GBF-6 : zombies !

« Des zombies. Je te dis que ce sont des putains de zombies ! »

Un rictus hystérique bloqué sur le visage, Jonas tira fiévreusement sur son pétard. A quelques dizaines de mètres en contrebas, les scènes de chaos se poursuivaient dans la ville à feu et à sang.

Bien que largement hors de portée de leurs doigts crochus, l’hélicoptère avait fini par attirer l’attention d’un bon nombre de révoltés ; aussi le couple avait-il préféré prendre de la distance. Encore trop choqués par ce qu’ils venaient de voir pour continuer immédiatement leur mission, les passeurs choisirent de se poser au sommet du plus haut gratte-ciel, histoire de se remettre de leurs émotions et de laisser les moteurs de l’hélicoptère refroidir un peu. Même si des émeutiers les repéraient, il leur faudrait au moins dix ou quinze minutes pour grimper les cinquante étages de la tour, ce qui laissait largement assez de temps à Arlène et Jonas pour discuter de la suite des événements.

« Tu exagères, déclara la femme après avoir observé aux jumelles les rues grouillantes de silhouettes nues. Ces gens ne ressemblent quand-même pas aux morts-vivants putréfiés des séries B d’horreur… Les cadavres, ça ne bouge pas. Je ne sais pas quelle est cette maladie, mais les émeutiers sont forcément en vie.

-         Tu en es vraiment sûre ? Pour ma part, j’ai vu un bon paquet de types avec le visage arraché ou les tripes à l’air. On ne se remet pas de ce genre de blessure. Ce qui ne les empêchait pas de se traîner à la poursuite des militaires… »

Et pas seulement, constata-t-il bientôt. Quelle que soit la nature des créatures qu’ils étaient devenus, les révoltés de se contentaient pas d’attaquer les représentants de l’ordre. Non, ils s’en prenaient à tous ceux qui croisaient leur route, de l’enfant terrorisé essayant de se cacher sous les carcasses de voitures au père de famille baraqué se défendant à coups de batte de base-ball. Partout s’affrontaient les civils paniqués et les émeutiers forcenés. Avec un net avantage pour le camp des « naturistes ». Bien que nus et sans arme, les zombies – puisque Jonas s’était décidé à les nommer ainsi – ravageaient tout sur leur passage, suivant leur instinct de groupe pour poursuivre, encercler et mettre en pièce les malheureux trop lents pour leur échapper.

 

Piégés dans des embouteillages périurbains monstrueux, des tas de gens furent égorgés avant même d’avoir eu le temps de sortir de leur voiture. Mais ce n’était rien à côté du carnage qui devait avoir lieu au sein des cités. Combien de familles, réalisant l’ampleur de la catastrophe et l’impossibilité de fuir, n’avaient eu d’autre choix que de se barricader dans leur appartement en attendant des secours ? Dans la tour voisine, Jonas voyait des dizaines de visages horrifiés observer comme lui ce qui se passait dans les rues en contrebas.

Mais les secours arriveraient-ils à temps ? Si la situation était aussi désastreuse sur le reste du continent, on pouvait sérieusement en douter. Les zombies occupaient les rues, toute percée militaire étant sanctionnée par le déferlement des troupes enragées, plus nombreuses à chaque minute. Les villes étaient considérées comme perdues alors qu’elles regorgeaient encore de survivants. Les autorités n’avaient alors d’autre solution que de recourir au bombardement massif de leurs propres cités. Des décisions drastiques, qui coûtaient la vie à d’innombrables innocents. Mais cette mort était très probablement préférable au sort qui attendait ces rescapés reclus, que les zombies auraient inévitablement fini par débusquer.

Mais même de telles mesures n’avaient pas suffi à endiguer l’épidémie. Les villes touchées se comptaient par centaines. Les contaminés par dizaines de millions. Ils étaient déjà partout. Des hordes se formaient, puis se dispersaient sur les routes en écumant les campagnes. Livrés à eux-mêmes, les gens devaient se débrouiller pour survivre tandis que les dernières forces armées se lançaient dans des « opérations de nettoyage » plus salissantes que réellement utiles. L’épidémie était définitivement hors de contrôle.

 

« C’est l’apocalypse, bon dieu, conclut Jonas, empli d’une grande lassitude maintenant que le joint était passé dans son sang.

-         Et depuis quand t’es devenu croyant ? rétorqua Arlène en massant ses muscles endoloris par le voyage.

-         Peut-être bien depuis que j’ai réalisé que la société telle que nous la connaissons va disparaître, avalée par des enfoirés de zombies nudistes…

-         Quel poète ! Moi, la fin du monde, ça me donnerait plutôt envie de me foutre le cerveau à l’envers et de baiser jusqu’à plus en pouvoir… D’ailleurs, autant s’y mettre tout de suite.

