GBF-8 : contaminé ?

« Ne me refais plus jamais un coup pareil ! s’écria Arlène une fois certaine que son homme était en sécurité à bord de l’appareil. Merde, si tu étais resté sur ce toit, je n’aurais pas pu me le pardonner…

-         Tu as fait ce qu’il fallait, mon amour, lui répondit un Jonas encore essoufflé. Je n’ai rien, ne t’en fais pas. Tu as été parfaite, comme d’habitude.

-         C’était quand-même juste… Allez, viens près de moi. Tu as failli te faire dépecer vivant, et tu ne me fais même pas de bisou ? »

Voilà qui constituait en effet un oubli impardonnable. Jonas s’empressa de corriger cette erreur, se faufilant entre leurs nouveaux passagers pour regagner le siège du copilote. Mais fut interrompu par un des jeunes auxquels il avait confié une arme quelques minutes auparavant, et qui se faisait appeler Vince.  

« Minute, déclara l’adolescent en l’observant d’un œil soupçonneux. Cette goule a eu largement le temps de vous transmettre le virus. Vous êtes sûr de ne pas avoir été contaminé ?

-         Comment je pourrais le savoir ? interrogea Jonas. Je ne me sens pas différent…

-         Le zombie a réussi à vous mordre ? s’inquiéta Jim, soucieux.

-         Non. Il a essayé, mais j’ai réussi à l’en empêcher. Je ne crois pas avoir été blessé.

-         Mieux vaut vous en assurer, décréta Vince en cherchant le pistolet passé à sa ceinture. Ces saloperies sont très contagieuses, on ne peut prendre aucun risque… »

Jonas fronça les sourcils. Etait-ce une menace qu’il percevait dans le ton de ce gosse ? Quel culot ! Cet insolent oubliait qui venait de lui sauver la peau ! Qu’il fasse seulement mine de lever son pistolet et le passeur se ferait un plaisir de le balancer par-dessus bord.

Mais en parcourant du regard les visages de la demi-douzaine de survivants, Jonas comprit que les précautions prises par Vince n’étaient certainement pas superflues. Tous arboraient cette expression à la fois choquée, soulagée et exténuée que l’on peut voir chez la plupart des rescapés de catastrophes naturelles. Et autre chose dans leurs yeux, comme une distance méfiante et teintée de terreur.

Que craignaient-ils au juste ? Même si Jonas était contaminé, il n’allait pas se jeter sur eux aussi soudainement. Quoique, d’après ce qu’il avait pu en voir, la transformation semblait très rapide. Sans doute une question de minutes après l’exposition au virus. Le contaminé n’avait probablement même pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Ce qui expliquait à la fois la rapidité avec laquelle l’épidémie s’était répandue sur le continent, et les précautions prises par les rescapés à l’égard des malheureux ayant eu un contact rapproché avec des infectés.

 

Résolu à prouver à ses camarades qu’ils n’avaient rien à craindre (et aussi pour se rassurer lui-même), Jonas entreprit donc d’examiner chaque centimètre carré de sa peau, à la recherche d’ecchymoses pouvant constituer un point d’entrée pour l’infection. Il se tâta la nuque, le cou, le visage, étudia ses bras et ses jambes, exhiba son dos.

« C’est bon, vous êtes propre, soupira finalement Jim.

-         J’en suis pas aussi sûr… déclara Vince, la main toujours posée sur la crosse de son arme. Vous avez des griffures sur les épaules et dans le dos.

-         Il me semble que le virus ne se transmet que par la salive… De simples éraflures ne devraient pas poser problème.

-         On ne peut pas prendre le risque. Il suffit qu’une goutte de bave entre dans une plaie, et c’est fini.

-         Je me sens parfaitement bien, répéta Jonas. Vous pouvez vous détendre, les jeunes. Je ne vais pas vous sauter dessus sans prévenir.

-         C’est ce que m’a dit mon meilleur ami deux minutes avant d’essayer de m’arracher la gorge, raconta Vince. Et lui non plus n’avait pas été mordu. Il s’est simplement pris du sang dans les yeux en frappant un contaminé.

-         Quelle merde… commenta le passeur. Qu’est-ce qu’on peut faire, alors ? Je suis foutu pour de bon ?

-         On ne le saura pas avant qu’il ne soit trop tard, malheureusement. La seule chose à faire, c’est accepter votre sort et protéger ceux qui peuvent encore l’être…

-         Je n’aime pas du tout ce que j’entends, déclara Arlène en jetant un coup d’œil inquiet à son homme. Jonas va bien, alors on n’en parle plus.

-         Comme je l’ai dit, on ne peut pas se permettre de prendre des risques. Je suis vraiment désolé, conclut Vince en braquant son pistolet sur le passeur. Vous devez nous quitter. »

Jonas eut l’impression de recevoir une tonne de plomb sur les épaules. Non, ça ne pouvait pas se terminer ainsi ! Il devait forcément exister une solution, un moyen de savoir s’il était contaminé ou non. Il n’allait quand-même pas se sacrifier sur un simple doute.

