Interlude : le retour du Ghoul-Buster

Publié le par RoN

Un océan de goules. Une mer infinie de prédateurs.

Quelle que soit la direction dans laquelle les survivants portent leur regard, ils ne voient que des zombies partout autour d’eux. Les monstres trépignent sur place, bavant littéralement d’envie en ne lâchant pas des yeux la poignée d’humains. Certains tentent parfois de traverser la douve, unique obstacle empêchant l’armée de déferler dans le camp. Les plus évolués parviennent généralement à franchir la tranchée d’un seul bond ; les zombies moins adroits tentent pour leur part de passer sous l’eau, ignorant que la douve a été remplie de pièges qu’ils ne pourront éviter sans les voir.

Quoi qu’il en soit, tous ceux qui parviennent à passer sont systématiquement abattus par les quelques braves montant la garde en première ligne. Aujourd’hui, ils ont tenu le coup, repoussant sans faillir les assauts des créatures. Mais tous savent que ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne commettent une erreur et se fassent déborder. Ce n’est pas un hasard si leur nombre n’a fait que décroître ces derniers mois : les éternelles attaques ont réduit la population de moitié depuis l’installation. Chacun y passera tôt ou tard ; il suffit juste d’attendre son tour.

 

Posté en haut de l’immeuble, un père de famille observe sans grand espoir l’armée de zombies s’étendre jusqu’à l’horizon. Comment évaluer leur nombre ? Il y en a sans doute des millions. Des dizaines de millions peut-être. Ce camp a été construit autour d’une tour d’acier ayant un jour appartenu à la première multinationale militaire de la planète : par conséquent, les armes n’y manquent pas. Mais les rescapés ne sont qu’une centaine ! Ils n’ont même pas assez de mains pour chaque fusil ! Comment espérer quoi que ce soit face à ces prédateurs innombrables ?

Et s’il n’y avait que les goules… Non, les zombies humains ne sont même pas le principal problème des survivants. Bien qu’assiégés depuis des semaines, ils ont réussi à s’organiser, protégeant leur enceinte, mettant en place des tours de garde, transformant certains étages de l’immeuble en parcelles cultivées, s’apprenant mutuellement à mieux survivre dans les terres infectées. Pour la plupart des gens, les goules font presque partie du décor. Bien malgré eux, ils se sont habitués à vivre entourés de danger.

Mais ce qui met vraiment en péril leur existence déjà précaire, ce sont les chimères. Et plus particulièrement les oiseaux. Car ceux-là ne sont bien évidemment pas arrêtés par la douve inondée. Et chaque jour, ils font au moins un raid. Souvent en fin de journée, quand le soleil couchant dissimule leur approche. Exactement comme maintenant.

 

Les yeux vissés dans une paire de jumelles, le père surveille l’horizon, la tension au ventre. Et encore une fois, ça ne manque pas. Là, un nuage d’aspect étrange. Trop gris pour ce temps clair, trop rapide étant donnée l’absence quasi-totale de vent. Les chimères arrivent.

L’homme ne perd pas une seconde : il active l’alarme de la base puis fonce se mettre à l’abri dans l’immeuble, prenant bien le soin de barricader les portes derrière lui. Dans la pièce la plus protégée, et donc la plus sombre de la tour, il retrouve sa femme et ses deux enfants ; il se recroqueville avec eux, jugeant plus utile de les rassurer que de prier pour leur survie.

Il constate avec un certain chagrin que ses gosses semblent beaucoup moins nerveux que lui : les pauvres doivent commencer à s’habituer à ce manège. Eux au moins se croient à peu près en sécurité ; le père, pour sa part, sait que chaque attaque des chimères volantes peut signifier leur fin à tous. Les habitants de la tour s’évertuent constamment à en renforcer les défenses, mais à chaque raid, les dégâts sont trop nombreux pour pouvoir tout réparer. L’immeuble se délabre inexorablement, et un jour où l’autre, ces saletés de piafs zombies réussiront à trouver une faille.