-         J’espère que tu déconnes, chérie. C’est vraiment pas le moment… »

Mais le regard que lui lança Arlène après l’avoir plaqué sur le dos se passait de toute interprétation. Un baiser fougueux étouffa les protestations de Jonas, puis sa femme entreprit de déboutonner son pantalon avec une précipitation fébrile. N’ayant d’autre choix que de prendre le taureau par les cornes, le passeur arracha la chemise d’Arlène d’un coup sec, révélant une paire de seins soyeux qu’il empoigna avec rudesse. Loin d’être rebutée par cette brutalité, la femme roucoula de plaisir quand Jonas la fit basculer sous lui, avant de lui asséner une véritable tempête de coups de reins rageurs. Criant d’allégresse sous cet assaut, Arlène planta ses ongles dans le dos de son homme, ne le relâchant que quand il se fut vidé. Ce qui ne tarda pas, les émotions fortes et le sentiment d’abandon ayant un certain effet aphrodisiaque sur la libido de Jonas.

 

Le souffle court et des picotements dans tout l’épiderme, le passeur se laissa finalement aller sur le dos, allumant un deuxième joint tandis qu’Arlène s’étirait en gémissant de bien-être. Jonas devait lui aussi avouer que cette partie de jambes en l’air improvisée lui avait fait un bien fou. Il se sentait calme, revigoré. A nouveau maître de ses émotions. Les scènes de carnage étaient toujours présentes dans son esprit, mais il parvenait maintenant à y penser avec sang-froid, à prendre de la distance par rapport aux atrocités qui se déroulaient un peu plus bas. Comme s’il se contentait d’observer la réalité par une fenêtre bien fermée.

Après tout, cela ne le concernait pas directement. Il n’était ici qu’un voyageur, qu’un explorateur bien loin de chez lui. Jamais il n’avait manifesté grande compassion vis-à-vis de ses semblables. Ce n’était pas aujourd’hui que ça allait commencer.

« Merci, mon amour, souffla-t-il en couvant Arlène d’un regard passionné. Sans toi, je ne suis que la moitié d’un homme…

-         C’est toujours mieux que les cinglés, là en bas, railla sa compagne. Eux ne sont plus des hommes du tout…

-         Bon, on ne va peut-être pas passer la nuit ici. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On s’éloigne de cette ville et on essaie de choper un infecté isolé ?

-         Tu plaisantes ? Après ce qu’on a vu, tu comptes quand-même mener à bien cette mission ?

-         On a le choix ? Si on ne ramène rien, Freddy ne risque pas de nous payer…

-         Freddy, on l’emmerde. Il n’a aucune idée de ce qui se passe ici.

-         C’est précisément la raison pour laquelle il nous a envoyé ici. Pour que les gens sachent.

-         Hors de question de ramener cette maladie sur la Fragma. C’est beaucoup trop dangereux.

-         Merde, tu as raison. Faire volontairement traverser l’océan à des infectés relève de la folie pure. Mais ça me fait bien chier de renoncer à une paye de cinq millions…

-         On en a déjà touché une partie. Et cet hélico doit valoir un paquet de thunes. En le refourguant, on devrait s’en tirer avec un bon bénéfice… Rentrons chez nous, mon chéri. »

Jonas hocha la tête en souriant. Oui, repartir était ce qu’ils avaient de mieux à faire. Le monde touchait peut-être à sa fin. L’infection pouvait se répandre sur l’intégralité du globe d’ici les prochains mois, changeant la totalité de l’humanité en monstres anthropophages dépourvus de conscience. La société des hommes s’éteindrait dans la violence et le chaos, conclusion logique de son histoire éternellement violente et chaotique. Ni Arlène ni Jonas n’avaient le pouvoir d’y changer quoi que ce soit.

Ce qu’ils pouvaient faire en revanche, c’était s’y préparer au mieux. Et profiter du temps qu’il leur restait avant l’inévitable. Mais pour cela, encore fallait-il réussir à retourner se planquer sur la Fragma.

 

Après avoir partagé une longue étreinte, le couple se décida donc à repartir. Caméra en main, Jonas captura quelques images-choc histoire de ne pas rentrer bredouille, tandis qu’Arlène effectuait quelques vérifications de routine sur leur engin volant. Leurs ultimes préparatifs furent cependant interrompus par le fracas d’une porte que l’on ouvre à la volée.

Se retournant vers l’origine du bruit, les passeurs constatèrent qu’une demi-douzaine de civils venaient d’apparaître sur le toit de l’immeuble. Dégainant immédiatement son revolver, Jonas réalisa avec soulagement que ces gens semblaient sains. Leurs habits crasseux et l’expression uniformément terrorisée sur leurs visages prouvaient leur humanité. Mais ils n’étaient visiblement pas là par simple curiosité.

Démarche titubante, souffles courts, peaux luisantes de transpiration : ces survivants étaient des fuyards. Inutile de se demander à quoi ils essayaient d’échapper.

« A l’aide, par pitié ! s’écria une jeune femme tenant dans ses bras un bambin évanoui. Les goules sont derrière nous ! »

 

 

 

 

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