dessus de la foule, qui rugit un gigantesque « MERCI ! ». Un sourire radieux au visage, Jack descendit de son perchoir, pour être accueilli par une Aya survoltée. La jeune femme lui sauta au cou avant de lui offrir un baiser humide et fougueux. Et elle n’était pas la seule dans cet état. Euphoriques, les genesiens échangeaient embrassades et accolades sans même s’inquiéter de savoir qui exactement ils prenaient dans leurs bras. Décidemment, cette soirée promettait d’être animée.

 

« Où est Gina ? interrogea un Jack essoufflé par une danse endiablée au bras d’Aya.

-         Elle est allée déposer Alice à la garderie, l’informa sa femme. Tu sais comment est la petite en ce moment, pas étonnant que ça prenne du temps.

-         Qui s’occupe des gosses, ce soir ?

-         Strychnine et Carolane, je crois. Elles sauront se débrouiller… »

Jack n’en était pas aussi sûr qu’Aya. Plus d’une trentaine de nouveaux-nés avaient vu le jour durant l’année écoulée. Lors d’événements regroupant la plupart des genesiens, il était par conséquent nécessaire de désigner des personnes chargées de surveiller et de s’occuper de tous ces bébés. Si cela ne posait aucun problème durant la journée, les volontaires étant nombreux, il s’avérait beaucoup plus difficile d’en trouver lorsque les activités alternatives consistaient en de telles réjouissances. Les pauvres Strychnine et Carolane auraient fort à faire pour prendre soin des enfants, pendant que leurs camarades s’enivraient comme si le lendemain ne devait jamais arriver.

Ce que confirma Gina lorsqu’elle rejoignit le couple. Elle avait eu beaucoup de mal à coucher Alice, et avait été contrainte de la bercer jusqu’à ce qu’elle tombe dans les bras de Morphée, tout en sachant que son sommeil serait sans doute de courte durée. Bruit, faim ou cauchemars, il était rare que Strychnine et Carolane bénéficient de plus de cinq minutes sans être appelées par les pleurs d’un bébé.

Quoi qu’il en soit, Gina était bien décidée à ne pas se faire de souci pour sa fille ce soir. La magie de l’électricité l’émerveillait suffisamment pour lui donner envie de se détendre sans penser à ses responsabilités. Elle s’empressa donc de trinquer avec Aya et Jack, qui dû l’honorer elle aussi avec une danse. L’institutrice semblait partie pour se trémousser au son de la musique toute la nuit, mais cela n’était pas vraiment au goût de son mari, qui préférait de loin des activités plus posées.

Il entreprit donc de réaliser un joint d’une taille monumentale, qu’il termina juste à temps pour l’arrivée des frères Bronson et des autres « électriciens ». L’équipe du barrage fut saluée comme il se devait, les remerciements et félicitations des genesiens venant s’ajouter à la satisfaction de voir leur ville plus brillante qu’un ciel étoilé.

« C’que c’est bon, la vache… commenta Lloyd après avoir tiré quelques lattes du joint géant. Un gros petzilla après une journée de travail, je ne vois rien de meilleur…

-         Moi je vois quelque chose, intervint Arvis en jetant un regard malicieux à Béate, assise non loin de là. Une journée de travail, un petzilla… et une petite pipe. »

Déjà sévèrement défoncés, Jack et Lloyd ne purent que s’esclaffer en approuvant. Leur fou rire redoubla d’intensité lorsqu’Arvis, bien décidé à optimiser les réjouissances, alla faire part de sa remarque à sa petite-amie. L’air choqué qui s’afficha sur le visage de Béate et la petite gifle qu’elle balança au jeune homme semblaient assez naturels. Mais le cadet Bronson n’eut pas beaucoup d’efforts à faire pour convaincre la jeune femme qu’un peu de sexe améliorerait réellement cette soirée déjà fantastique. Les deux amoureux finirent donc par s’éclipser main dans la main pour partager des moments plus intimes.