Le père sait que si jamais cela se produit, il sera inutile de lutter. Le mieux sera alors de faire partir sa famille sans douleur. Mais tant qu’il n’est pas obligé d’en arriver là, l’homme refuse de perdre espoir. Après tout, lui et ses proches se sont déjà retrouvés dans une situation similaire, deux ans auparavant. Bloqués avec sa femme et ses enfants sur une île minuscule cernée par les zombies, il avait bien failli en venir à de telles extrémités. Mais tous avaient finalement été sauvés. Secourus par un homme – non, un surhomme – héroïque – non, super-héroïque – et parfaitement désintéressé – du moins tant que vous étiez un homme ou un enfant.

Oui, le père sait qu’il existe sur cette planète zombifiée un guerrier capable de les sortir d’une telle situation. Tant que le Ghoul-Buster se battra, lui aussi continuera de lutter.

 

« Tu crois que le Ghoul-Buster va venir, aujourd’hui ? interroge la fille.

-         Je l’espère, ma petite chérie, répond le père.

-         Moi, je crois qu’il est mort, déclare tout à coup le fils. Sinon, il serait venu nous aider depuis longtemps. Après tout, c’est lui qui nous a amené ici, non ?

-         On dit qu’il est dans l’ouest, tente d’expliquer la mère. Qu’il nettoie les îles pour que les survivants puissent s’y installer.

-         Ou bien il s’est trouvé une île pour lui tout seul…

-         Ne dis pas de telles sottises. Le Ghoul-Bustern’abandonne personne. Il viendra. »

La question est surtout de savoir s’il sera là à temps…

Grincements, vibrations de l’acier. Cris, pas précipités. L’attaque du jour semble sérieuse. Sacrément sérieuse, même, comme le prouve l’arrivée dans la pièce d’une demi-douzaine de combattants bien amochés. Les survivants ont à peine le temps de renforcer la porte : les oiseaux sont déjà là, en train d’attaquer le métal de leurs becs durs comme le diamant.

De l’intérieur de la pièce, le vacarme est épouvantable. Plongés dans la pénombre, les rescapés sont terrorisés. Entre les hurlements paniqués, les percussions des becs sur l’acier, le froissement du métal déchiré et les piaillements des chimères, de l’autre côté de la porte, tous ont déjà l’impression d’avoir un pied en enfer.

 

Le père vérifie son arme. Sachant très bien ce qu’il a en tête, la mère lui lance un regard suppliant. Mais son mari ne peut plus se permettre d’attendre. Les chimères vont percer la porte d’un instant à l’autre. Hors de question de laisser les enfants se faire picorer à mort. Quitte à devenir un monstre infanticide, le père préfère leur accorder une fin sans souffrance.

Mais à l’instant où il embrasse ses proches, une senteur fort familière vient lui chatouiller les narines. Une odeur qu’il n’a pas senti depuis des mois, et qui réveille en lui un espoir fou, parfaitement irréaliste. Cela suffit heureusement à le retenir. Car c’est bien le parfum de la buster-weed qu’il perçoit là.

Est-ce qu’un survivant à réussi à en mettre un peu de côté ? Voilà qui est étonnant. Cela fait une éternité que le stock de drogue laissé par le légendaire Ghoul-Buster s’est tari, laissant les survivants risquer la contamination au moindre contact avec les zombies. L’odeur semble pourtant de plus en plus forte, et une fumée verdâtre ne tarde pas à envahir la pièce.

Bien que redoutant un début d’incendie, le père en ressent un intense soulagement. L’euphorie provoquée par la drogue y est certainement pour quelque chose. Mais c’est surtout le silence, de l’autre côté de la porte, qui vient rassurer les survivants. Les chimères sont finalement – et miraculeusement - parties.

Il s’en est pourtant fallu de très peu. Les coups de bec ont déformé la porte à tel point qu’elle ne peut même plus être ouverte, le métal tordu refusant de bouger d’un millimètre. Heureusement, l’intensité de la fumée ne semble pas augmenter. Pas d’incendie donc, mise à part la flamme du chalumeau en train de découper les gonds.

 

Et quelques minutes plus tard, il est devant eux.

Prestance impressionnante, classe inaltérable, sourire éclatant : le Ghoul-Buster est toujours égal à lui-même. Et sa popularité n’a pas diminué malgré son absence. Rares sont ceux à lui reprocher son retard. La plupart des survivants sont trop heureux de retrouver leur super-héros chasseur de goule pour lui tenir rigueur de ce léger retard.

