GBF-12 : bataille aérienne

Ignorant les suppliques de la mère, Jonas allait exécuter l’enfant-zombie quand il aperçut l’avion militaire couper leur trajectoire par l’est. Le chasseur passa au-dessus d’eux, effectua une courbe, revint en arrière et se mit à tourner autour de l’hélicoptère alors qu’Arlène recevait l’ordre de faire demi-tour via la radio. Elle ne se donna même pas la peine d’y répondre, se contentant de mettre les gaz sans dévier de sa route.

La voix dans son casque se fit plus autoritaire, les mises en garde devinrent menaces, et finalement, un coup de semonce fut tiré à l’avant de l’hélicoptère. Les mâchoires serrées, Arlène démontra un sang-froid extraordinaire en maintenant l’hélicoptère parfaitement droit malgré la rafale qui passa à seulement un mètre devant elle.

Elle choisit ce moment pour transmettre leurs faux codes d’identification. Ni elle ni Jonas ne se faisaient d’illusion : les contrôles seraient assurément beaucoup plus sévères qu’à l’aller ; cette fois, les autorités ne se laisseraient pas abuser. Mais cela permettrait peut-être de gagner quelques précieuses minutes.

« Ils ne vont certainement pas en rester là… commenta la pilote en grimaçant. On n’aura pas le temps d’atteindre la côte…

-         Je ne comprends pas, intervint Jim. Vous n’êtes pas des soldats ? Mais qu’est-ce que vous êtes venus faire sur la Mater ?

-         C’est une longue histoire, répondit Jonas tout en rechargeant la mitrailleuse lourde. Je t’expliquerai…

-         Si on est toujours en vie dans les minutes qui viennent, précisa Arlène. Le chasseur revient. Les codes n’ont pas fonctionné. Dernière sommation, bla bla bla…

-         Tant qu’il est seul, on devrait pouvoir se le faire, assura son homme. Accrochez-vous ! »

Il ouvrit la porte d’un coup sec, juste à temps pour voir partir un point fumant et sifflant de l’appareil ennemi. Se calant de son mieux pour viser malgré les secousses et le vent qui s’engouffrait dans l’habitacle, Jonas ouvrit le feu en direction du missile. Exercice beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait. Etait-il seulement possible de détruire la fusée mortelle de cette manière ? Le passeur ne se posa même pas la question. Sa détermination était d’acier, ne laissait aucune place au doute. Il n’avait que quelques secondes pour réagir, sans quoi leur hélicoptère serait pulvérisé. Cette saloperie de missile était trop rapide pour qu’Arlène puisse l’esquiver. Et de toute manière, ce genre d’arme était très probablement guidé électroniquement vers sa cible. Aucune chance d’y échapper à moins de le détruire en vol.

Exploit que Jonas parvint heureusement à réaliser. Le missile explosa à seulement une vingtaine de mètres de l’hélicoptère, le souffle de la déflagration secouant méchamment les occupants. Sans que ceux-ci s’en plaignent, trop occupés qu’ils étaient à faire leurs prières. A l’exception de la goule, toujours obnubilée par ses proies, ne montrant aucun intérêt pour la bataille qui se jouait à l’extérieur.

 

« Joli tir ! complimenta Arlène. C’était de la chance ou du talent ?

-         On va pas tarder à le savoir… répondit son homme en voyant l’avion effectuer un nouveau passage. Merde, cette fois il arrive par l’arrière ! Je vais avoir du mal à dégommer le missile sous cet angle…

-         Je vais arranger ça, déclara Arlène. Préviens-moi quand la roquette est à portée de tir ! Mais pas au dernier moment, hein ! »

Se retenant d’une main au montant de la porte, Jonas se pencha dans le vide et tenta d’aligner le missile approchant toujours aussi rapidement. Impossible de viser dans ces conditions. Le passeur se résolut donc à suivre les instructions de sa femme. Et sentit le stress monter encore en lui. Il allait falloir faire preuve d’une sacrée coordination pour réussir ce coup là. Mais avec Arlène aux commandes, ils avaient leurs chances. Jonas avait entièrement confiance en les talents de pilote de sa femme. Et si elle foirait la manœuvre, il n’aurait de toute façon pas l’occasion de l’en blâmer.  

Comptant mentalement les secondes, Jonas se tint prêt. Le missile fonçait en ligne droite, se rapprochait très dangereusement. Il était temps d’agir. Le passeur hurla à sa femme d’effectuer la manœuvre, avant de serrer les dents et de se cramponner alors que l’hélicoptère effectuait un cent-quatre-vingt degrés quasi-instantané. Avisant le missile qui arrivait droit sur elle, Arlène crut sa dernière heure arrivée pour de bon.

Mais la fusée explosa cette fois encore à quelques mètres de l’appareil, l’arrosant de flammes et de débris sans l’endommager gravement.

 

Le souffle court et le cœur battant à tout rompre, Jonas essuya la sueur qui perlait sur son front. Le brusque demi-tour lui avait permis de détruire le missile in extremis, mais il s’en était fallu de très, très peu pour que les voyageurs rejoignent le paradis des victimes aériennes. Il fallait espérer que le chasseur à leurs trousses était à sec, car ils n’auraient certainement pas autant de chance la prochaine fois.

Cela semblait heureusement être le cas. Malgré deux nouveaux passages et des messages radio toujours aussi menaçants, aucun autre missile ne fut tiré. Arlène commençait à retrouver espoir. La côte n’était plus très loin désormais. S’ils réussissaient à se poser, il ne serait plus difficile d’échapper aux patrouilles.

