GBF-24 : retour sur la Mater

« Putain de bordel ! Mais qu’est-ce qu’on a fait pour que l’univers nous en veuille à ce point ?!? »

Jim et Jonas échangèrent un regard entendu. Eux n’avaient pas besoin de se poser ce genre de question. Si une entité supérieure quelconque avait décidé de leur en mettre plein la figure, ce n’était que juste punition. Ils avaient quitté les îles de la Fragma depuis déjà plusieurs semaines, mais n’avaient certainement pas oublié que si l’archipel grouillait aujourd’hui de zombies, cela était entièrement de leur faute. Aussi acceptaient-ils leur destin sans protester, ne s’étonnant pas vraiment de rencontrer problème sur problème. De toute façon, le voyage dans lequel ils s’étaient lancés était trop long pour se passer sans difficulté.

Mais à ce point ! Rien de surprenant à ce que Charlie le médecin laisse sa frustration s’exprimer. Jusqu’ici, rien ne s’était déroulé comme Jim et Jonas l’avaient prévu. Et heure après heure, la situation ne semblait pouvoir qu’empirer.

 

Cette foutue tempête, tout d’abord. Alors qu’ils étaient parvenus à traverser des centaines de kilomètres d’océan sans être importunés par autre chose qu’un soleil éclatant, il avait fallu que le temps se dégrade méchamment une fois les côtes de la Mater en vue. Les voyageurs n’avaient aucunement planifié de retourner sur ce continent maudit ; ils comptaient seulement le longer, ne faisant escale qu’en cas de nécessité absolue. Mais l’orage avait été terrible, arrachant le mat de leur voilier, empêchant toute manœuvre, réduisant dramatiquement la visibilité.

En tant que passeur, Jonas avait un minimum d’expérience avec les bateaux de tout type. Il n’avait cependant pas été en mesure d’empêcher leur esquif de se disloquer sur les rochers. Et n’avait pas non plus prévu qu’ils perdraient dans le naufrage une de leurs infirmières et désormais amie.

Le coup avait été dur. Mais ce n’était encore rien comparé un choc qui attendait les quatre survivants le lendemain, une fois remis de leurs émotions et prêts à reprendre la route. Jonas n’avait pas laissé de doute à ce sujet : cet accident ne changeait rien à leur objectif. Bien entendu, chacun était libre de suivre sa propre route ; mais tous savaient qu’il valait mieux rester groupés. Et que la Filia restait leur meilleure chance de survie dans ce monde dévasté.

A condition bien entendu d’échapper aux prédateurs qui occupaient désormais le sommet de la chaîne alimentaire. Ce qui allait être beaucoup plus difficile que ce à quoi Jonas et son protégé s’attendaient. Le premier zombie qu’ils virent suffit à leur prouver que tout avait changé.

Qu’était-il arrivé aux créatures décharnées et pataudes qui envahissaient les villes dans le chaos et la confusion la plus totale ? Après plusieurs semaines passées à les pourfendre, Jim avait bien remarqué que certains spécimens semblaient plus vifs que les autres. Plus rapides, plus agiles, plus éveillés. L’adolescent ne s’en était pas étonné, supposant une certaine variabilité dans les symptômes du virus. Il n’avait en tout cas pas imaginé que les zombies dans leur ensemble puissent changer. Evoluer. Devenir de meilleurs chasseurs ; des prédateurs plus redoutables encore que dans ses pires cauchemars.

 

Et c’était bien ce qui semblait se passer. Le monstre sur lequel tomba le groupe en réquisitionnant un véhicule tout-terrain quelques heures avant le lever du jour constituait un parfait exemple de ce qu’étaient devenues les goules sur la Mater : une taille avoisinant les deux mètres, pour une allure aussi musclée qu’osseuse ; les tibias et avants bras de la créature semblaient s’être élargis et aplatis, de manière à former de véritables plaques coupantes ; ses ongles constituaient eux aussi des armes terrifiantes, longs et durcis au point de pouvoir attaquer le métal ; sa peau nue avait pris une teinte grise, très différente de la crasse qui maculait ses pieds fourchus.

Mais le pire restait son visage : plus aucune trace d’humanité dans ses traits ; des yeux voilés, dépourvus de toute conscience ; un front large et épais ; des mâchoires puissantes, capables de s’ouvrir plus amplement que l’on pouvait s’y attendre ; et un cerveau plus dangereux encore, car désormais capable d’échafauder des tactiques rudimentaires. Le spécimen réveillé par Jonas le démontra clairement, tentant de contourner le groupe plutôt que de les attaquer directement.