« Vous savez bien que le Ghoul-Buster aime se faire désirer, se justifie-t-il néanmoins. Mais il arrive toujours à temps. Bon, tout le monde va bien ? La buster-weed n’a pas trop fait tourner la tête des enfants ? Je n’aime pas utiliser cette arme en milieu confiné, mais c’est pourtant comme ça qu’elle est la plus efficace… Je vous conseille d’aller prendre un peu l’air, histoire de retrouver vos esprits. Parce que cette nuit, on va avoir du travail. Il est grand temps de vous faire partir de cette forteresse… »

C’est là un bien grand mot. Quand les rescapés osent enfin sortir de leur abri, ils constatent en effet que la plupart des fortifications ont lâché. Les barricades se sont effondrées, les portes et fenêtres renforcées ont presque toutes été défoncées. Là, le corps d’un malheureux n’ayant pas réussi à fuir assez vite devant les chimères ; il ne reste même pas assez de chair sur ses os pour permettre la transformation en goule. Ici, un groupe s’en étant visiblement tiré de justesse, chacun arborant des blessures plus graves les unes que les autres.

 

Cette fois-ci, ce n’est vraiment pas passé loin. Sans le Ghoul-Buster et son antidote à la Ghoulobacter, personne n’aurait survécu à l’attaque. Et vus les dégâts subis, les rescapés n’auront jamais le temps de tout réparer d’ici le lendemain. Mais bénéficient au moins d’un certain répit, le soleil en train de disparaître à l’horizon signifiant la fin des attaques pour la journée.

« On ne va pas pour autant avoir le temps de se reposer sur nos lauriers, déclare le Ghoul-Buster. On a un sacré boulot à abattre d’ici demain matin. Que tous ceux qui sont valides me rejoignent près de la douve.

-         Monsieur Buster, si on se regroupe en bas, ça va exciter les évolués, intervient l’un des survivants. Ils risquent d’essayer de traverser en masse…

-         Et c’est précisément ce que l’on veut. Emportez une arme si vous ne vous sentez pas rassuré. Il va falloir faire preuve de sang-froid. On doit en abattre une bonne trentaine, et le plus proprement possible. Parce que le reste de boulot risque au contraire d’être plutôt salissant…

-         Putain ! s’exclame soudain l’un des volontaires en levant les yeux vers le sommet de la tour. Mais c’est quoi ce truc gigantesque ?

-         Mesdames et messieurs, je vous présente le mythique Buster-Zeppelin ! »

Tous imitent leur camarade, pour observer une sorte d’ogive gigantesque gonfler lentement dans les hauteurs. Ils ne tardent pas à comprendre de quoi il s’agit : les deux énormes initiales rouges qui s’y affichent prouvent que le dirigeable est la propriété du Ghoul-Buster. Qui d’autre que lui pourrait bénéficier d’une telle technologie ?

Qu’il ait recours à un engin aussi massif est tout de même étonnant. D’habitude, le super-héros préfère les moyens de locomotions rapides et discrets. Mais ayant une bonne centaine de personnes à évacuer, on peut comprendre qu’il ait choisi un véhicule de ce type. Comment traverser ce véritable océan de goules autrement qu’en volant ?

Mais même de cette façon, ils ne pourront pas aller bien loin. Car le ciel est un territoire dominé par les chimères. A moins d’avoir assez de buster-weed pour les repousser pendant des jours, les humains ne pourront jamais éviter les innombrables oiseaux-zombies. L’attaque du jour a bien montré à quel point les chimères volantes sont dangereuses. Que se passera-t-il si les créatures réussissent à pénétrer dans la nacelle, où se tasseront plus de cent personnes ? Qu’arrivera-t-il si une chimère perce le ballon durant le vol ?

 

« C’est justement pour résoudre ce problème qu’on est là, déclare le Ghoul-Buster en exécutant sommairement un évolué assez hardi pour traverser la douve. La seule manière d’éviter les chimères, c’est de passer inaperçu. D’être invisible à leur yeux.

-         C’est le cas du zeppelin ? Il est indétectable par les goules, comme votre combinaison ?

