GBF-25 : continuer à avancer

« Jonas…

-         Je sais…

-          Alors accélère, mon vieux ! Elles sont en train de nous rattraper !

-         Non, il faut ralentir ! objecta Charlie le médecin. Gillian ne vas pas tenir…

-         Tu as une meilleure idée, le doc ?!? s’énerva Jim. Utile ton fusil au lieu de causer !

-         Non, donne-le plutôt à Gill, intervint le conducteur. J’ai besoin de toi au volant, Charlie. Essaie de prendre ma place…

-         Tu as un plan ? »

Jonas aurait presque espéré le contraire. Mais comme ne cessait de le répéter son jeune compagnon d’infortune, les goules étaient quasiment sur eux. Il était temps d’agir. Accélérer encore risquait non seulement d’achever leur amie infirmière, mais aussi de les faire partir en tonneaux au moindre fossé. Une mort en accident de voiture était-elle préférable à la fin atroce qui les attendait si les zombies parvenaient à mettre leurs griffes sur eux ? L’ex-passeur de la Fragma préférait ne pas avoir à se poser la question. Tant qu’il existait une chance de survivre pour mener à bien sa vengeance, il était prêt à vendre son âme au diable pour la saisir. Et la stratégie qui s’était échafaudée dans son esprit devait certainement équivaloir à un tel contrat…

 

« Tu es prêt ? interrogea-t-il une fois son plan expliqué et ses compagnons convaincus. Jim ! Ton cran de sûreté est mis ?

-         Ouais ! répliqua l’adolescent en vérifiant son pistolet à demi-plein sans cacher son agressivité. Mais ça me plait carrément pas !

-         Tous les deux, on a nos chances. Faire diversion est le seul moyen pour que Charlie puisse conduire Gillian à un hosto…

-         Merci… souffla l’infirmière en étreignant leur seul fusil, arme disposant de la plus grande réserve de munitions. Vous êtes sûr que vous n’en voulez pas ?

-         On se débrouillera avec nos lames, assura Jonas. Nos flingues, c’est surtout pour attirer l’attention des goules. N’utilise ton arme qu’en dernier recours. Et si je peux vous donner un dernier conseil… Essayez toujours de garder deux balles pour vous. Au cas où… »

Ni Charlie le médecin ni l’infirmière blessée ne surent quoi répondre à ça. Les remerciements n’étaient même pas pertinents ; les chances que le plan de Jonas fonctionne restaient tout de même très minces. Mais il fallait tenter le coup.

La mort dans l’âme, Jonas ouvrit la porte passager du 4X4, prenant garde de ne pas être projeté à l’extérieur avant qu’il ne le souhaite ; jeta un dernier regard à ses amis rescapés, fit un petit signe de tête à Jim ; puis sauta.

 

Combien de fois dans sa vie s’était-il volontairement éjecté d’un véhicule en marche ? Peu importait au fond. Quel que soit le type d’engin, l’atterrissage était toujours rude. Même dans un champ relativement meuble et à moins de cinquante kilomètres à l’heure, mieux valait avoir été briefé avant de tenter le coup. Et malgré ça, le jeune Jim ne parvint pas à s’arrêter de rouler à terre sans que sa tête soit sévèrement secouée. L’adolescent en resta sonné pendant de trop longues secondes.

Heureusement pour lui, Jonas avait mieux négocié sa réception. En un instant il fut sur ses pieds, cherchant des yeux son ami, évaluant la distance entre la meute et lui. Le 4X4 était déjà en train de s’éloigner. Mais les goules étaient proches, beaucoup trop proches.

« Debout ! ordonna-t-il à Jim en le remettant de force sur ses pieds. Tu t’évanouiras plus tard ! Il faut courir !

-         ‘ttenTIOOON !! » s’écria le jeune homme en recouvrant ses esprit juste assez tôt pour voir arriver le premier zombie.

