GBF-22 : réveil

« … prie ! Aidez-moi à sortir mon ami d’ici ! »

Douleur. Souffrance. Chagrin. Les larmes de Jonas furent le premier signe de son réveil. Encore sévèrement dans le gaz, le passeur était bien incapable de déterminer où il se trouvait. Mais le brouillard qui anesthésiait son esprit n’avait pas occulté la raison de sa tristesse. Il ignorait tout de son propre état, mais savait en revanche une chose ; une évidence inconsciente, qu’il ressentait au plus profond de lui-même sans avoir besoin de le formuler en mots : Arlène était morte, alors que lui était toujours en vie.

Pourquoi ? Comment ? Jonas se rappelait s’être pris une balle dans le ventre. Dans son dernier souvenir, Freddy était penché sur lui, prêt à l’achever d’un pruneau dans le crâne. Qu’est-ce qui avait finalement retenu le mafieux ? Et comment le passeur avait-il survécu à ses blessures ?

Au fond, cela lui était bien égal. Tout lui était égal désormais. Inutile de chercher à savoir ce qui s’était passé. Jonas ne désirait qu’une seule chose : laisser toute cette histoire derrière lui, oublier le cauchemar qui lui avait coûté sa femme et son honneur, s’éteindre doucement sans plus penser, sans plus rien ressentir. Oui, tout était terminé depuis longtemps. S’il avait existé une quelconque justice dans cet univers, il n’aurait même pas dû survivre à la fusillade.

 

Les yeux brûlants et le visage tordu de désespoir, Jonas se recroquevilla en position fœtale et tenta de s’endormir à nouveau, peut-être pour de bon cette fois-ci. Mais malgré la souffrance qui l’accablait et son état de fatigue extrême, le passeur ne parvint pas à trouver la tranquillité. Pour la simple et bonne raison que régnait autour de lui une agitation aussi intense qu’inquiétante.

Cliquetis électroniques, souffles des respirateurs artificiels, roulements de chariots : Jonas n’eut qu’à se concentrer un instant pour comprendre qu’il se trouvait dans un hôpital. A en juger par les incessantes sirènes d’ambulance et les éclats de voix, les médecins et infirmières avaient à gérer un sacré chantier. Carambolage ? Attentat ? Catastrophe naturelle ? Peu importait au passeur. Tant qu’on le laissait mourir, le reste du monde pouvait brûler dans les flammes de l’enfer.

Mais alors qu’il allait se boucher les oreilles pour savourer sa propre fin sans être importuné, son attention fut attirée par la discussion qui l’avait sorti de son coma. Car il connaissait fort bien la voix de l’un des deux interlocuteurs. Et que le second tenait des propos pour le moins choquants, surtout de la part d’un médecin.

Visiblement, le personnel de l’hôpital n’avait aucunement l’intention de soigner les blessés. Comment pouvaient-ils abandonner ainsi leurs patients ? Jonas ne le saurait que s’il se décidait à ouvrir les yeux.

 

« Pitié ! suppliait le jeune Jim, secouant désespérément le docteur pas sa blouse. Vous ne pouvez pas laisser tous ces gens !

-         Ils sont fichus ! s’exclama l’homme en se débattant. La plupart sont dans un état critique, impossible de les déplacer. Et de toute façon, on n’a pas le temps ! Ces saloperies sont partout dans le bâtiment ! Tire-toi tant que tu le peux encore, jeune homme !

-         Je ne laisserai pas mon ami ici ! S’il vous plait, vous pouvez au moins le débrancher ? Que je puisse essayer de le faire sortir…

-         Tu ne réussiras pas à faire dix mètres dans la rue, gamin. Laisse tomber. Moi et quelques autres, on va prendre l’hélico qui est sur le toit. Tu peux venir avec nous si tu veux.

-         Vous avez un pilote ? » intervint Jonas et se redressant sur son lit.

Ce qui eut pour effet de tirer méchamment sur sa cicatrice. Le passeur n’accorda cependant pas la moindre attention à sa blessure. Car ce qui l’inquiétait était logiquement ce qui se passait dehors.

Maintenant qu’il avait l’esprit plus clair, il était parfaitement conscient du chaos qui semblait régner à l’extérieur. Explosions, hurlements, klaxons et coups de feu sonnaient à ses oreilles comme un concert familier. Ignorant la douleur aussi bien que les avertissements de Jim et du médecin, il se pencha vers la fenêtre et tira le rideau. Pour assister à un spectacle qu’il ne connaissait que trop bien. Et qu’il aurait souhaité ne jamais revoir.