Un seul zombie, même rapide, ne constituait pas grand danger. Les survivants avaient pu sauver un fusil et deux pistolets du naufrage. Exécuter la goule ne fut qu’une question de précision et de sang-froid. Ils manquaient cependant de l’un ou de l’autre, car le monstre eut le temps de blesser gravement la deuxième infirmière avant de trépasser sous les balles. Une simple coupure heureusement, la morsure ayant bien entendu signifié une exécution immédiate. Mais l’entaille était profonde, et le groupe n’avait pu récupérer beaucoup de matériel médical dans le bateau en pièces. La pauvre ne tiendrait pas plus de quelques heures sans nécessaire à suture et antibiotiques.

 

Trouver un hôpital ne serait certainement pas bien difficile. A condition de pouvoir avancer. Car ce qui leur posait maintenant un sérieux problème, c’était la meute en train de squatter la route devant eux. Une trentaine de créatures au moins, la plupart aussi évoluées que leur premier spécimen. Et représentant donc une menace extrême pour les survivants peu équipés.

« On est foutus… geignit l’infirmière blessée en se balançant d’avant en arrière sur la banquette du 4X4. On pourra jamais éviter toutes ces choses…

-         C’est pas avec une telle mentalité qu’on va réussir à parcourir les trois mille kilomètres qu’il nous reste, ça c’est sûr… soupira Jim, observant aux jumelles la horde encore assoupie. Moi je crois qu’on peut passer. Cette caisse est puissante. On fonce dans le tas.

-         Et si un de ces connards vient se coincer sous les roues ? objecta Jonas. On va voler dans le décor… Non, je pense qu’on devrait essayer de les contourner. Ce 4X4 peut sortir de la route, aucun souci. On n’a qu’à couper à travers champ…

-         Mais dans ce cas, on aura plus de mal à tracer si jamais des zombies se mettent à nous courser… Enfin, je crois que tu as raison, c’est quand-même ce qu’il y a de moins risqué. »

Le cœur battant et le ventre noué, Jonas fit franchir le fossé à son véhicule puis accéléra doucement, essayant d’ignorer les gémissement de l’infirmière méchamment secouée à l’arrière. Tout aussi nerveux que lui, Jim avait les jumelles vissées aux yeux, scrutant le bosquet derrière lequel se dissimulait la meute. Aucun mouvement pour l’instant. Le calme plat dans la campagne. Rien ne semblait pouvoir perturber la tranquillité de cette aube. Si ce n’était le massacre sanglant qui attendait les quatre humains terrifiés s’ils avaient le malheur de se faire repérer.

 

Non, tout allait bien se passer. Jonas se forçait en tout cas à le croire. La chance ne pouvait quand même pas leur tourner tout le temps le dos ! Quelle distance fallait-il parcourir pour être sûr de laisser la meute loin derrière ? Cinq cent mètres ? Un kilomètre ? Une affaire de deux ou trois minutes, tout au plus. Ils étaient même probablement déjà hors de danger.

C’est du moins ce que cru Jonas jusqu’à ce que son camarade laisse échapper une exclamation de surprise. Grimaçant, Jim reposa finalement les jumelles pour essuyer ses yeux humides et plissés.

« Qu’est-ce qui se passe ? interrogea Charlie le médecin, convaincu qu’il vivait ses derniers instants. Elles arrivent, c’est ça ?

-         Reste cool, doc, le calma l’adolescent en se décalant légèrement. Le soleil est apparu droit dans mes jumelles. J’ai juste été ébloui. Tout va bien.

-         Ça me fait penser à un truc… Vous n’aviez pas dit que les goules avaient besoin de lumière pour vivre ? Ça expliquerait pourquoi elles sont plus actives le jour, et restent immobile la nuit.

-         C’est ce qu’on pense, ouais. Raison de plus pour nous éloigner de cette horde au plus vite.

-         Au contraire. Ces saletés risquent de nous détecter plus facilement durant la journée. Ne vaudrait-il mieux pas rester discrets pendant leur période d’éveil ?

-         C’est pas con, en effet. T’en penses quoi, Jonas ? On se planque ou on continue ? Personnellement, je… oh putain…

-         Non merde, déconne pas ! s’écria le passeur. Ne me dis pas que…

-         Si, lâcha Jim en vérifiant son pistolet. Mets les gaz, mec. Ces saloperies nous ont repérés. »

 

 

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