-         Malheureusement, non. Trouver assez de matériau ignifugé pour recouvrir un tel engin est impossible de nos jours. Il existe néanmoins un moyen de se camoufler sans avoir recours à un tissu de haute technologie. C’est biodégradable, c’est écologique, et en plus ça marche super bien. En effet, le liquide qui rempli le corps des goules, la visque, est un excellent isolant thermique. Et sa puanteur masque très efficacement l’odeur humaine. Je connais un bon nombre de gens qui ont réussi à traverser des hordes de zombies en se recouvrant  le corps de visque

-         Mais c’est dégueulasse !

-         Et plutôt risqué si on n’a pas de buster-weed, je le reconnais. Cependant, vous avez sans doute compris que dans notre cas, on ne va pas procéder comme ça. On a trop de chemin à faire. Non, ce qu’il faut peindre en couleur visque, ce qu’il faut rendre invisible, c’est bien évidemment le dirigeable. J’espère que vous avez la fibre artistique. Et que personne ne souffre de vertige… »

Car en effet, couvrir l’intégralité du Buster-Zeppelin avec la visque récoltée sur les goules n’est pas une mince affaire. Abattre les zombies, transporter leurs corps au sommet du complexe ; les ouvrir, récupérer leur fluide ; en enduire chaque centimètre du ballon et de la nacelle ; les survivants y passent des heures, et chacun est obligé de mettre la main à la pâte. Tous savent qu’ils doivent être partis au matin. Aussi s’organisent-ils de la manière la plus efficace possible, faisant la chaîne, mettant de côté leur dégoût, travaillant sans répit et au mépris de tous les risques.

 

Heureusement, aucun incident n’est à déplorer durant la nuit. La vigilance du Ghoul-Buster n’y est pas pour rien, le super-héros supervisant les opérations et protégeant ses alliés avec un professionnalisme exemplaire. Quand après d’interminables heures le ciel commence enfin à s’éclaircir, tous sont aussi exténués que répugnants ; mais ils ont atteint leur objectif : le Buster-Zeppelin se dresse de toute sa masse au sommet de la tour, sa silhouette noire et robuste dégoulinante de visque.

La couche nauséabonde semble sécher rapidement, et d’après le Ghoul-Buster, elle devrait tenir même en cas d’averse. Reste juste à savoir si cela permettra vraiment de passer inaperçu. Mais le super-héros est confiant. Désormais, rien ne pourra l’empêcher d’emmener ces gens en lieu sûr.

« Mesdames et messieurs, la compagnie Buster-Fly vous souhaite la bienvenue à bord de son appareil, annonce-t-il une fois que ses protégés ont embarqué dans la nacelle. Nous vous prions de nous excuser pour le manque de confort, et espérons que vous apprécierez ce voyage à destination des Iles Vierges. N’hésitez pas à admirer le paysage, vous pourrez certainement observer des panoramas étonnants. Veuillez cependant ne pas ouvrir les fenêtres ou nourrir les animaux que vous pourriez apercevoir. La faune extérieure a tendance à se montrer légèrement agressive… Nous vous souhaitons néanmoins une agréable traversée, et vous remercions d’avoir choisi le Ghoul-Buster ! »

 

 

 

J'espère que ce nouvel épisode du Ghoul-Buster vous aura plu. Pour ceux qui aiment dessiner, je suis toujours à la recherche de quelqu'un capable de me réaliser ces épisodes en BD... Un sacré boulot, je sais, mais si la qualité est au rendez-vous, on peut éventuellement discuter d'une certaine rémunération... Mais sinon, n'importe quel dessin portant sur ce roman me fera aussi très plaisir !

 

A part ça, j'étais comme vous le savez invité au Festival de la 25ème Heure du Livre ce week end. C'était mon premier salon du genre, mais je dois dire que ça s'est génialement bien passé !

J'ai en effet pu discuter avec des auteurs super sympas, vendre et dédicacer mes bouquins (bien plus que ce à quoi je m'attendais !), et rencontrer enfin des gens intéressés par la lecture et le thème zombie ! Bref, ça a vraiment été une superbe opportunité, et j'ai passé deux jours mémorables.

Vivement l'année prochaine (mais il y aura peut être d'autres festoches auxquels je participerai d'ici là, on verra).

 

En bonus : une belle photo de moi en train de dédicacer le chef d'oeuvre ^^

 

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A jeudi pour le 23ème chapitre de Fragma !

Publié dans Chapitres

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tistoulacasa 11/10/2011 21:01


Toujours aussi symmpa ces petites interludes :)
La classe sur cette photo ;)