Mais leur poursuivant ne semblait pas décidé à les laisser en paix. Bien qu’à cours de missile, l’avion était toujours parfaitement capable de détruire une cible ennemie. Ce qu’il démontra en gratifiant l’hélicoptère d’une rafale de mitrailleuse bien appuyée. L’appareil militaire volé avait beau être blindé, Jonas et Arlène comprirent qu’il ne pourrait pas encaisser éternellement. Les canons du chasseur étaient d’un calibre autre que les fusils ou armes de poing. Une seule balle pouvait aisément décapiter un être humain. Si leur ennemi réussissait à toucher les moteurs, ils s’abîmeraient en mer sans rien pouvoir faire.

Jonas n’avait aucune intention de se laisser aligner en se contentant de prier la chance. Ce troufion voulait se battre ? Il allait être servi. L’hélicoptère bénéficiait lui aussi d’un minimum d’armement. Sans compter les nombreuses grenades et la mitrailleuse lourde prudemment emportés par les passeurs.

« Continue les manœuvres d’esquive ! ordonna Jonas à sa femme. Essaie d’allumer cet enfoiré dès que tu en as l’occasion !

-         Ce serait plus facile avec un copilote ! objecta Arlène en faisant volontairement zigzaguer l’engin.

-         Jim, vas à coté d’elle. Je serai plus efficace à la gatling. »

L’adolescent obtempéra, ravi de pouvoir se placer aux commandes malgré une trouille intense et tenace. Arlène lui expliqua en deux mots comment diriger et contrôler les armes de l’hélicoptère, tandis que Jonas faisait hurler sa propre mitrailleuse par la porte toujours ouverte. Cette bataille aérienne lui avait complètement fait oublier l’enfant-goule. Mais les problèmes auxquels il devait faire face pour l’instant étaient autrement plus urgents.

 

Des crépitements métalliques résonnèrent dans l’habitacle alors qu’une nouvelle rafale se figeait dans le blindage. Les moteurs émirent cette fois une plainte inquiétante. Une vitre atteinte de plein fouet explosa. Des voyants lumineux se mirent à clignoter sur le tableau de bord. Arlène pesta contre Jim qui tardait à riposter, contrôla une jauge, pianota sur quelques boutons.

« Et merde ! jura-t-elle. On est touchés ! On perd du carburant !

-         Bordel, on est même en feu ! réalisa Jonas en constatant qu’une fumée noire s’échappait de l’arrière de l’engin. Faut se poser immédiatement ! »

L’hélicoptère venait heureusement de pénétrer au-dessus des terres. Mais leur adversaire n’allait certainement pas les laisser atterrir tranquillement. Tournoyant autour de l’appareil en mauvaise posture, il continuait à l’arroser sans montrer la moindre pitié. Un instant d’immobilité, une seconde n’inattention, et les voyageurs risquaient de finir pulvérisés.

« Mais tu vas crever, putain !?! ragea Jonas en faisant rugir sa gatling, toujours aussi vainement.

-         Mon fils ! Sauvez mon fils ! » hurlait la mère de l’enfant-goule dans son dos.

Cette conasse ne pouvait donc pas les laisser en paix ? Ne réalisait-elle pas que leur vie à tous ne tenait qu’à un fil ? Jonas allait lui balancer une réplique cinglante quand il comprit pourquoi la femme semblait si paniquée. Le feu avait progressé très rapidement à l’arrière de l’hélicoptère. La fumée envahissait l’habitacle, les flammes se répandaient dans les vivres et les munitions. Jusqu’à atteindre l’enfant-zombie, incapable de s’écarter en raison des menottes qui le liaient à la paroi. Sa peau roussissait déjà, ses cheveux grillaient, ses tripes éparpillées au sol commençaient à fumer. Mais il ne ressentait toujours aucune douleur, n’accordant pas un regard aux flammes en train de lécher ses membres. Celle qui avait un jour été la mère de cette créature ne pouvait qu’assister, impuissante, à sa crémation vivante.

 

Jonas songea un instant à coller une balle dans le crâne du monstre, ne serait-ce que pour épargner ce spectacle à la femme. Il n’en eut cependant pas le temps, l’avion de chasse fonçant à nouveau vers l’hélico. Bien décidé à le recevoir avec les honneurs, Jonas attendit qu’il se rapproche ; visa aussi soigneusement que possible ; pressa la gâchette en parfaite simultanéité avec le pilote ennemi.

Leurs feux s’entrecroisèrent. La rafale faillit réduire Jonas en charpie, les balles se figeant tout autour de lui en l’épargnant miraculeusement. Son adversaire n’eut pas cette chance. Cette fois, les tirs du passeur ne manquèrent pas leur cible. Les projectiles supersoniques frappèrent l’avion au niveau des ailes et du cockpit, perturbant immédiatement son vol. Mieux encore : le pilote avait très probablement été touché, car il ne revint pas à l’attaque. Il ne tenta même pas de s’éjecter.

Hors de contrôle, le chasseur oscilla quelques instants sur sa trajectoire, avant de piquer du nez en effectuant des tonneaux. Pour s’écraser dans une gerbe de flammes, quelques dizaines de mètres en contrebas. Jonas n’eut malheureusement pas le temps de s’en réjouir. Car à l’instant où il allait annoncer la victoire à ses camarades, les réserves de munitions explosèrent pour de bon, éventrant l’habitacle dévoré par les flammes et arrosant les passagers d’éclats mortels.

 

 

 

 

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