Ils n’étaient pas les seuls, loin de là. Drogue et alcool lubrifiant des rapports humains déjà très souples, nombreux étaient les genesiens à se laisser aller aux joies de l’érotisme et des jeux sexy. Ici, un couple en train de s’embrasser langoureusement. Là, trois personnes allongées dans l’herbe, échangeant caresses et gloussements excités. A l’intérieur du gymnase, plusieurs groupes concentrés sur des parties de strip-poker déjà bien avancées. A l’extérieur, une dizaine de femmes courtement vêtues, en train de danser frénétiquement sans s’inquiéter de la boue dans laquelle elles pataugeaient.

Jack savoura ce spectacle durant plusieurs minutes, espérant seulement que les enfants avaient été envoyés au lit. Les pauvres étaient déjà éduqués dans l’immoralité la plus complète, mieux valait sans doute qu’ils n’assistent pas à de telles scènes de débauche. Gina avait beau avoir abordé plusieurs fois le sujet du sexe avec ses élèves, ceux-ci étaient encore trop jeunes pour ne pas être choqués par les orgies genesiennes.

Par acquis de conscience, Jack fit le tour du gymnase, ne repérant heureusement aucun gosse. Il finit néanmoins par tomber sur Kenji, occupé à se goinfrer des nombreuses victuailles cuisinées à la buster-weed.

« Comment ça va, le tueur ? interrogea-t-il. Je ne savais même pas que tu étais de retour. C’était bien, ton trip dans les montagnes ?

-         Chénial, commenta le jeune homme, la bouche pleine. T’imagine pas la vue qu’on a, de là-haut. Faye a voulu rentrer cet après-midi, mais si j’avais su que vous rallumeriez la ville, je serai resté une nuit de plus, rien que pour voir ça de loin.

-         Mais tu aurais manqué la fiesta… »

Le tueur de goule admit que cela aurait été regrettable. Féru d’excursions dans les montagnes, il avait déjà été absent lors de la mémorable fête du nouvel an. Soit, cela était pour la bonne cause, puisqu’il assurait le rôle de guetteur, s’assurant jour après jour que leur ville n’était pas découverte par les goules. Mais de temps en temps, il fallait bien qu’il se détende et profite de la vie, lui-aussi.

C’était bien son intention ce soir-là. Aussi, quand Jack l’informa qu’il comptait faire un petit tour dans la Fosse, Kenji le suivit avec gratitude. Les deux hommes se rendirent à l’arrière du gymnase, où un œil non-averti n’aurait vu qu’une grande bâche fixée au sol. Mais il ne fallait pas s’y tromper.

La Fosse était probablement le moyen le plus extrême de se défoncer le crâne et les bronches à la buster-weed. Mise au point après mûre réflexion par les genesiens les plus férus de marijuana, elle avait été testée et inaugurée lors des précédentes soirées, avec un succès croissant. Une pratique à mi-chemin entre l’aquarium – ou devrait-on dire « fumarium » - et les rituels de transe pratiqués sous les tipis par les shamans et autres sorciers. Les braves qui s’y étant essayés se divisaient dorénavant en deux catégories : ceux qui détestaient, et ceux qui ne pouvaient plus s’en passer. Jack, pour sa part, faisait plutôt partie de la seconde. Et il était impatient de voir dans quel état Kenji, encore novice, allait en sortir.

 

 

 

 

Le prochain chapitre sera relativement long, soyez prévenu ! Aussi préparez le collyre, vous allez saigner des yeux ^^ A samedi !

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Tistoulacasa 25/01/2011 13:12


Kenji !
Je me démandais où il était passé celui-là :)


Guigui 22/01/2011 23:32


Salut RoN,
Je viens de voir une petite faute, p.3 l.3 : venaient => venait.
… et une petite pipe. » C'que c'est bien le dialogues, on peut écrire ce qu'on veut^^.

Cool, ce chapitre, content du retour de Kenji, quelque tournures de phrases bien senties en plus.
Merci


Marianne 19/01/2011 18:15


9 chapitres sans un seul mort, c'est du jamais vu! Parions que cela ne va pas durer, la lumière va sûrement attirer les zombies comme des moustiques...