 

Quelques étages plus bas, les rues étaient à feu et à sang. Courant en tous sens dans la panique la plus complète, les gens tentaient vainement d’échapper aux zombies. La plupart préféraient fuir ou se cacher plutôt que de combattre. Cela ne faisait de toute façon pas grande différence. Le plan de Freddy Hallu était lancé, et rien ne pourrait plus l’arrêter.

Grâce à leur gouvernement adepte de la confidentialité systématique, les habitants de la Fragma ne connaissaient strictement rien de leur ennemi. Ils ignoraient comment réagir face aux contaminés, quelle stratégie de défense adopter contre de tels enragés. Et ne savaient absolument pas comment faire pour les neutraliser. Jonas put observer une demi-douzaine de policiers se faire écharper en quelques secondes, alors qu’ils étaient pourtant armés de puissants fusils à pompe. Mais les imbéciles n’avaient pas compris assez vite que la seule manière d’arrêter les créatures était de viser la tête. Combien de victimes faudrait-il avant que quelqu’un réalise que le crâne constituait l’unique point faible des goules ? Trop, bien trop au goût de Jonas.

Les lèvres tordues dans un rictus de rage et de douleur, le passeur se laissa glisser sur les genoux, incapable de lâcher des yeux le carnage se déroulant en contrebas. Il aurait décidemment préféré ne jamais sortir de son coma. Car il ne pouvait nier que si la Fragma se retrouvait dans cet état, c’était en grande partie de sa faute. Après tout, c’était lui qui avait ramené le virus de la Mater. Mais cela n’expliquait pas comment Freddy était finalement parvenu à mettre ses affreux desseins à exécution.

« C’est à cause de moi… avoua Jim en aidant son ami à se relever et à s’habiller. Et d’une putain de malchance…

-         Merde, je crois que ça me revient… souffla Jonas, essayant d’organiser ses pensées malgré le choc et le chagrin. Tu as réussi à tuer Arlène. Mais la balle l’a traversée et a touché quelqu’un d’autre…

-         L’un des gardes du corps, oui. Je… je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Le type était en train d’agoniser, mais Freddy a interdit à ses hommes de lui porter secours. Au lieu de ça, il se sont tous réunis autour du mec et l’ont regardé se vider de son sang. Et au bout de quelques minutes…

-         … il s’est réanimé. Contaminé par la balle qui a tué Arlène. Enculé de Freddy… Il aurait au moins pu m’achever… »

Mais le commanditaire avait bien fait comprendre à son passeur qu’il n’était qu’un simple pion, un outil bon à jeter une fois sa tâche accomplie. Sans doute Jonas n’avait-il plus représenté aucun intérêt pour lui quand il avait réalisé que le virus était sauvé. Ayant finalement obtenu ce pour quoi il était venu, Freddy avait mis les voiles le plus vite possible, trop soulagé pour prendre le temps d’exécuter celui qui avait failli ruiner ses plans. Il n’imaginait probablement pas que Jonas puisse survivre.

C’était sans compter sur le jeune Jim qui, dévasté par la culpabilité de ne pas avoir pu empêché Freddy d’obtenir le virus, s’était fait un devoir de sauver le passeur. Comment l’adolescent avait-il fait pour stopper l’hémorragie, comment avait-il réussi à transporter Jonas jusqu’à un hôpital ? Cela importait peu. Qu’il le veuille ou non, le passeur avait survécu. Et devait maintenant assumer les conséquences de ses erreurs.

 

« Tu es resté quatre jours dans le coma, lui apprit Jim. Quatre jours pendant lesquels les flics n’ont pas arrêté de m’interroger. Jusqu’à ce matin. Quand tout cela n’a plus eu aucune importance…

-         Ça vient juste de commencer ? s’étonna Jonas, récupérant une paire de béquilles.

-         Oui, mais sur les cinq îles de la Fragma en même temps ! Tu imagines le bordel… Freddy n’a pas fait les choses à moitié…

-         Il paiera pour ça. Tu peux me croire, cet enfoiré va regretter de ne pas m’avoir buté…

-         Je ne sais pas de quoi vous parlez et je m’en contrefiches, intervint le médecin, hésitant toujours à prendre ses jambes à son cou. Mais ça à l’air de chauffer sérieusement, dans les étages d’en dessous… Nous devons partir maintenant !

-         Ça va aller ? interrogea Jim en soutenant son camarade. Tu peux te déplacer ?

-         Il va bien falloir, décréta Jonas. Parce qu’un sacré voyage nous attend…

-         Jusqu’à la Filia ?

-         Jusqu’à ce que je retrouve Freddy. Où qu’il se planque. Et que je lui fasse la peau. »

 

 

 

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