Poussant un rugissement presque aussi terrifiant que son rictus rageur, Jonas fit volte-face, dégainant une machette bien aiguisée qui suffit à décapiter ce monstre avant-gardiste. Le passeur n’eut pas le temps de se réjouir de sa victoire, car une demi-douzaine d’autres créatures se présentaient déjà à lui. Il s’en tira moins facilement cette fois, récoltant près d’une estafilade par victime. Et cela aurait été pire sans la hachette de Jim, qui lui sauva la vie en venant exploser la nuque d’une goule plus vive que les autres.

Mais cette lutte était de toute façon sans issue. Combien de zombies arrivaient encore ? Quarante ? Cinquante ? Même avec tout le talent du monde, personne ne pouvait venir à bout d’autant d’adversaires.

 

« Bon, maintenant on cours ! répéta Jonas après avoir rendu son arme à son ami.

-         Laisse-moi en dégommer quelques-unes ! supplia l’adolescent en troquant sa hache contre son pistolet. Regarde ! La plupart de ses saloperies n’ont pas lâché Charlie et Gill !

-         Justement. Ne va pas attirer leur attention.

-         N-non, balbutia Jim après être resté interdit un instant. Putain. C’est pas vrai, tu dois déconner ! Tu n’as pas fait ça !

-         Désolé, gamin. C’était la seule solution. On pouvait pas tous s’en tirer en vie.

-         Enfoiré de salopard ! C’était pas nous l’appât, c’était eux ! Evidemment. Le 4X4 fait trop de bruit. Bordel. Foutu bordel de merde. Je le savais, merde !

-         Et pourtant t’as pas ouvert ta gueule. Alors c’est trop tard pour les regrets. Maintenant cours, petit con !

-         Hors de question ! Je vais pas les laisser se faire dévorer ! »

Et de se mettre à vider son arme sur les quelques goules en train d’approcher d’eux. Ce qui ne prit pas longtemps ; Jonas dût même utiliser son propre revolver – à contrecœur – pour exécuter les deux dernières. Cela ne servit cependant pas à grand-chose. Seule une vingtaine de goules au total avaient repéré les deux fuyards ; comme prévu, la majeure partie des zombies avaient plutôt préféré prendre le véhicule en chasse.

Et le pire avait fini par se produire : quelques centaines de mètres en contrebas, la horde n’allait plus tarder à coincer le véhicule tout terrain. Les premières goules étaient déjà grimpées sur la carlingue, leurs griffes épaisses ouvrant la tôle comme une vulgaire boîte de conserve. Que Gillian tente désespérément de les repousser ne ferait que retarder l’inévitable. Son compagnon médecin ne parviendrait jamais à faire sortir le 4X4 du champ. Tout était déjà fini.

 

Jonas ignorait si Charlie avait été incapable de trouver un chemin et donc forcé de ralentir, ou si l’issue de la poursuite était de toute façon inexorable ; il n’avait en tout cas aucune envie d’y assister. Savoir qu’il était responsable de l’enfer qui allait déferler sur ses deux amis était un fardeau suffisamment lourd.

Mais il n’était plus à quelques kilos près. Il avait pris sa décision. La route de la vengeance ne pouvait qu’être rouge de sang. Jonas acceptait son destin, l’embrassait même. Ses mains étaient déjà sales. Impossible de revenir en arrière. Pas de remords, pas de regrets. La seule chose à faire était de continuer à avancer.

Poussant un Jim larmoyant en direction d’un bosquet suffisamment dense pour les dissimuler, Jonas laissa définitivement derrière lui la vision du 4X4 en train de se faire submerger par les goules. Mais même en se détournant, impossible de ne pas entendre les ultimes rugissements du moteur, les détonations du fusil et, finalement, les hurlements terrifiés des passagers.

 

 

 

Commentaires, insultes, critiques --> Laissez tout ça sur l'article Ghoul-Buster / Fragma !