GBF-4 : contrôle militaire

« Garde aérienne à hélicoptère non-identifié. Vous vous apprêtez à quitter l’espace aérien de la Fragma pour entrer dans une zone non-autorisée. Veuillez décliner identité et ordre de mission, sans quoi nous serons contraints de vous abattre. »

Arlène et Jonas échangèrent un regard légèrement inquiet quand leur hélicoptère fut dépassé par deux avions supersoniques aux couleurs de la Fragma, alors que par le biais de la radio était réitéré l’ordre de s’identifier.

Le moment de vérité était venu. Après une semaine de préparation minutieuse et un voyage de deux jours vers l’île du Sud, séparée par seulement cinq cent kilomètres d’océan des côtes de la Mater, Arlène et Jonas en étaient au point de non-retour. La Fragma était derrière eux. Leur sort reposait désormais entre les mains de Freddy Halu, ou plus précisément entre celles de sa taupe chez la garde aérienne.

Jusqu’ici, tout s’était étonnamment bien déroulé. Comme Jonas s’en doutait, la nouvelle de son évasion était passée parfaitement inaperçue, noyée dans les images de carnages provenant de l’étranger. Le relooking qu’il s’était imposé n’avait même pas été utile : ils n’avaient pas vu un seul avis de recherche à son nom lors des nombreux points de contrôle qu’ils avaient traversés. De simples tenues militaires volées et un ordre de mission falsifié avaient suffi pour qu’on ne leur pose aucune question tandis qu’ils descendaient vers le sud en compagnie d’autres réservistes.

De ce côté là, Jonas devait bien avouer que Freddy avait fait preuve d’une grande intelligence. Depuis la quarantaine, circuler entre les différentes îles de la Fragma était quasiment impossible. Un civil avait besoin de toute une batterie d’autorisations pour franchir les barrages militaires ; il fallait une excuse en béton armé pour espérer voyager d’une île à l’autre. Les soldats étaient partout, et contrôlaient tout véhicule.

A l’exception logique de leurs propres engins. D’où l’idée de Freddy, simple mais terriblement efficace : pour réussir à se déplacer, il suffisait de se faire passer pour des militaires. Un plan à la logistique complexe mais qui, s’il pouvait être mis en place, assurait le succès de la mission.

 

Obtenir des tenues et un faux ordre de mission n’avait pas été bien difficile. C’est plutôt la suite du projet qui avait demandé à Freddy un important investissement de temps et d’argent. Car le voyage vers la Mater n’était possible qu’avec un certain type de véhicule. Un véhicule maniable, capable d’atterrir et de décoller rapidement, doté d’une autonomie suffisante pour couvrir l’aller-retour (soit un peu plus de mille kilomètres), équipé pour faire face à tout imprévu. Et surtout un véhicule qui pourrait passer sous le nez des militaires sans se faire immédiatement dégommer.

Freddy avait promis un hélicoptère à Arlène et Jonas. Ils eurent un hélicoptère. Et pas n’importe lequel.

L’appareil sur lequel ils mirent la main une fois rendus sur l’île du Sud était sans doute le plus performant qu’il leur ait été donné de piloter. Un engin énorme aux couleurs militaires, capable de voler à plus de trois cent kilomètres à l’heure et de parcourir mille deux cent kilomètres avec un seul plein. Et doté d’une puissance de feu suffisante pour réduire en cendres une petite ville.

Jonas espérait cependant pouvoir se passer de cet arsenal, tout du moins jusqu’à ce qu’ils arrivent sur la Mater. Aussi bon pilote soit-il, le passeur n’avait aucune envie de se lancer dans une bataille aérienne contre les avions de la garde volante. Inutile de préciser qu’en cas d’usage des armes, l’avantage n’irait certainement pas à l’hélicoptère. Même si Jonas réussissait à se débarrasser des deux chasseurs toujours en train de leur tourner autour, il ne faudrait pas attendre plus de cinq minutes pour qu’une demi-douzaine d’autres se mettent en chasse.

 

L’appel radio se répéta une troisième fois, accompagné cette fois-ci d’une rafale de mitrailleuse dirigée vers l’avant de l’hélicoptère. Là, les militaires ne rigolaient plus. Il était temps de leur donner un os à ronger. Nerveuse, Arlène relut les instructions de Freddy avant de prendre une bonne inspiration et d’envoyer leur réponse.

« Ici hélicoptère trans-océanique 03-28, déclara-t-elle de sa voix la plus inexpressive. Code de mission X450 : reconnaissance et observation des côtes de la Mater.

-         Les contrôles sont en cours. Nous n’avons pas été informés de votre plan de vol.

-         Car cette mission est classée secrète. Code 1399. Autorisation 38.

-         Veuillez patienter pendant la vérification. Un problème informatique ralentit le système.

-         Je n’ai pas de temps à perdre avec votre incompétence, soldat ! s’écria Arlène, le front moite de sueur. Notre objectif ne nous autorise aucune attente. Le carburant est un paramètre vital pour cette mission. Nous poursuivons notre route. Code de priorité 751.

-         Je… je procède à la vérification manuelle, balbutia leur interlocuteur, l’air légèrement paniqué. Code 751… Priorité absolue. C’est correct. Veuillez nous excuser. »

Un instant plus tard, les deux chasseurs de la garde aérienne décrochaient, au grand soulagement de Jonas et Arlène. Le gros Freddy ne leur avait pas fait faux bond, finalement. Corrompre un haut-gradé lui avait certainement coûté les yeux de la tête. D’après lui, l’enjeu en valait la chandelle.

Pour sa part, Jonas voyait mal comment le receleur pourrait tirer un quelconque bénéfice de ce voyage. Peut-être en revendant ses informations aux services de presse. Mais après tout, cela ne le concernait pas. Tant que la paye était là, il ne se posait pas de question.

 

 

 

 

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