Mais pour le jeune Vince, la question ne se posait même pas. Combien de ses proches avait-il vu se transformer en monstres cannibales ? Trop sans doute, bien trop pour ignorer la menace que représentait un contaminé potentiel. L’air aussi las que résolu, l’adolescent fit coulisser la porte de l’hélicoptère avant d’adresser un sourire compatissant à Jonas.

« Vous préférez sauter ? l’interrogea-t-il. Je peux aussi vous mettre une balle dans la tête. Vous ne souffrirez pas, et au moins on sera sûr que vous ne vous changerez pas en goule.

-         Maintenant ça suffit ! s’écria Arlène, laissant l’hélicoptère en surplace pour se consacrer pleinement au débat. Tu vas me fermer cette porte, gamin. Personne ne sautera et personne ne mourra.

-         On n’a pas le choix ! Nos vies sont ce qu’il y a de plus précieux !

-         Raison de plus pour ne pas sacrifier un de nos pilotes, intervint Jim. On peut peut-être attendre de voir si Jonas se transforme… »

Le jeune homme sentait bien que toute cette tension risquait fort d’exploser si personne ne calmait le jeu. Entre Vince, bien décidé à se débarrasser de tout danger potentiel, Arlène, pour qui abandonner son mari était exclu, et Jonas, incapable de déterminer de quel côté il devait se ranger, la situation semblait sur le point de franchir un nouveau cap.

 

Trop inquiets pour prendre la parole, les autres survivants se serraient dans leur coin, le plus loin possible de Jonas. Lequel se sentait toujours parfaitement humain. Il l’assura à Vince, lui promettant de se tenir à l’écart et de le prévenir s’il éprouvait quoi que ce soit d’anormal. Mais l’adolescent secoua la tête, intraitable. Sans une émotion dans le regard, il fit signe au passeur de se préparer au grand saut.

« Ne m’obligez pas à tirer, pria-t-il. Quelque chose me dit qu’il vaut mieux éviter de se servir d’une arme à bord d’un hélico.

-         Ne m’oblige pas à te défoncer la gueule ! rétorqua Arlène. Range ce flingue avant que je vienne le chercher.

-         Sautez, Jonas. Vous nous mettez tous en danger.

-         Ne l’écoute pas, mon chéri ! Essaie de choper son arme ! Tu vas pas te laisser braquer par un mioche !

-         Je… Je ne sais pas ce que je dois faire… balbutia le pilote, complètement perdu.

-         Dans ce cas, je décide pour vous » annonça Vince.

Jonas sentit son cœur se figer dans sa poitrine alors que l’adolescent armait son pistolet. La bouche sombre du canon monta lentement vers son visage, sembla le fixer pendant une éternité. Le passeur n’arrivait pas à en détacher le regard, figé comme un lapin par les feux d’une automobile.

Il se sentit basculer en avant à l’instant même où la détonation claquait. Aucune douleur cependant, si ce n’était celle de sa tête percutant la paroi. La balle l’avait-elle touché ? Non, elle était passée à quelques centimètres. C’était l’hélicoptère tout entier qui était en train de se renverser !

Reprenant le contrôle de ses muscles, Jonas s’agrippa à ce qu’il pouvait tandis que l’engin penchait de plus en plus dangereusement. Des turbulences ? Ou bien Arlène secouait-elle volontairement l’hélico pour empêcher Vince de toucher sa cible ? Cela importait peu pour l’instant. Car bien qu’il soit incapable de viser correctement dans ses conditions, Vince tentait toujours d’aligner le passeur. Mais n’en eut jamais l’occasion.

Nouveau basculement. L’appareil oscilla sur son axe, secouant méchamment les passagers. N’ayant qu’une main pour se tenir, Vince fut projeté contre les parois, laissa échapper son arme, la récupéra de justesse. Cette dernière manœuvre manqua de le faire tomber dans le vide, l’adolescent se jetant au sol juste devant la porte ouverte.

Heureusement pour lui, les turbulences cessèrent immédiatement. Le souffle court, Vince se remit sur ses pieds, bien décidé à reprendre où il en était. Mais quand il se retourna, ce fut pour se trouver nez-à-nez avec une Arlène sacrément remontée.

« Alors comme ça, tu veux tuer mon amoureux ? interrogea-t-elle d’un ton glacial, son visage blanc de colère se rapprochant centimètre après centimètre de celui de Vince. Tu veux le faire sauter de son propre hélico ?

-         Je… c’est la seule solution ! se justifia celui-ci, incapable de reculer sans basculer en arrière.

-         Ah oui ? Moi, je t’en propose une autre. »

Et d’un coup de pied dans le ventre, elle propulsa l’adolescent bouche bée par la porte de l’hélicoptère.

 

 

 

 

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